‹ La peinture anglaise contemporaineChapitre 36 sur 45 · IMMÉDIATEMENT AVANT LE PRÉRAPHAÉLISME · texte numérisé non relu

IMMÉDIATEMENT AVANT LE PRÉRAPHAÉLISME

(Ordre chronologique.)

Sir David WILKIE, R. A*, (né à Cuits, Fifeshire, le 18 novembre 1785, mort le 1" juin 1841, à bord du steamer d'Orient, en quittant Gibraltar). Le Téniers de TAngleterre. Obtint dès 1803 à la Trustées' Academy d'Edimbourg, le prix de 10 guinées pour une Callisto au bain de Diane, Vint ensuite à Londres, à la Royal Academy, exposa en 1806 ses Politiciens de village^ achetés par lord Mansfield 39 guinées seulement, peignit son Violoneux aveugle ^ commandé

1. R. A. signifie membre de la Royal Academy. A. R. A. signifie associé de la Royal Academy. P. R. A. signifie président de la Royal Academy.

R. W. S. signifie membre de la Royal Society of Painters in Water Colours (aquarellistes).

2. Les caractères égyptiens indiquent les œuvres qu'on peut actuellement voir dans les musées, soit de la National Gallery, soit de South Kensington.

par sir George Beaumont et offert par ce dernier à la National Gallery où il est. Ce tableau a été peint à côté d'un Téniers, mais aussi d'après des modèles vivants. Les mains ont été faites d'après celles de l'artiste lui-même. La jeune fille appuyée au dos de la chaise ressemble, dit-on, à ce qu'était alors Wilkie. En 1811, paraît la- Fête de village, qui rappelle les Hollandais, que Wilkie admirait par-dessus tout. Aujourd'hui à la National Gallery. A gauche, l'un des deux clients que sert l'hôtelier de VAlehovse est l'acteur Liston. Wilkie diffère de Hogarth en ce qu'il a le vin joyeux, au lieu de l'avoir triste. Élu académicien en 1811, il ouvre en 1812, à Pall Mail, une exposition particulière de ses œuvres qui échoue et la Fête de village est saisie pour payer le loyer. En 1814, Wilkie vient sur le continent, puis, à la demande du duc de Wellington, peint les soldats anglais fêtant la victoire de Waterloo, à Chelsea. Alors commence sa seconde carrière : les peintures historiques.

La principale est John Enox prêchant devant les lords de la Congrégation, le 10 juin 1559. A la National Gallery. Cette œuvre, exposée en 1832, vendue à Robert Peel, rappelle ceci : Lors de la régence de Marie de Guise, John Knox, revenant d'un exil de treize ans à Genève, osa prononcer un sermon dans l'église de Saint-André, dans le Fifeshire, tandis que la force armée surveillait les agissements de son parti. Il parla devant un auditoire d'élite où se trouvaient nombre de membres du clergé, et telle fut l'influence de sa doctrine, que le prévôt, les baillis et les habitants se déterminèrent à établir dans la ville la réforme qu'il prêchait. L'église fut dépouillée de toutes ses peintures et les monastères abattus. — La

plupart des figures sont des portraits historiques. Ce tableau, peut-être séduisant autrefois, réunit tous les défauts : couleur enfumée, solennité banale, platitude pompeuse, contre lesquels s'insurgèrent les P. R. B. Après ce tableau, Wilkie retourne sur le continent, va en Espagne, où il adopte une manière de peindre plus large qui fait scandale. En 4830, après la mort de Lawrence, il est considéré comme le chef de l'école anglaise et, en 4836, créé chevalier. En 4840, il part pour l'Orient, visite Gonstantinople, Beyrouth, Smyrne, Alexandrie, revient par Malte, puis meurt presque subitement en mer. A côté de la salle des Wilkie, à la National Gallery, on voit, dans la salle des Turner, ses obsèques, en mer, auprès de Gibraltar, à la lueur des torches, sous le titre Burial at sea of the Body of sir David Wilkie.

William MULREADY, R. A. (né à Ennis, Irlande, le 4®^ avril 1786, mort le 7 juillet 1863), prit des leçons de Banks, le sculpteur, puis entra en 1800 à l'Academy et, dès Tàge de quinze ans, parvint à se suffire à lui-même par son travail. Essaye du paysage, puis se tourne vers les scènes de genre qui font sa réputation. Un de ses premiers tableaux, la Crécelle^ montre un désir d'imiter les Hollandais. Deux de ses œuvres les plus fameuses sont le Choix de la robe de noces, à South Kensington, et le Dernier arrivé, scène d'école de village, à la National Gallery.

Benjamin Robert HATDON (né le *26 janvier 1786, mort le 22 janvier 4846) eut. tout jeune l'ambition de devenir un grand peintre d'histoire. Entra, en 4805, à la Royal Academy et, le I" octobre 4806, com-

mença Joseph et Marie se reposant sur la i^oute d'Egypte, On lit dans son journal, à cette date : « Ai arrangé ma toile pour cette première œuvre et, ayant ma palette et ma brosse à la main, me suis mis à genoux, priant Dieu de bénir ma carrière et de favoriser mes efforts pour créer une ère d'art nouvelle et pour amener la foule et les grands à estimer à sa valeur la peinture d'histoire. » Ce vœu ne fut pas exaucé. Haydon ne fit jamais que de l'académicisme allemand, faux et lourd. %oïi Meurtre de Dentatus^ ssiLady Macbeth^ commandée par sir George Beaumont en 1810, son Jugement de Salomon, son Entrée du Christ à Jérusalem, son Lazare ^ son Marcus Curtius, sa Vénus apparaissant à Anchise (1826), ont plus ou moins ce caractère. Très ambitieux, très remuant, adversaire acharné de la Royal Academy, mêlé à la politique, Haydon découragea ses protecteurs et s'aliéna ses confrères. En 1820, obtint un grand succès avec Son Jérusalem exposé à Piccadilly, puis vinrent les revers. En 1835, fit des conférences pour gagner de l'argent, puis sollicita des commandes de l'Etat, lutta pour obtenir le concours de 1843, en vue de la décoration de Westminster, y échoua et se désespéra, voyant que seuls ses innombrables Napoléon à Sainte-Hélène trouvaient des acquéreurs. Le 22 juin 1846, se suicida. Un mot qu'on trouve dans son journal est très signiilcatif au point de vue de sa peinture : « Fermé ma porte et éclaboussé mon tableau avec une brosse bien pleine de bitume. »

William ETTY, R. A. (né à York le 10 mars 1787, mort à York le 13 novembre 1849), entré en 1807 à la Royal Academy, s'adonna laborieusement à l'étude de

lacadémie; en 1816 et 1822, fit de longs voyages en Italie. Esprit lent, réfléchi, appliqué, eut du succès avec Pandore couronnée par les Saisohs, puis avec de nombreuses compositions mythologiques, doucereuses et banales.

Etty avait l'habitude de finir ses études en passant sur les couleurs neutres, apposées tout d'abord pour différencier les ombres des lumières, un glacis de brun, ordinairement de bitume, dans lequel il piquait des touches de laque, d'outremer, de blanc, de rouge indien, ce qui. naturellement produisait un très brillant effet.

Ses toiles les plus fameuses sont : le Combat, ou la Beauté delà miséricorde; Judith, ou le Patriotisme; Uhjsse et les Sh^ènes, ou la Résistance aux passions ; Jeanne d'Arc, ou la Religion et la Fidélité. En 1849, on fit une exposition générale des œuvres d'Etty. Il mourut la môme année.

Sir Charles L. EASTLAKE, P. R. A. (né à Ply-

mouth le 17 novembre 1793, mort à Pise le 24 décembre 1865). Ami d'Haydon, étudia d'abord sous Prout, puis, en 1809, à la Royal Academy, enfin à Paris. Dès 1813, envoya un tableau religieux à la British Institution. En 1815, ayant aperçu Napoléon sur le Bellérophon, en fit un portrait qu'on dit très ressemblant. La même année, exposa son Brutus; en 1817, partit pour l'Ilalieet laGrèce;en 1820, revint et exposa un Mercure et Paris. Puis on vit défiler des bandits italiens, des paysages byroniens, une scène de Plutarque, en 1827, qui rendit l'artiste célèbre. Élu associé de la Royal Academy, il exposa des compositions du genre troubadour qu'on peut voiç à la

National Gallery. En 1843, sa grande activité de peintre est terminée par un Hagar et Ismaël, En 4841, il est chargé d'organiser le grand concours des cartons de Westminster; puis il publie des traductions de la Théoine des couleurs, de Goethe, des Écoles italiennes^ de Kugler; ses Matériaux pour V Histoire de lapeintui^e, en 4847, dédiés à Robert Peel. En 1843 Eastlake est nommé président de la Royal Academy et chevalier, en 1853 D. G. L. honoraire d'Oxford et, en 1855, décoré de la Légion d'honneur par le neveu du prisonnier dont il avait fait le portrait, dès le début de sa carrière, sur le Bellerophon.

Charles Robert LESLIE, R. A. (né à Glarkenwell le 19 octobre 1794, mort à Londres le 5 mai 1859). Américain de naissance, alla à Philadelphie en 1799, y demeura jusqu'en 1811, puis vint en Angleterre et entra à TAcademy, protégé par son compatriote, Ailston. En 1819, exposa son Roger de Coverley allant à réglise, qui attira sur lui l'attention et, en 1821, le Premier mai sous le règne d'Elisabeth, qui lui valut d'être associé de TAcademy. En 1826, devint académicien; en 1833, professeur de dessin à l'école militaire de West Point, à New-York. En 1838, exposa les Joyeuses Commères de Windsor, aujourd'hui à South Kensington, et, en 1844, son Sancho Pança chez la Duchesse, à la National Gallery. En 1848, fut élu professeur à la Royal Academy et ses conférences réunies sous le titre de Manuel pour les jeunes peintres. A aussi écrit une Vie de Reynolds et une Vie de Constable. Un de ses tableaux les plus vantés est l'Oncle Tobie et la veuve Wadman, à la National Gallery :

« Je proteste, madame, dit Toncle Tobie, que je ne vois rien du tout dans votre œil!

— Ne serait-ce pas dans le blanc? dit M*"® Wadman.

« Mon oncle Tobie regarda de luules ses forces dans la pupille. »

(Tristram Shandy.)

Thomas WEBSTER, R. A. (né le 20 mars 1800 à Pimlico, mort à Cranbrook le 23 septembre 1886), fils d'un employé de la maison du roi Georges III, dut à la protection de la famille royale celle du peintre Fuseli. Exposa, en 1825, un groupe de portraits et, en 1827, une scène de genre historique qui eut un grand succès; continua par des scènes de genre, dans le goût hollandais, dont on peut voir un exemple à la National Gallery sous le titre d'École buissonnière. En 1846, fut élu académicien. En 1856, se retira à la campagne, dans le Kent, où il demeura jusqu'à sa mort.

Sir Edwin LANDSEER, R. A. (né à Londres le 7 mars 1802, mort à Londres le 1®' octobre 1873), flls du graveur de ce nom, formé par lui et un peu par Haydon, obtint, à treize ans, une médaille de la Société des Arts et exposa à la Royal Academy, en 1817 (il avait quinze ans), son Portrait cVun chien. En 1820, fit son grand Chien des Alpes ranimant un voyageur en détresse et, en 1822, obtint un prix de 4250 francs pour son Garde-manger envahi. En 1826, fut nommé associé de la Royal Academy; en 1829, académicien; en 1850, fait chevalier; en 1865, il .refusa la présidence de l'Academy. Produisit un nombre considérable d'œuvres excellentes dans le genre animalier, ce qui fît dire au

roi de Portugal, auquel il était présenté ; « Je désirais beaucoup faire votr-o connaissance, monsieur : j'aime tant les botes! » Le chef-d'œuvre de Landseer dans le genre pathétique est Celui qui mène le deuil du vieux berger, peint en 1837, aujourd'hui à South Kensington, salle Sheepshanks, et, dans le* genre humoristique. Vie vulgaire et High life représentées dans le môme tableau, chacune par un chien de race et de mœurs différentes; Dignité et Impudence; Alexandre et Diogène, scènes également jouées par deux chiens; et la Musique des Highlands, peut-être inspirée par le séjour de l'artiste dans les Highlands, retraçant les effets différents produits par les sons inopinés d'une cornemuse sur un groupe de cinq chiens en train de déjeuner; enfin, le magnifique terre-neuve sur une jetée, les pattes pendantes, intitulé Un membre distingué des sociétés de sauvetage (toutes ces œuvres sont à la National Gallery). L'éloge qu'on fait ordinairement de Landseer, c'est qu'il a donné des expressions quasi humaines à ses animaux, sans rien cependant dénaturer ni exagérer. Devant eux, on se répète le mot de l'Ëcclésiaste : « Qui sait si l'âme des bêtes va en bas! » L'Angleterre a fait à Landseer des funérailles solennelles à Saint- Paul.

Daniel MACLISE, R. A. (né à Cork, le 25 janvier 1811, mort le 25 avril 1870), fit, encore enfant, un portrait de Walter Scott qui attira sur lui l'attention, étudia à l'Académie de Cork, puis, en 1828, à la Royal Academy, où il exposa en 1829. Il publia en môme temps des dessins au Frazer's MagasinCy sous le pseudonyme d'Alfred Crowquill, et des poésies. En 1835,

ses tableaux du Vœu chevaleresque des Dames et le Paoriy le firent élire associé de la Royal Academy et, en 1840, sa Scène du Banquet de Macbeth^ lui valut d'être nommé académicien. Maclise s'adonna à des sujets littéraires et à quelques grandes anecdotes historiques célébrant Nelson ou Wellington. Un exemple de cette peinture fausse, enfumée, mélodramatique est la Scène de la Représentation à'Hamlet, à la National Gallery. On y voit aussi le Portrait de Charles Dickens, qui fut l'intime ami du peintre. Au momemt où parurent les P. R. B., Maclise était un des maîtres officiels de la peinture anglaise. En 1845, au concours de Westminster, il avait obtenu deux commandes. En 1865, on lui offrit la présidence de la Royal Academy. Un seul coup d'œil jeté sur ses œuvres suffit à faire comprendre la nécessité de la révolution préraphaélite.

Edward-Matthew WARD, R. A. (né en 1816, à Pimlico, mort le 15 janvier 1879), neveu d'Horace et de James Smith, entra à la Royal Academy, sous la protection de Wilkie, en 1835; alla à Rome en 1836 et obtint un prix à l'Académie do Saint-Luc; en 1838, travailla sous Cornélius à Munich ; revint en Angleterre en 1839 et exposa son Cimabue et Giotto, Bientôt Ward se mita des sujets plus mesquins. Son />•" Johnson lisant le « Vicaire de Wakefield » fit sa réputation, en 1843. Deux ans après, son D*^ Johnson dans l'antichambre de lord Chesterfield le fit entrer comme associé à la Royal Academy. Ce tableau, qui est à la National Gallery, illustre ces mots du D"^ Johnson à lord Chesterfield, qui, ayant repoussé le célèbre écrivain lorsqu'il était encore inconnu, voulait se

constituer son patron alors qu'il n'avait plus besoin de patronage : « Sept ans, monsieur, ont passé depuis que j'attendais dans votre antichambre ou que j'étais mis à la porte de chez vous, pendant lequel temps j'ai mené à bien mon œuvre au milieu de difficultés qu'il serait oiseux de déplorer ici, sans un acte d'assistance, un mot d'encouragement, ni un sourire de faveur. Je ne m'attendais pas à être traité ainsi, car je n avais pas encore eu de patron. » Ward fit aussi de la peinture d'histoire anecdotique et parfois officielle. C'est un bon exemple de cette peinture lourde, fausse, poussée au noir, qui prévalait avant les P. R. B.

Augustus-L. EGG, R. A. (né à Londres le 2 mai 4816, mort à Alger le 25 mars 1863), étudia le dessin sous Henry Sass, puis entra, en 1836, à la Royal Academy, y exposa, en 1838, une Jeune Espagnole^ en 1839 une scène de genre, en 1840 une scène de Henry IV. Après ces débuts, parurent une foule d'anecdotes, historiques ou romanesques, dont on peut voir, à la National Gallery, quelques exemples : Béatrix armant Esmond chevalier, ou Patricio (du Diable boiteux) ayant dîné à la taverne avec ses deux amis, obligé délaisser en gage un chapelet pour payer l'écot. On dit que Egg fut assez impressionné par les théories préraphaélites. Il n'en fut pas moins, pendant la plus grande partie de sa vie, la vivante négation.

William-Powell FRITH, R. A. (né en 1819), représente Tart anglais de 1850, par delà le préraphaélisme. Entré à la Royal Academy en 1837, il a exposé son premier tableau en 1840, a été reçu associé en 18io et académicien en 1853. On voit de lui, à

South Kensington, salle Sheepshanks, Honeywood présentant à Miss Richland des huissiers comme ses amis, tiré d'une scène de Goldsmith, peint en 1850 ;

« Honeywood. — Deux de mes bons amis, M. Twitch et M. Flanigan. — Veuillez, messieurs, vous asseoir sans cérémonie.

a Miss Richland (à part). -— Qui peuvent être ces gens singuliers? J'ai peur que ce ne soit ce qu'on m'a annoncé !

« L Huissier, — Beau temps, très beau temps pour la saison, madame! »

A la National Gallery, on voit le Derby de M. Fritb, peint en 1856. En 1878, il a exposé le Chemin de la Ruine, c'est-à-dire une série de compositions montrant oii mène la prodigalité. C'est un pendant du Rake's Process d'Hogarth, qu'on peut voir àLondres, au Soane Museum^ei l'on a qualifié avec raison ce genre, très goûté des Anglais, de Social advertisement.

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