Iliade, XIII, v. 571 et suiv
2. Iliade, II, V. 542. Cf., sur cette coiffure des Abantes, un curieux passage de Plutarque, Thésée, 5.
LA PEINTURE GRECQUE. m
être au delà, nous le voyons revivre sous nos yeux, grâce aux découvertes de l'archéologie; cette race qui remplit Vllîade de ses hauts faits, dont VOdyssée conte par le menu les merveilleuses aventures, se dresse devant nous, puissante et magnifique, telle qu'elle existait bien avant les poèmes qui ont immortalisé son souvenir. Cette nation belliqueuse avait le goût des arts; elle couvrait ses palais d'ornements peints et de tableaux. Mais ces tableaux étaient-ils bien son œuvre ? Il vient, à ce sujet, un scrupule, quand on regarde de près les collections de Mycènes, de Ménidi, de Spata, de Vaphio, etc. Il s'y trouve tant d'objets d'aspect étranger, tant de monuments qui rappellent l'Egypte ou l'Asie, qu'on se demande si cet art n'a pas été importé. Et, de fait, les Achéens entretenaient avec le dehors des relations actives. Hérodote nous les montre, au début de son histoire, en rapport avec les Phéniciens, qui fréquentaient les ports de l'Argolide. Il est trop souvent question, dans Homère, de ces marchands de la côte de Syrie, le poète parle trop des bijoux qu'ils colportent, des séjours prolongés qu'ils font dans certaines villes d'où, après avoir vendu leur cargaison, ils emportent les denrées du pays, pour que nous doutions des liens commerciaux qui les unissaient aux habitants du continent grec. C'étaient, entre eux, de quotidiens échanges, les Grecs débitant les produits de leur sol, les Phéniciens livrant les objets de prix et les bibelots ramassés aux quatre coins de l'Archipel, étalant leurs pacotilles à l'arrière de leurs vaisseaux, retenant le public autour de ces expositions flottantes que les femmes surtout visitaient avec empressement, parfois
à leur grand dommage, car ces trafiquants e'taient aussi des pirates qui, par ruse ou par violence, se saisissaient d'elles et les vendaient comme esclaves loin de leur patrie. UOdjrssée est pleine de leurs méfaits : ils répandaient la terreur sur toutes les côtes.
Par eux donc, par ces navigateurs hardis et insinuants, qu'on craignait et que, pourtant, on n'avait pas le courage de repousser, il y a lieu de croire que les cités achéennes recevaient les marchandises d'Egypte et d'Orient*. Peut-être est-ce par leur entremise que sont venus en Grèce ces cachets gravés dont quelquesuns portent de si étranges empreintes , cette admirable tête de vache en argent, munie de cornes d'or, avec une rosace d'or au milieu du front (fig. 6i), ces œufs d'autruche, ces fragments de porcelaine égyptienne, ce scarabée trouvé dans un tombeau de Mycènes et sur
Fig. 6i.
I. Hérodote le dit en propres termes : 'ATtaYtvéovta; çopTÎa AlyûnTià TE y.at 'Adffûpia.
LA PEINTURE GRECQUE. iij
lequel on lit le nom de la reine Taïa, femme d'Amenhotpou III (XVIIP dynastie). Apportaient-ils aussi les objets de fabrication phénicienne, les pièces d'orfèvrerie dont Homère loue le travail, les broderies auxquelles il fait de si fréquentes allusions et que les femmes de Sidon variaient avec tant d'habileté ? Parmi les monuments découverts à Mycènes, aucun ne porte la marque d'une origine proprement phénicienne. Mais l'art phénicien est si composite, il reflète si fidèlement les autres arts, il est si dépourvu, par lui-même, d'originalité, qu'il est très difficile de trancher la question et d'affirmer, par exemple, que tel bijou, tel ivoire, telle pâte de verre, n'a point été directement importé de Phénicie. Il paraît bien, dans tous les cas, que le cabotage phénicien, dont le souvenir est si vivant dans les poèmes homériques, avait, dès cette époque, une importance considérable et que, par lui, les relations de la Grèce avec l'extérieur se trouvaient continuellement renouvelées.
Les Achéens, de leur côté, avaient une marine, avec laquelle ils parcouraient la Méditerranée. Agamemnon, dans VIliade, nous est représenté étendant sa domina™ tion sur des îles nombreuses*. A défaut d'Homère, la pieuvre, si souvent reproduite sur les objets de Mycènes, la pourpre, qu'on y croit reconnaître, prouveraient que ce peuple était un peuple de pêcheurs, que la mer n'effrayait point. 11 s'y aventurait pour guerroyer au loin, pour se rendre notamment à l'embouchure du Nil, où il y avait toujours de fructueuses