‹ La peinture antiqueChapitre 22 sur 29 · République, IV, p. 420 C-D · texte numérisé non relu

République, IV, p. 420 C-D

2. Courajod, la Polychromie dans la statuaire du moyen âge et de la Renaissance {Mém. de la Soc. nat. des Antiquaires de France, 1887, p. 214).

Nous possédons, du reste, des témoignages irrécusables de la coloration des chairs dans les statues : telle est cette tête casquée d'Athéna qu''on peut voir au musée de Berlin, et dont les joues gardent encore des traces de rose(fig. 170);^ telle est cette autre tête de jeune femme ou de jeune fille conservée au Musée britannique , et qui montre un visage complètement peint en rose, avec des cheveux coloriés en blond. On peut trouver médiocres ces deux spécimens : cela ne prouverait pas, comme on Ta dit, qu'ils fussent des exceptions ; je croirais plutôt qu'à partir

d'une certaine époque l'enluminure des chairs devint l'usage habituel et que, partout où n'intervenait pas une nécessité monumentale, partout où l'on pouvait se passer de convention, le réalisme de l'esprit grec reprenait ses droits en rapprochant, autant que possible, de l'humanité ces formes muettes, qui en étaient l'image à la fois idéale et fidèle.

Fig. 170.

Nous ne saunons aborder ici la question de savoir s'il convient ou non de revenir, en sculpture, à la polychromie; une semblable étude nous conduirait beaucoup trop loin^ Rappelons seulement que notre sculpture, comme notre architecture, procède d'un malentendu. Elle a pris pour modèles les statues décolorées trouvées dans les ruines antiques, et elle a cru que là était la vérité. Cette croyance commence à s'ébranler; on a pu voir, à nos derniers Salons, une gracieuse figure de femme, en marbre, polychromée des pieds à la tête, des plâtres égayés par des touches de couleur ou d'or, des pâtes de verre coloriées, qui témoignent d'une connaissance plus exacte de l'histoire. On n'en restera pas là, mais il est à craindre que le public ne se montre longtemps encore rebelle à ces audaces. Parmi les causes multiples de sa répugnance, il en est une qui subsistera toujours. Une statue, pour un Grec, était un être animé ; même quand elle ne représentait pas une divinité, son polythéisme la douait d'une vie latente et mystérieuse, analogue à celle que la crédulité populaire, surtout celle des peuples du Midi, place dans certaines figures de madones. De là ses sentiments, très différents des nôtres, en présence des œuvres de la plastique. Eschyle peint Ménélas, après la fuite d'Hélène, essayant de se consoler par la vue des belles statues qui ornaient son palais. On a vu avec quel soin les statues de Délos étaient parfumées; la même coutume existait à Chéronée et, sans doute, dans beaucoup de sanctuaires de la Grèce. C'est là, en par-

I. Voyez Treu, Sollen wir uttsere Statiien bemalen? Berlin, 1884.

tie, ce qui explique la polychromie de la sculpture chez les Grecs. A ces statues qui avaient une âme, il fallait donner les apparences de la vie, et quel moyen y était plus propre que la couleur? Il en est, pour nous, tout autrement. Une statue, à nos yeux, n'est quVne œuvre d'art; nous n'y voulons que la beauté des lignes et il nous répugnerait de la voir descendre à une imitation trop scrupuleuse de l'humanité contrefaite ou vulgaire. Voilà pourquoi, instinctivement, la polychromie nous choque et pourquoi il nous faudra toujours faire un effort pour Paccepier.

Un mot, pour finir, de la coloration des bas-reliefs. Ils étaient peints comme les statues, mais leur mode d'enluminure paraît avoir varié suivant les lieux. Les beaux sarcophages du iv*^ siècle découverts à Saïda, et qui seront prochainement publiés', portent les traces d'une polychromie compliquée et somptueuse. On a trouvé en Lycie, dans ce pays où la couleur éclatait partout en notes vives, des ex-voto où le nu des personnages a le ton de la chair, tandis que leurs vêtements présentent les nuances les plus variées.

Fig. 171.

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