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I. Mariette, les Mastabas de l'Ancien Empire, p

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ployer dans la polychromie. Etait-elle une conséquence de leur caractère, naturellement gai, ou une nécessité de leur climat? L'employaient-ils en architecture pour atténuer, sous la lumière crue, la blancheur de la pierre, pour accentuer les saillies et les contours, qu'émousse un jour trop vif? Peu nous importe. Constatons que, chez eux, la couleur avait partout sa place et que la peinture était presque aussi vieille que Part lui-même. Mais cette peinture n'avait qu'une fonction décorative. S'ils la mêlaient à tout ce qu'ils faisaient, ils n'imaginaient pas qu'elle pût, à elle toute seule, produire des chefs-d'œuvre. La peinture de chevalet, qu'a connue la Grèce, le tableau qui par lui-même est un tout, ils ne l'ont pas soupçonné. Ils ont été des enlumineurs d'une fécondité merveilleuse; ils n'ont point été des peintres, au sens où nous employons ce mot.

^11. — Étroite union de la peinture et du dessin.

Si l'on veut se faire une idée de la peinture égyptienne, c'est sur les murs des temples qu'il faut la chercher, ou, mieux encore, sur les parois des tombeaux. On sait le soin que les Egyptiens prenaient de leurs nécropoles, véritables villes funèbres ayant leurs rues, leurs places et leurs quartiers, habitées et surveillées par de nombreux fonctionnaires chargés de répartir les terrains de concession et d'entretenir les sépultures. C'est que la tombe était pour eux la maison éternelle, l'asile définitif où le mort continuait à vivre de cette vie étrange qu'ils lui prêtaient par delà les funérailles.

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Aussi Templissaient-ils de scènes destinées à assurer, par leur vertu magique, sa perpétuité et son bien-être. C'est dans ces scènes que s'exerçait librement l'art du peintre. Les tombeaux de l'ancien Empire connus sous le nom de mastabas sont, à ce point de vue, particulièrement intéressants*. Composés, en général, d'une chapelle extérieure, où les parents et les amis se réunissaient à de certains jours pour offrir au défunt les repas et les libations accoutumés, d'une chambre funéraire contenant le sarcophage, et d'un puits ou d'un couloir conduisant de la chapelle à la chambre, ils représentent pour nous la tombe privée de l'ancienne Egypte sous sa forme la plus pure. Dans les tombeaux de ce genre, le couloir ne recevait point d'ornements; il en était de même de la chambre funéraire. La chapelle, en revanche, était couverte de scènes sculptées et peintes, ou simplement peintes, distribuées dans des registres étages les uns au-dessus des autres, et qui formaient sur ses murailles une tapisserie variée. On y voyait le mort, assis ou debout, goûtant les mets qui lui étaient offerts, inspectant ses propriétés, surveillant la rentrée de ses troupeaux. Des serviteurs, de plus petite taille, lui apportaient, en longues files, les produits de ses domaines, fruits, légumes, oies, canards, tourterelles, antilopes ; ils abattaient et dépeçaient pour son usage des bœufs et des mouflons; ils l'accompagnaient à la chasse dans les marais; ils s'empressaient

I. Mastaba, au propre, désigne un banc de pierre ou de bois. Donné par les fellaiis aux tombeaux de Saqqarah à cause de leur forme, qui rappelle assez exactement celle du divan oriental, ce nom a été adopté par Mariette et conservé depuis.

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autour de lui, tandis qu'il péchait au harpon ou à la senne. Ailleurs, le défunt n'était pas figuré; mais on se trouvait transporté sur ses terres, où des esclaves faisaient la moisson et chargeaient les gerbes sur des ânes, oti des scribes, le calame et la palette en main, enregistraient minutieusement ses richesses. A ces images de la vie rustique en étaient mêlées d'autres, qui reproduisaient différents métiers. Des groupes de chanteurs et de joueuses d'instruments, des mariniers luttant de vitesse, des joueurs de dames, faisaient allusion aux plaisirs qui coupaient les travaux des champs et détendaient l'esprit du maître.

Ce n'est pas seulement dans les mastabas qu'on trouve, encore aujourd'hui, de semblables représentations. Tous les tombeaux en renfermaient d'analogues sur les parois de leurs chambres de réception, de ces chapelles où avaient lieu les sacrifices funéraires et par lesquelles le mort était censé communiquer avec les vivants. Les scènes recueillies à Béni-Hassan, dans le cimetière des princes héréditaires de Meh, où les chapelles ont été creusées à même la montagne, sont plus précises encore que celles des mastabas de Saqqarah; les renseignements biographiques sur le défunt s'y rencontrent plus nombreux et plus variés. Toute cette imagerie s'explique par les croyances religieuses des Egyptiens. Pour eux, la mort n'anéantissait point la personnalité humaine; Phomme se survivait dans ce qu'ils appelaient le double. « projection colorée, mais aérienne de son corps », et qui en rendait exactement les traits. Pendant que l'âme, sous la forme d'un oiseau, et le lumineux j parcelle détachée du feu céleste, avaient

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la faculté de quitter la tombe pour se mêler aux dieux, le double l'habitait sans cesse et y recevait les dons et les hommages de ses parents et de ses amis. Il fallait, en effet, à ce corps immatériel, des présents matériels pour assurer sa durée, et comme, un jour ou Tautre, ces présents devaient lui manquer, comme on prévoyait qu'au bout de deux ou trois générations, la négligence ou l'oubli des vivants le priverait de sa pitance habituelle, on figurait d'avance, sur les parois de sa tombe, les actes nécessaires à sa subsistance; on l'entourait de personnages dont l'unique fonction était de pourvoir à ses besoins; on groupait autour de lui sa maison tout entière, occupée à le servir;

on exagérait même, dans ces tableaux, l'importance de ses biens et de ses domaines, et l'on pensait, par ce pieux mensonge, lui procurer paur l'éternité plus de bien-être et de plaisir. « Après tout, ce monde de vassaux plaqué sur le mur était aussi réel que le double dont il dépendait : la peinture d'un serviteur était bien ce qu'il fallait à l'ombre d'un maître. L'Egyptien croyait, en remplissant sa tombe de figures, qu'il assurait, au delà de la vie terrestre, la réalité de tous les objets et de toutes les scènes représentées*. »

Fig. 9. — Peintre coloriant un bas-relief.

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