‹ La peinture antiqueChapitre 9 sur 29 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Nous abordons enfin ce qui doit être l'obiet principal de ce livre, Pétude de la peinture grecque. On s'est souvent demandé si la peinture des Grecs avait égalé leur sculpture. Il est bien difficile, dans Pétat de nos connaissances, de répondre à une pareille question. Ce qui est certain, c'est que la peinture, en Grèce, a été un grand art, que les Grecs l'ont aimée et cultivée pour elle-même et qu'ils ont su, à l'aide de la couleur, exprimer la vie et la passion. Mais où sont les chefsd'œuvre dont les auteurs anciens nous entretiennent? Que sont devenus les fresques de Polygnote, les tableaux de Zeuxis, de Parrhasios et d'Apelle ? Les guerres, les pillages les ont détruits; le temps, à lui tout seul, se fût chargé de les anéantir, car c'étaient choses frêles, incapables d'opposer à la lente action des ans la résistance du bronze ou de la pierre. Toujours est-il que rien n'en subsiste et qu'il faut probablement renoncer pour toujours à Pespoir d'en retrouver même d'informes fragments.

Essayer de ressusciter cet art disparu pourra sembler une entreprise téméraire; moins téméraire qu'on

ne serait tenté de le croire au premier abord. Il existe, en effet, sur la peinture grecque, des témoignages nortlbreux, épars chez les écrivains ; elle a fait trop de bruit dans le monde pour passer inaperçue des littérateurs, et plus d'un nous a transmis des descriptions de tableaux, des appréciations du mérite de tel ou tel peintre, qui jettent sur son histoire un jour précieux. Nous avons aussi, pour nous en faire une idée, le secours des vases peints. On n'a pas oublié cet atelier de potier restitué, d'après des documents authentiques, à l'Exposition de 1889 ^ Tandis que, sous un auvent, le maître maniait le tour, des subalternes, près de lui, remplissaient des tâches accessoires; une femme adaptait une anse à une amphore; un jeune homme promenait son pinceau sur un cratère; un serviteur activait le feu du four. Des inscriptions tracées çà et là, des vases rangés sur des tablettes, formaient la décoration de cette scène d'un caractère à la fois très réaliste et très simple. Dans beaucoup de villes de Grèce, il y avait des ateliers du même genre; on en voyait un grand nombre à Athènes, où tout un quartier leur était réservé. L'Attique, qui n'était riche qu'en vin et en huile, rachetait l'insuffisance de ses produits naturels par son industrie, et, parmi les objets qu'elle fabriquait de préférence, il faut mettre au premier rang les poteries historiées. La céramique attique était si renommée, qu'on la recherchait partout : des vaisseaux la répandaient par cargaisons sur toutes les côtes; elle pénétrait par les caravanes jusque dans les déserts de

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