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La Peinture au XIXe siècle.
il est, pour ainsi dire, entre Delacroix et Courbet. Léon Belly, lui, se rapproche des naturalistes, et il a, en effet, débuté comme élève de Troyon. Il était né à Saint-Omer le 23 mars 1827 ; son père, officier d’artillerie, mourut de bonne heure et il fut élevé par sa mère, femme d’esprit élevé et de grande culture, qui avait quelque talent comme miniaturiste. Il s’adonna à la peinture après avoir passé ses examens pour l'École polytechnique, suivant le désir de sa mère. Puis, attiré vers l’Orient, il partit pour la Syrie en compagnie de M. de Saulcy et de M. Edouard Delessert. Il visita le Liban, la Palestine, et il exposa en 1853 ses premiers ouvrages : Environs de Naplouse, et Vue de Beyrouth, qui furent très remarqués. Il repartit en Orient, mais cette fois en Egypte et il exposa, à partir de 1857, des sujets pris au bord du Nil, qui le classèrent définitivement à un haut rang dans l’école. C’est en 1861 que s’établit sa réputation avec un
groupe de tableaux dont se détachait magistralement la toile des Pèlerins allant à la Mecque, qui figura longtemps au Luxembourg avant d’être accrochée au Louvre. Tout le monde connaît cette peinture saisissante de la caravane, s’avançant de face, morne, sommolente, silencieuse, de pèlerins accablés par la chaleur ou engourdis dans la fièvre, qui sont penchés sur leurs hautes bêtes cagneuses. C’est un spectacle grandiose et farouche. Belly, revenu en France, tomba gravement malade en 1872 et resta deux ans alité. Il ne reprit plus qu’accessoirement ses sujets orientaux et travailla surtout à Fontainebleau et en Sologne, où il avait une propriété Mais son nom restera surtout comme orientaliste ; il a été un des premiers qui aient analysé avec sagacité et rendu avec puissance les effets extraordinaires dus à la diffusion de la lumière, dans des régions où elle se répand avec une prodigieuse intensité. Il est un précurseur de ces peintres qui, bientôt, vont se préoccuper des grands problèmes pittoresques de la lumière et de l’enveloppe. Belly est mort à Paris en Mars 1878.
L’orientalisme, à cette date, était particulièrement florissant. Le prestige de Delacroix était dans toute sa force; on va chercher dans des pays plus neufs, plus riches en ressources pittoresques, ces éléments de réalité et de beauté, que l’on demandait jadis à l’exotisme de l’Italie. L’un des plus brillants coloristes qui aient été séduits par cette fascination de l’Orient est Félix Ziem, né à Beaune le 25 février 1821, qui est aujourd’hui, bien vivant dans sa robuste vieillesse, le vice-doyen des peintres français. Porté de bonne heure vers la peinture, il dut choisir une carrière voisine, mais plus pratique pour satisfaire aux exigences paternelles. Il étudia donc l’architecture. En 183g, il remportait les trois prix à l’École de Dijon et obtenait ainsi la bourse d’études à Paris. Cette bourse lui ayant été retirée à la suite de son attitude envers les autorités, il quitte la maison paternelle et décide de se rendre
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à Rome, en gagnant sa vie par son travail tout le long du chemin. Il arrive ainsi à Nice, après quelques mois de séjour à Marseille, est patronné par le duc de Devonshire, qui s’intéresse à ses aquarelles. Le voilà donc lancé. Il part pour Rome, Naples, Venise et c’est là qu’il se découvrit. Il ne cessa d’y retourner, ainsi qu’à Constantinople, et il semblait que personne ne pût plus peindre Venise après lui, tant il l’a faite sienne. Le Luxembourg possède deux exemplaires de cette inspiration. La grande Vue de Venise, qui a figuré au Salon de 1852, est peut-être son chef-d’œuvre, comme elle est un des plus glorieux morceaux de l’École contemporaine. Ziem obtint avec elle une première médaille. Il est officier de la Légion d’honneur depuis 1878.
Le marseillais Monticelli (Adolphe), né à Marseille le 24 octobre 1824 et décédé dans cette ville le 29 juin 1886, pourrait se rattacher à cette école. Comme Ziem, surtout dans sa dernière manière, il aime le papillotage de la couleur. Il se rapproche plutôt, cependant, par la technique et l’inspiration, des derniers romantiques, Diaz et Isabey, par ce goût de rêverie assez romanesque, de décamérons, de fêtes galantes, de cours d’amour, de sujets de la vie de château, qui le rattache d’ailleurs, plus haut, à Watteau. Ce fut, du reste, ce maître qui le frappa le plus profondément à son premier voyage à Paris. Il y vint, après ses études faites à Marseille sous la direction de Loubon. Avec Watteau,
Delacroix l’attira de suite, ainsi que Rembrandt et les Vénitiens. A Paris, il travaille, mais n’expose pas au Salon; il est cependant coté par les artistes qui le connaissent et il faut ! bien qu’il eût déjà quelque réputation, puisqu’il obtint pour l’Impératrice une commande de quatre panneaux décoratifs. L’un d’eux, reproduit ici, appartient à M. Durand-Ruel. C’est, on le voit, une de ces scènes habituelles, sans motif bien distinct, d’élégances féminines, mais qui n’offre pas encore ces chatoiements mystérieux, ces scintillements jaillis de la profondeur de l’ombre, ces savantes orchestrations, en apparence confuses, de couleurs voluptueusement musicales, qui marquent la période de 1870 à 1876, alors qu’il est revenu au pays natal. Vers la fin, le talent de Monticelli s’exaspéra ; sa santé s’était altérée, son cerveau était atteint. Il continuait, néanmoins, de peindre. C’est cette dernière manière qui a donné lieu aux plus odieuses falsifications.
Si Ziem est le vice-doyen Henri Harpignies est, lui, le doyen des peintres de notre
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école. Il est né le 28 juillet 1819 à Valenciennes. Il fut élève d’Achard, envers qui il garde un souvenir pieusement reconnaissant ; mais il se rattachait au mouvement classique, quoique assez librement, en suivant la voie tracée par Corot. Il était fils d’un grand ,, sucrier” du pays, qui voulait en faire un ingénieur. Sa vocation, pourtant, ne fut point trop contrecarrée. Il fut envoyé à Paris et bientôt partit pour Rome. Comme Corot, de qui il relève étroitement dans sa première manière, ce fut l’Italie qui le forma. Il avait exposé dès 1853, mais ce fut en 1861 que son nom sortit de la foule, avec une Lisière de bois sur les bords de l’ Allier. Il fut médaillé successivement en 1886, 1868 et 1869. Décoré en 1875, il reçut la rosette d’officier en 1883 et la cravate de commandeur en 1901. Il est un des rares paysagistes qui
aient obtenu la médaille d’honneur. Il a peint en Italie, sur la côte d’Azur, d’où provient ce Souvenir d’ Antibes, en Flandre, en Auvergne, sur les bords de la Loire, à Paris même, et surtout dans l’Yonne, où il s’est fixé, l’été, depuis plus de vingt-cinq ans. Harpignies est aussi célèbre comme aquarelliste que comme peintre ; sa manière est large, décorative, il aime les silhouettes découpées des arbres, à contre-jour sur de grands ciels lumineux. En vieillissant, son exécution s’est assouplie et enveloppée.
Comme le vieux peintre japonais Hok’saï, il donne, à son âge, une grande leçon, car, à près de quatre-vingt-dix ans, il fait encore des progrès.
La réaction réaliste ou naturaliste, comme écrivait Laviron, que le critique combatif annonçait dès 1833, allait prendre, presque au lendemain de ce jour, une forme exceptionnelle à côté du développement normal dont nous avons fait connaître les principaux représentants. C’est un nouveau témoignage de ce que la puissance d’une forte individualité peut apporter d’imprévu dans l’histoire des arts. Cette personnalité exceptionnelle, qui semble en contradiction J.-L.-E. Meissonier. — Le Fumeur (Collection M. Vasnier). avec SOll temps au moment OÙ elle paraît,
est celle d’Ernest Meissonier. Le rôle de ce peintre, dont la carrière glorieuse connut tous les succès et tous les honneurs, sera considérable dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Elle s’exercera dans un sens réaliste et documentaire, mais en une voie, certes, tout à fait différente de celle qui a été si largement ouverte par Millet et Courbet. Mêlé au milieu romantique, Meissonier fit contraste aussitôt avec ses camarades par son horreur de l’à-peu-près, de l’à-côté, du ,,chic”, qui régnait en maître sur ces imaginations passionnées, abandonnées à des improvisations faciles et lâchées. Et cela, simplement, sans idée de protestation, grâce à la constitution physique de son organe visuel tout à fait prodigieux. Il voit tout et il a besoin de tout voir et cette clairvoyance de l’œil a pour complément une étroite et scrupuleuse probité qui a besoin également de tout savoir
Kcole française.
et de ne rien laisser dans le vague ou l’indécision. Il n’a, sans doute, à aucun degré, le sens du mystère, mais cette soif ardente de vérité, ce génie fait d’honnêteté, de science, de volonté et de réflexion, a donné une impulsion salutaire à certains modes de la peinture, qui en ont été revivifiés: l’histoire, qui sort des mascarades théâtrales et de l’imagerie militaire, pour se baser sur l’étude des documents et des monuments et s’appuyer sur la vie; le genre qui renonce au ,, sujet” et sort des niaiseries sentimentales ou des sous-entendus vaudevillesques pour se renouveler par des qualités d’observation qui le relèvent.
Jean-Louis-Ernest Meissonier est né à Lyon le 21 février 1815; il est mort dans sa propriété de Poissy le 31 janvier 1891. Il était fils d’un commissionnaire en denrées coloniales, qui établit à Paris, dans le quartier du Marais, une boutique d’épicerie et de droguerie. C’est là que Meissonier fut élevé et qu’il prit la blouse de garçon épicier, après toutes sortes de vicissitudes scolaires. Sa mère, en effet, était morte de bonne heure et son père, occupé à ses affaires, veillait distraitement à son éducation. Il fut, entre autres changements, envoyé à Grenoble et mis en pension chez un professeur, qui devint plus tard doyen de la faculté et c’est là qu’il peignit deux portraits, dont l’un, celui de M. Ferriot, est au Musée de Rouen et dont l’autre, celui de Mme Ferriot, acquis par le Luxembourg en 1893, est placé aujourd’hui au Louvre. Ce morceau, remarquable d’expression et de modelé, simple, attentif, fut exécuté à l’occasion d’un séjour ultérieur à Grenoble en 1834. Le jeune artiste avait alors dix-neuf ans. Toutes ses qualités futures y sont apparentes avec une largeur qu’il n’a pas conservée.
Meissonier, jusqu’alors, dessinait en cachette de son père, le soir, après des journées passées à faire des paquets de vermicelle ou de bougies. Il obtient enfin une pension de quinze francs pas mois, prend quelques leçons d’un obscur lithographe du nom de Julien Pottier et, par Tony Johannot, est mis en relations avec l’éditeur Curmer, pour qui il fit des illustrations pour Paul et Virginie et surtout pour la Chaumière Indienne, minuscules et admirables vignettes, qui, bientôt, le sortirent de l’obscurité. En 1834, il s’était hasardé au Salon avec un tout petit tableau de Bourgeois flamands, aujourd’hui à la galerie Wallace, à Londres, qui fut déjà remarqué comme un heureux pastiche des maîtres anciens.
Quel dommage que Meissonier n’ait porté que si rarement ses dons uniques sur des réalités de son temps et ait sacrifié à la mode, régnante alors, qu’il consacra et perpétua par son talent même, de déguisements du passé ! Il reprit, en effet, les thèmes de corps de garde, de tabagies, de beuveries, que les romantiques avaient empruntés aux petits maîtres flamands et hollandais, et il les aggrava avec ses suites de scènes Louis XV ou de personnages du XVIe ou XVIIe siècles, mousquetaires, hallebardiers, reîtres, spadassins, bravi. La Barricade, qui est une scène vue, montre ce dont Meissonier était capable dans ce sens moderne. Meissonier était, pendant les journées de Juin, capitaine de la garde nationale, il vit lui-même, le soir, rue de la Mortellerie, aujourd’hui disparue, ce spectacle de décombres et de sang.
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Delacroix en fut si frappé que Meissonier lui fit don de l’aquarelle faite sur nature. Les Bravi font partie de la collection Richard Wallace. Ce petit drame à deux personnages est émouvant par l’expression saisissante des deux sinistres acteurs. Cette peinture, sobre de tons, dans son harmonie de bruns, de bleus et de rouges, appartient à la période où Meissonier est dans toute sa maîtrise, sans tomber dans les excès de précision et de fini minutieux qu’on pourra lui reprocher plus tard. C’est le moment où sa célébrité, commence et, deux ans après, l’Empereur lui commandera la Rixe, pour l’offrir à la reine Victoria. Il était d’ailleurs décoré depuis 1846. Les Bravi, exposés au Salon de 1853, furent acquis par le marchand Arthur Stevens pour 8.000 francs et vendus 28.000 au Marquis cl’Hertford.
Le Fumeur, reproduit ici, va à son tour entrer dans une collection publique par
suite de la libéralité faite par M Vasnier à la ville de Reims. Exposé, en 1900, à l’Exposition, c’est un de ces types de fumeurs ou de liseurs, personnages isolés auxquels se plaît particulièrement Meissonier et dans l’observation desquels il met toute la biographie d’un être. Le ,, fumeur gris” — il y a aussi le ,, fumeur noir”, et le ,, fumeur rouge” — date de 1857. Ils appartiennent tous à la série de scènes du XVIIIe siècle, époque vers laquelle il fut entraîné par ses premières illustrations de la Chaumière Indienne. Le Vin du cru relève de la même inspiration, mais c’est une véritable scène animée, avec tant de fidélité et de naturel qu’il semble qu’on entende l’éloge du cru fêté par le bon curé gourmand. Ce tableau date de 1860. Cette date est dans la carrière de Meissonier une date caractéristique. La guerre d’Italie l’avait dirigé vers la peinture des choses militaires ; il suivit les opérations et en rapporta l’admirable peinture de Solférino. Puis la grande figure de Napoléon commence à le hanter. Il avait toujours
Ferdinand Boissard de Boisdenier. —
Épisode de la retraite de Russie (Musée de Rouen).
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J.-L.-E. Meissonier. — 1814 (Collection Chauchard).
Ecole française.
professé pour elle un culte fervent; mais, dès lors, il s’attache à elle avec une sorte de religion fanatique. Il en rêvait la nuit ; il s’entoure alors de tous les renseignements et de tous les documents qui peuvent l’éclairer sur la personnalité, les habitudes, les manies de son idole. Son génie de conscience et de réflexion se décuple de patience et de sagacité pour- redire les principaux actes de cette grandiose épopée. Ce cycle devait comprendre cinq grandes pages : 1796, le Matin de
Castiglione; 1807, Friedland ; Léon gérôme.
1810, Erfurt, qui n’a pas été fait ; 1814 et 1815, celui-ci non exécuté non plus. 1814, ,,ce n’est pas la retraite de Russie, mais la campagne de France, disait Meissonier. Les visages abattus, irrités, expriment le découragement, la défaillance, la trahison peut-être. Napoléon marche lentement, le corps affaissé, mais le regard en avant. Tout peut se rétablir encore si ceux qui le suivent partagent sa foi”. Ce chef-d’œuvre d’histoire moderne et de psychologie, commencé dès 1860 par d’innombrables études, ne fut terminé qu’en 1864. Il appartient à la collection de M. Chauchard.
Cette lamentable odyssée de la retraite de Russie, qui avait déjà inspiré à Charlet une
— Jeunes Grecs faisant battre des coqs (Musée du Luxembourg).
Photo Braun, Clément & Cie.
Lé;on Gérôme.
Le Prisonnier (Musée de Nantes).
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page émouvante, a donné à un élève de Gros, un peu oublié jusqu’en 1900, l’occasion d’une toile saisissante qui sauvera son nom de l’obscurité. C’est le pathétique Episode de la retraite de Russie, du Musée de Rouen, exécuté en 1835 par Ferdinand Boissard de Boisdenier, né à Châteauroux, le 4 mars 1813, mort à Paris en décembre 1866, peintre, écrivain, musicien, esprit merveilleusement doué, qui gaspilla son talent en dilettantismes dissolvants.
Il est, à cette date, un autre réaliste du même ordre que Meissonier qui, près de lui et à côté de lui, jouit d’une grande faveur près du public et eut, de même, la carrière la plus heureuse et la plus honorée. C’est Léon Gérôme. Il était né à Vesoul le 21 mai 1824, d’une famille de modestes orfèvres. Il fit ses études classiques, prit son baccalauréat et alla à Paris où il entra à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Delaroche. Il échoua au concours de
Rome et se lança résolument, au Salon de 1847, avec ses Jeunes Grecs faisant battre des coqs. On était en plein dans ce goût de renouveau pour l’antiquité, une antiquité plus vivante et plus colorée, occasionné à la suite des fouilles de Pompéi. Nous avons signalé déjà cette direction du goût à propos de Chassériau, de Couture et de Gleyre. Gérôme sut en profiter et il fut le chef du petit groupe qu’on appela les néo-grecs et dont les artistes les plus marquants furent, près de lui, Hamon et Picou. Ce tableau fit une grande sensation et suscita même des prophéties singulières. Les critiques avancés prirent Gérôme pour un des novateurs attendus, alors qu’en réalité il allait reprendre et diriger, on sait avec quelle énergie, la tradition classique. Son œuvre, considérable, qui s’étend même à la sculpture, est également très variée. De 1847 à 1857, clle esf plutôt classique, avec ce caractère de renouvellement pittoresque, par la couleur et par l’anecdote, par le document et par l’observation réaliste du modèle vivant.
Photo Braun, Clément & Cie.
Robert-Fleury. —
Le Colloque de Poissy (Musée du Louvre).
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qui rapprochait, avec une ingéniosité piquante, ces antiques sujets de notre humanité contemporaine. Puis il touche à l’histoire moderne, toujours par le petit côté, au genre proprement dit, et, enfin, son besoin de vérité dans le pittoresque, qui l’avait conduit vers l’archéologie, l’entraîne vers l’ethnographie. Il voyagea en Orient et rapporta de là de savantes et fortes études et de nombreuses compositions, qui sont célèbres. Le Prisonnier , du Musée de Nantes, (Salon de 1863) est un type parfait de cet art précis et documentaire en même temps que réfléchi, tendu et nerveux. Gérôme est mort à Paris le 10 janvier 1904 en pleine possession de ses facultés, en plein travail, après une existence glorieuse et des mieux remplies.
La longue carrière de Joseph, Nicolas, Robert Fleury, dit Robert-Fleury, s’est étendue à travers presque tout le siècle. Il est né, en effet, à Cologne, de parents français, le 8 août 1797 et mort à Paris le 5 mai 1890 ; mais c’est dans la deuxième partie de sa vie que s’établit le plus haut sa réputation. Le Colloque de Poissy, du Salon de 1840, aujourd’hui
Alexandre Cabanel. — La Naissance do Vénus (Musée du Luxembourg).
au Louvre, est le meilleur spécimen de cet art, qui ressuscite le passé par un sentiment d’observation réfléchie, une sorte d’exaltation contenue et à qui on doit le relèvement du genre, affadi par l’éclectisme prudent de Delaroclie.
Il est, à côté de Gérôme, dans l’ordre plus particulièrement académique, deux figures qui ont joui de leur vivant, dans le monde entier, d’une très haute réputation, justifiée par de savants et habiles ouvrages. L’un est Cabanel, l’autre Bouguereau. Ils représentent, à eux trois, les personnalités les plus distinguées du développement classique et traditionnel.
Cabanel est né à Montpellier le 28 novembre 1824 et mort à Paris le 23 janvier 1889. Sa carrière a été heureuse et fortunée, il a reçu toutes les distinctions et a laissé un nom aussi estimé pour son enseignement libéral que pour ses travaux. Il a exécuté des décorations, notamment à l’Hôtel de Ville de Paris, des portraits, dont les plus appréciés sont l’exquise figure aristocratique de la duchesse de Vallombrosa et les simples et grandes effigies du
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fondateur et de la fondatrice des petites sœurs des pauvres, et surtout des sujets d’histoire d’un pathétique assez théâtral. La Naissance de Vénus, du Musée du Luxembourg, qui, en 1863, fit une si heureuse concurrence à la Perle de Baudry est, malgré la ribambelle puérile des petits amours, un des plus charmants morceaux de nu produits dans notre école et à une époque où le nu était très en faveur.
Bouguereau (William), né à La Rochelle le 30 novembre 1825, mort à Paris le 20 août 1905, était un camarade de Cabanel à l’atelier Picot; il fut aussi son émule et sa carrière est, de même, heureusement remplie par la fortune et par les honneurs. Arrivé à Paris en
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Bouguereau (William). — Le Triomphe du Martyre (Musée du Luxembourg).
1846, il obtint le prix de Rome en 1850 et exposa, pour la première fois, en 1849. Le Triomphe du Martyre, qui représente une foule de chrétiens conduisant, dans les catacombes, le corps de sainte Cécile, est un de ses ouvrages les plus recueillis, dans la tradition d’Hippolyte Mandrin, et peut-être avec un accent plus robuste de vérité. Ce tableau, actuellement au Luxembourg, est un de ses envois de Rome. Bouguereau modifia plus tard son genre et s’est rendu célèbre dans les deux mondes par de trop aimables créations, caressées d’une brosse égale et facile. Il est mort grand officier de la Légion d’honneur et membre de l’Institut.