‹ La peinture belge au XIXe siècleChapitre 12 sur 21 · FRISCH · texte numérisé non relu

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FEÉLICIEN ROPS, — L'Attrapade.

breux — qui descendent des maîtres du xvII° siècle, de Dou et de Terborg, de Nicolas Maes et de Pieter de Hooch. Aucune nouveauté dans leurs œuvres. Tout ce qu'ils disent, avait déjà été mieux exprimé auparavant. Ils ont néanmoins bien mérité de l’art du xIx° siècle.

En cherchant à peindre des tableaux qui pourraient passer pour des œuvres d'art, même à côté de ceux des anciens, ils ont amené la renaissance de la peinture à l'huile, et seule cette dernière arrièrefleuraison des maîtres anciens pouvait être le pont conduisant vers des régions nouvelles. A. Van Hamme vénère Gérard Dou comme un ancêtre. Il montre de vieilles femmes travaillant au fuseau, entourées des accessoires et des tapis, des pots de fleurs et de la baie de fenêtre que l'on connaît par les œuvres de Dou. A. Markelbach peignait des scènes de beuveries du temps de Franz Hals, des hommes en buffleteries, écharpes et bottes à revers, et s’efforçait à accorder ces couleurs voyantes dans la gamme d'Hals ou de Pieter Codde.

Florent Willems, qui, comme restaurateur de tableaux, s'était exercé dans la manière des anciens, surprit plus d’un des secrets de

toilette de Terborg, de Van der Meer et de Mieris. Que ce soient des gentilshommes ou des peintres du xvu° siècle, ou des scènes de la vie moderne, c'est la même peinture chatoyante et soyeuse, que l’on connaît par les tableaux des petits maîtres hollandais. Dans le tableau l’Amateur d'estampes, un jeune homme en noir à ouvert un grand portefeuille bleu, rempli de feuilles blanches et noires. Au mur, une eau-forte encadrée d’une baguette noire. La lumière tombe par une fenêtre à gauche et joue sur des pièces d’argenterie, sur la muraille blanche. Le tout est habilement harmonisé dans les tons bleu noirâtre, qu'aimait Vermeer de Delft.

La Fête chez les grands-parents n’est qu'une scène d'anniversaire moderne en costume de 1650. Les petits garçons portent des maillots, les grands-parents des fraises blanches à la Mirevelt, et la mère, qui amène les petits congratulants, s’est affublée d’une petite pelisse jaunâtre, bordée d’hermine qui vient de la garde-robe de Mieris. La Toilette de la mariée nous exhibe -des modes contemporaines. Une dame en soie rose attache la couronne d'oranger à une dame en soie blanche, tandis qu'une dame en soie verte est occupée à son voile.

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Tout autour de vieux meubles et des bibelots, sur lesquels joue et papillonne une lumière scintillante. Dans le tableau la Fête chez la duchesse, l'on voit des dames en robes de soie à la dernière mode, des officiers de cavalerie et des messieurs en habit, et cependant eux aussi ont un air de famille avec les modèles qui posèrent pour Mieris, En somme, il n’y a rien de bien original à regarder la vie présente au travers des lunettes des anciens. Willems n’a pas créé de nouvelles valeurs. Maïs en mettant à la place d'’imitations superficielles, de bonnes et intimes imitations, en soulignant le côté pictural et non le côté anecdotique, il dépassa cependant, d’un grand point, les peintres de genre antérieurs.

Franz Meerts est encore à nommer, bien qu'il ne renonçât pas entièrement au sujet de genre. Une jeune fille, dans le tableau l’'Aveu, doit avouer un faux pas à sa mère.

Au moins l’historiette vulgaire s’unit-elle à une bonne tenue artistique. Au travers des rideaux de la fenêtre une lumière douce s'étend sur des légumes verts, des tabliers bleus, des coiffes blanches et des vêtements gris-noir, et toutes ces couleurs se fondent en une harmonie digne des anciens.

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De même Henri Bource et V. Lagye s’attachent à faire marcher de pair des sujets intéressants et certaines tendances picturales. Que ce soit un marin qui vienne annoncer à une femme de pêcheur la mort de son mari, ou une noble dame, coiffée d’un hennin, qui fasse son apparition dans la cabane d’une sorcière, les tableaux ne satisfont pas seulement le philistin, qui cherche une anecdote, mais aussi l'amateur qui aime à voir de belles couleurs.

Il semblera peut-être peu justifié de ranger Eugène De Block dans ce groupe. Car il se transforma plusieurs fois. Au début de sa carrière, il contait des balivernes, vous entretenait de braconniers et de gardes champêtres qui se jouaient réciproquement des niches. Puis, aux environs de 48, le bavard devint un agitateur. Dans des tableaux larmoyants et geignards, il racontait, en les soulignant lourdement, les misères des pauvres. Enfin tout finit par s'’éclaircir. Le sujet perd de son importance et du loustic comme du socialiste il sort un peintre. Il surprit plus d’un secret à Pieter de Hooch, entre autres. C’est de lui qu'il tient ces vieilles chambres intimes et familières au sol carrelé de briques et aux meuü-

HENRI EVENEPOEL, — Portrait d'un petit garçon.

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bles solides et patriarcaux, de lui le beau ton chaud et doux, la douce lumière, qui ruisselle sur toute chose. Dans ce décor il plante de vieux bonshommes lisant la Bible, de vieilles infirmes, soignées par leurs petites-filles. II manque toute anecdote, tout sujet racontable. Tout le charme de ses tableaux vient de la paisible intimité et de l’atmosphère délicate, digne des maîtres, qu'il a su leur donner.

Un second peintre, qui semble un Pieter de Hooch ressuscité, est Henri De Braekeleer. C'était le fils de ce Ferdinand De Braekeleer qui, aux environs de 1830, amusait le publie belge par ses airs de mirliton. Henri De Braekeleer, lui, devint un artiste de haut goût. Aujourd'hui encore, il y a à Bruxelles, comme à Anvers, où il vécut, des quartiers entiers qui semblent des survivances attardées du passé, des quartiers où il n’y a pas de palais et de casernes de rapport, mais d'étroites maisons à pignon, avec de raides escaliers et des chambres exiguës, pleines de pénombre. Henri De Braekeleer se transplanta dans ce monde silencieux et y observa que la lumière ruisselait au travers des petits vitrages enchâssés de plomb, juste comme aux jours de Pieter de Hooch. Le but

de son activité fut, dès lors, de rendre les subtiles gradations de cette lumière, de résoudre encore une fois les problèmes que de Hooch s'était posés. Il peint, entre autres, des intérieurs de vieux hôtels de ville. Le regard tombe au sortir d’une chambre dallée de marbre, vide et obscure, dans un couloir clair, où sont campées deux petites figures noires. Ou bien c’est une jeune fille au rouet, ou encore un bonhomme en veste bieu clair, penché sur un atlas barriolé. Aïlleurs la lumière tombe de côté, au travers des rideaux d'une fenêtre, et vient jouer sur le vieux baldequin du lit, de vieux bahuts, des cruches et des assiettes au mur. Dans l'Échoppe, nous voyons, dans une pauvre chambre blanchie à la chaux, meublée d’une commode surannée, une vieille occupée à vendre des fruits à un gamin en blouse. Au travers de la fenêtre, l’on aperçoit la rue qui est plus claire, et deux gamins arrêtés devant l’étalage, absorbés dans la contemplation des friandises et des fruits. Ce n’est ni le passé, ni le présent. C’est la vie moderne, vue avec le tempérament d'un de Hooch. Ces tableaux ont d’ailleurs toute la quiétude, toute l'intimité, tout le mystère des toiles de de Hooch. Un parallèle alle-

mand serait Claus Meyer, qui, au début de sa carrière, se posa de semblables problèmes.

Le xvirI siècle, à son tour, fournit aussi matière à tableaux. Eugène Delfosse et Léon Dansaert cherchent à peindre des diplomates, des postillons, des châtelaines, des dilettanti, avec la finesse délicate de Meissonier.

Ainsi un bon bout de besogne était abattu. L'on avait peu à peu surpris tous les secrets des maîtres contemporains de la Réforme et des Hollandais du xvrr° siècle ; l'on s'était efforcé d'exécuter des œuvres d’égale valeur artistique, tantôt en choisissant les mêmes sujets que les anciens, tantôt en traitant dans la manière des anciens, avec autant de pureté de style que possible, des scènes du présent. L'on dirait des friandises raffinées, à côté des produits insipides de leurs prédécesseurs. Il fallait dès lors qu'à la peinture minutieuse et soignée succédât une peinture hardie et large. Tout d'abord il fallait que la tutelle des anciens se relâchât. Il fallait que l’on apprît à faire entrer dans le domaine de l’art, des scènes de la vie moderne, quand même l’on n’eût pas trouvé de modèles anciens à utiliser directement. Ce fut Courbet qui poussa les

Belges hors du musée et les rapprocha de la vie, qui les conduisit de l’imitation à la vision indépendante. Il avait été le premier à faire valoir les droits du présent. Dans ses puissants tableaux, il avait campé en grandeur naturelle, des tailleurs de pierres, des chasseurs, des débardeurs, des paysans, une race de prolétaires forts et hâlés, aux lieux et places qui étaient réservés aux personnages historiques, tout de velours habillés. Somme toute, Courbet descendait d’un vieux Flamand, de Jordaens. Le plaisir qu'il prenait au cru, au séveux, au puissant, allait audevant du goût belge. Certaines de ses œuvres (un Paysage, la Danseuse espagnole, le Portrait d'Alfred Stevens) figurent au Musée moderne, et il était sans doute déjà apprécié en Belgique, à une époque où la direction des musées de Paris ne considérait pas encore comme possible que le maître d'Ornans fît jamais son entrée dans les salles sacro-saintes du Louvre. Pour la génération de 1850, ses œuvres furent ce qu'avaient été celles de David pour la génération de 1800. Courbet engendra, en Belgique, une race de puissants ouvriers, qui brossaient leurs tableaux en de larges et hardis coups de pinceau, en une belle et pro-

HENRI ÉVENEPOEL, — L'Espagnol à Paris.

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