X AVANT-PROPOS
tion de la défunte école historique, qui joua malgré tout son rôle. Comme Allemand, engagé dans le Kultur-Kampf pour l’art national, l’auteur a conservé contre elle une animosité particulière à cause de l'influence néfaste qu'elle avait eue sur ses imitateurs allemands. L’ardeur qu’il mit à lutter contre l’académisme officiel allemand, l’entraîne à attaquer encore l’académisme belge, qui ne nous opprime plus depuis longtemps.
Quant aux omissions que l’on croirait pouvoir constater dans ce livre, l’on ne doit pas oublier qu’un critique étranger ne peut, malgré sa documentation, avoir été tenu au courant des innombrables petites expositions qui sévissent chez nous, et que fatalement sa principale source d'informations sera le Musée moderne. Mais il aura, sur des nationaux, l'avantage considérable de mieux pouvoir s'abstraire de tout sentimentalisme chauvin et des sympathies individuelles, et d'apprécier ainsi plus sainement le degré de bienfaisance universelle de l’art.
À ce titre, l’art belge peut se montrer satisfait du bilan, qu'a établi de lui, l’un des plus éminents critiques de l'étranger.
JEAN DE Mor.
La visite du Musée moderne, à Bruxelles, ne procure pas une joie sans mélange. Si l’on sort du Musée ancien, l’on est frappé du nombre de toiles médiocres, poncives et vaines, qui ont été peintes au xix° siècle.
Depuis que la Galerie nationale de Berlin, de bienheureuse mémoire, a fait peau neuve, le Musée de Bruxelles est peut-être celui où s’étalent le plus de tableaux inutiles et encombrants. Leurs dimensions mêmes ont empêché qu'ils ne s’effaçassent ou ne fussent dissimulés lors du remaniement que l’on a récemment fait subir aux collections.
La Belgique a cependant joué un rôle décisif dans l’évolution de l’art moderne. Toute une génération de la peinture allemande a été fécondée par les œuvres de Gallait et de De Biefve, qui firent, en 1842, un voyage triomphal à travers l'Allemagne. Et à côté
de ces maîtres, qui jadis ont été surfaits, il en est d’autres, qui ne sont pas encore appréciés, aujourd'hui, à leur juste valeur.
Nous tenterons donc de passer en revue au seuil du xx° siècle la production artistique de la Belgique au xix°. Les erreurs qui auraient pu se glisser dans ce livre trouveront leur excuse dans le fait qu’il n'existe que peu de travaux historiques préparatoires, pas même de catalogue critique du Musée de Bruxelles.
Nous rencontrerons tout d’abord les maiïtres, dont l’art ne marque pas le commencement des temps nouveaux, mais le lent déclin des temps anciens. La Belgique est la patrie de Rubens, et longtemps les peintres se sont nourris des miettes tombées de la table du colosse. André Lens, qui est mort en 1822, semble être encore un élève de Rubens (1). L’on retrouve dans ses toiles :
Le Sacrifice à Bacchus et Ariane. consolée par Bacchus, les amours joufflus pirouettant dans les airs, qu'aimait Rubens, et le rouge éclatant des draperies et quelque chose du rayonnement que Rubens s’entendait à don-
(1) Ses tableaux ont été récemment placés au Musée ancien. (N° d6r2)
ner aux chairs. Seulement c’est un élève de Rubens qui à lu Winkelmann. La coupe classique des visages et la noblesse des attitudes — qui font songer à la peinture sur porcelaine, — lui assignent une place entre Diepenbeck et Angelica Kaufmann.
Parmi ses contemporains nous retrouvons les petits maîtres les plus divers. J.-L. de Marne peint des marchés aux bestiaux et des kermesses, qui font l'effet de craintives copies de Teniers ou de Berghem. Un paysage de J.-B. De Jonghe nous montre un cavalier en pourpoint rouge, chevauchant un cheval blanc, par des chemins creux d'un brun bleuâtre. C’est une variation timide du motif de Louis de Vadder:
Ommeganck est inépuisable dans l’exécution d'animaux minutieux et léchés, que lon pourrait comparer à ceux de Rosa di Tivoli. H. Voordecker dessine des natures mortes avec le pinceau pointu de Gérard Dou. Frédéric-Théodore Faber peint des paysans attablés, fumant la pipe, auprès d'une pinte de bière, comme jadis le faisait Ostade, tandis que P.-A. Hennequin se complaît en de petits portraits en médaillon.
L'on ne peut pas dire que ces tableaux soient mauvais. Ils ont encore le sens raf-
finé des couleurs du xvin° siècle. Mais ils ne font que ressasser ce qui jadis avait déjà été mieux dit. La vieille tradition flamande languit, et nulle part l’on ne voit encore poindre les signes d’un prochain réveil.
Pour cela, il faut attendre la venue de David. Le grand artiste français passa les dernières années de sa vie à Bruxelles.
Quelques-unes de ses meilleures œuvres se trouvent au Musée de Bruxelles. Le portrait du compositeur de Vienne est, en dépit du classicisme de son style, une œuvre étonnante. Quant au Marat expirant, c'est ce que David a peint de plus hardi. La facon dont le corps exsangue de la victime s’enlève sur le drap de bain blane et la couverture verte, dont le coffre jaune clair s’harmonise avec l’encrier noir et la blanche plume d’oie, sur le gris froid de la muraille, tout cela évoque presque le coloris de Vélasquez. Même dans ses dernières œuvres, telles que Mars désarmé par Vénus, l'on ne rencontre aucune coloration blessante.
Le maître puritain, bien qu'il eût chassé du Louvre les œuvres de Watteau, conserva cependant aux temps nouveaux la noblesse du coloris du xXvi° siècle. Outre David, Gérard et Ingres eurent des rap-
ports étroits avec les Flandres. Leurs œuvres unissent aussi la plus sévère précision du dessin à une couleur franche, corsée, métallique. Les Belges ont fait leur profit des bonnes leçons de ces Français.
Les sujets antiques qu'ils traitent ont beau être peu passionnants, l’on n’est pas moins frappé du bon goût, et des sérieuses connaissances techniques dont ils font preuve.
Les Belges de cette époque ne se targuent pas, comme les Allemands contemporains, d’une génialité toute gratuite. Ils ont le respect de leur métier et ils savent qu'il ne suffit pas de colorier un mauvais dessin pour en faire un tableau.
11 s’agit d’abord des produits de cet aimable classicisme, quelque peu académique, dont témoigne l’Entèvement des Sabines de David. Car le grand révolutionnaire, lorsqu'il vint en Belgique, s'était depuis longtemps dépouillé du rude naturalisme de sa période jacobine. Au sévère et au grave, avait succédé le joli et le gracieux. Il était hanté par la recherche du canon de beauté et du type normal et noble.
Les Belges le suivirent dans cette voie.
Au Musée de Bruxelles, l’on voit une Rencontre d'Enée et de Vénus, par François
Picot, une Rachel pleurant la mort de ses enfants, de Roberti, César recevant la tête de Pompée, de P.-F. Jacobs. L'on sent dans tous ces tableaux, que leurs auteurs ont beaucoup travaillé d’après des moulages d’antiques et spécialement d’après les Niobides. Et cependant, leur raideur sculpturale leur donne je ne sais quel charme âpre, assez sympathique. En dehors de ces thèmes antiques, l’on ne traitait, aussi bien en France qu’en Allemagne, que des scènes empruntées à la vie populaire italienne.
Aucun des sujets, que pouvait fournir le terroir, ne semblait digne du répertoire classique. Un arrière-plan de paysage italien excusait seul la représentation d’animaux ou de figures empruntées à la vie populaire. Les Flamands entreprirent également le pèlerinage d’Italie. Dans un tableau de Verboekhoven, l’on voit des taureaux, grandeur naturelte, solennellement couchés devant des ruines antiques.
Philippe Van Brée nous conduit dans Saint- Pierre, rempli de prêtres et de paysans agenouillés devant les saintes images.
François Bossuet et F. Simonau peignent des processions dans des villes italiennes, des pifferari, des Trasteverines, des bri-
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