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gands; bref, ils se fixent dans la contrée que Léopold Robert avait ouverte aux Français.
F. Simonau a, d’ailleurs, peint des portraits pleins de caractère. C’est, en effet, dans le domaine du portrait que les meilleures œuvres ont été créées. C.-0. Verhulst a, de ses portraits des princes KFrédéric-Georges et Guillaume-Frédéric-Charles de Nassau, fait deux œuvres d’une âpreté toute spartiate. L'attitude guindée des personnages, la raideur du mobilier empire, les couleurs froides, sont bien dans le style de cette époque de militarisme, dont Napoléon était le dieu. Le style représentatif, que nous trouvons dans les œuvres de Gérard, est rendu d’une façon très satisfaisante dans le portrait que Mathieu’ Van Brée a peint du roi Guillaume I‘. Le plus grand peintre de ce groupe — même dans ses scènes mythologiques — est Navez. Il ne faut évidemment pas demander du tempérament et de la vérité à un classique.
Qu'il peigne le Songe d’'Athalie où Agar et Ismaël dans le désert, un tableau est pour lui un théorème de géométrie. La tête d'Agar doit culminer au sommet d’une pyramide dont la base est indiquée, avec une
précision académique, d’un côté par un paquet de vêtements, de l’autre par le pied d'Ismaël. Mais à sa froideur marmoréenne ne se mêle ni fadeur, ni emphase.
Dans ses portraits il atteindra le naturalisme le plus élevé. Il renonce aux repentirs et à la beauté tiède. Les portraits de David, son maître, du prince de Gavre, d’une vieille et d’une jeune dame, évoquent les images qu'Ingres burinait merveilleusement comme des médailles. Dans le groupe de la famille de Hemptinne, il à su unir la plus scrupuleuse peinture du milieu, à l'analyse psychologique la plus serrée. Les couleurs froides, le bleu, le vert, le noir, le gris et le blanc des vêtements, composent une symphonie àâpre et captivante. À côté d'Ingres et du Danois Eckersberg, on peut le considérer comme le meilleur portraitiste du début du xIx° siècle.
L'époque suivante marque une profonde décadence du goût. Il est cependant curieux de constater qu’elle fut jadis considérée comme l'apogée de l’art belge. Dans tous les pays de l’Europe, le Romantisme qui avait succédé au Classicisme, ne tarda pas à naviguer dans les eaux basses de la peinture d'histoire. Le baccile historique fut tout
spécialement cultivé en Belgique. Pendant quelque temps il sembla que la peinture d'histoire était réellement un produit national. La Belgique avait conquis sa liberté et était devenue un État indépendant. Un tel État indépendant n'avait que faire d’un art qui puisait ses inspirations à l'étranger. Il lui fallait un art, jailli du sol natal, qui plongeait ses racines dans un passé national, et c’est à ces sources nationales que puisèrent les peintres d'histoire frais émoulus. Ils opposèrent la splendeur du coloris de Rubens, l’éblouissement du velours et de la soie à la froideur marmoréenne du classicisme. Et bien qu’en France, le pas du classicisme à Rubens eût aussi été franchi, on les considéra comme les rénovateurs de l’art flamand national. On se fit un point d’honneur de leur confier de grandes entreprises et les sujets appropriés ne faisaient pas défaut. Le jeune État éprouvait le besoin, en noble de fraîche date, de se créer une galerie d'ancêtres. Il s'agissait d'évoquer les grands morts pour attirer leur bénédiction sur le présent. Il s'agissait d’exécuter les airs de bravoure de l’histoire flamande.
Le premier qui tint compte de cet état
d'esprit fut Wappers. Après avoir peint, en 1823, un kRegulus d’après la recette classique, il se manifeste en 1830, par son Bourgmestre van der Werf. Le bourgmestre van der Werf, de Leyden, offre, durant le siège de 1576, son corps en pâture à ses concitoyens affamés. Un tableau évoquant le passé des Pays-Bas, peint en couleurs rubéniennes, l’année même de la proclamation de l’indépendance belge, devait amener au jeune maître un succès inouï. Du coup, le vieux Navez fut vieux jeu. Wappers fut le héros, vers lequel la jeunesse levait les yeux comme vers un dieu. L'année 1837, il atteignit l’apogée de sa gloire. Il avait envoyé à l'exposition son Épisode de la Révolution belge, qui évoquait ces jours troublés encore présents à la mémoire de tous. Tout Bruxelles afflua devant son tableau. L'on croyait reconnaître les portraits des héros populaires des barricades. Une médaille commémorative du tableau fut frappée. Tous les journaux, même en Allemagne, étaient pleins de Wappers.
Ce fut un guide, que suivirent de nombreux disciples. Nicaise de Keyser parut en 1836 avec sa Bataille des Éperons d'or, où il montrait les communiers flamands
LA PEINTURE BELGE Qt
combattant héroïquement contre les forces supérieures de la France. La même année, Henri Decaisne peignait la Belgique couronnant ses enfants illustres, une sorte de Panthéon national. Bientôt après, Gallait et De Biefve entrent en scène. Lorsque leurs œuvres arrivent en Allemagne en 1842, les jeunes peintres, muets d’admiration, les contemplèrent comme des prodiges. Plus tard, Ernest Slingeneyer obtint un succès retentissant avec le Naufrage du Vengeur.
I1 semblait même, qu'une nouvelle floraison de la peinture murale allait s'épanouir. Car tous les édifices publics, qui s’élevaient de toutes parts, nécessitaient une décoration artistique. Et les édifices anciens, témoins d'un passé glorieux, ne pouvaient non plus se dérober à l’honneur d’être illustrés en style monumental. Un arrêté ministériel décréta que les deux Anversois Guffens et Swerts se familiariseraient avec la peinture à fresque et créeraient une peinture monumentale belge.
La joie créatrice, l'enthousiasme étaient grands. S'il était possible de susciter, par des commandes officielles, une floraison d'art, il se serait évidemment produit des choses inouïes. Mais la tendre fleur de l’art
n’épanouit pas sa corolle, par ordre. Lorsque les racines sont malades, l’arrosage ne peut rien. Les commandes officielles ne font pas d'épigones des personnalités artistiques, d’imitateurs des génies originaux.
Guffens et Swerts ne sont, d’ailleurs, que les comparses d’imitateurs. Cornélius et Overbeck, Veit et Schadow s'étaient essayés, dans leurs peintures murales, à ressusciter la peinture à fresque. Et les deux Belges ne firent que s'inspirer de ces imitateurs du cinquecento. Et ils ne sont naturellement pas allés plus loin que leurs inspirateurs allemands. Guffens a peint, à l'hôtel de ville de Courtrai, des scènes de la vie de Baudouin IX, qui vivait au x! siècle, et à l'hôtel de ville d’Ypres, l'entrée de Philippe le Hardi, en 1384. L'on y retrouve les armures et les manteaux flottants, les rois majestueux et les belles reines, les nobles chevaliers et les gracieux pages, en un mot, tout cet héroïsme académique qu'ont fait connaître les peintres de Dusseldorf et Schnorr von Karolsfeld.
De leur côté, les peintres d'histoire ont fécondé l'Allemagne. Aujourd'hui, l’on en crierait volontiers vengeance au ciel. Car les tableaux modestes et d’une facture naïve
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