‹ La peinture belge au XIXe siècleChapitre 9 sur 21 · A0) PAS US · texte numérisé non relu

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chemin mitoyen. Il peignit à la peinture mate sur une toile non apprêtée, ce qui donne à ses tableaux l’aspect de gobelins.

L'on peut se demander s’il convient de faire de la peinture une imitation de tapisserie, cependant l’on ne peut refuser à ses toiles, vues à distance, un grand effet décoratif.

Il y a même une certaine grandeur dans ce fait qu'au cours d’un siècle, qui ne sut pas employer la peinture décorative, il exécuta ces tableaux gigantesques, qui, il le savait à l’avance, ne pouvaient trouver place dans aucune église, dans aucun hôtel de ville, dans aucun musée. Si, néanmoins, le musée Wiertz ne réjouit pas le visiteur, si l’on en vient même à douter que Wiertz ait vraiment été un apôtre et non un bruyant charlatan, c’est avant tout que ses idées les plus hautes en côtoient de bien banales et puériles.

L'art peut éduquer, mais il n’arrivera à ce but que s’il agit sur le cœur, doucement, insensiblement, et si le parti pris ne se pousse pas brutalement au premier plan.

Wiertz est en cela aussi maladroit que Hogarth ou Véreschaguin. Il ne respecte pas assez la limite qui sépare l’œuvre d’art de

l’article du journal, du fait divers sensa-

tionnel. Dans le tableau l’Inhumation précipitée, il plaide la cause de l’incinération des cadavres. Un homme, qui a été mis en bière, revient à lui, et, affolé par la peur, essaye de soulever le couvercle. Faim, folie, crime : une pauvre fille poussée par la misère, à tué son enfant, et avec un cri satanique, elle brandit triomphalement le couteau dont elle s’est servie. L'Enfant brülé, traite la question des asiles de protection de l'enfance. Une pauvre femme a, pour aller aux provisions, abandonné pour quelques instants, son enfant endormi. À son retour, le berceau a pris feu, et elle se précipite, affolée par la douleur, sur son bébé carbonisé. Dans un autre tableau, c’est le matérialisme qu'il prend à parti. Un homme blasé, qui ne croit plus ni au monde, ni à luimême, se fait sauter la cervelle, qui jaillit comme le pus d’un ulcère. Dans les Pensées et visions d'une tête coupée se déroule toute une histoire, si effrayante, que les cheveux s'en dressent sur la tête. Dans d’autres cas, les plus grossiers effets de musée de figures de cire ne sont pas dédaignés; ainsi les tableaux de la Liseuse de romans et de l’Inhumation précipilée sont enfermés dans une sorte de chambre des horreurs dans

laquelle le regard pénètre seulement par un petit trou. D’autres fois, c’est la fameuse histoire des raisins de Zeuxis qui l'empêche de dormir. Dans une niche, il peint des livres et une bouteille, le tout en trompe-l’œil. Ou bien c’est une femme, peinte sur la muraiïlle, qui vous regarde. Puis c’est un chien au fond d’une niche, ou encore une clef pendant à un clou simulé et tout ce qu’on peut imaginer en fait de sottes plaisanteries de ce genre.

Son portrait peint par lui-même n’inspire pas non plus grande confiance. Le manteau, picturalement jeté sur les épaules, les bras croisés, le profil grec, la palette géante et la brosse géante, tout cela fait plutôt songer à un poseur qu'à un fondateur de religion.

D'ailleurs plus d’un trait de sa vie confirme l'impression produite par le portrait. Il y a chez lui beaucoup de puffisme qui contredit singulièrement ses nobles principes. Le pire est que la peinture de Wiertz soit grossière et qu'elle ne puisse satisfaire en rien quiconque aime l'art pour l’art. Certes, nous aimerions à voir les idées de notre temps magnifiées en de nouveaux et vastes symboles. Nous admirons Watts parce qu'il nous a montré le chemin qui conduit vers cette terre promise d’un nouvel art sacré. Mais

dans les œuvres de Wiertz la forme n’en est pas encore trouvée. Original comme penseur, comme peintre, il n'est qu'un imitateur d'art ancien. Il croit créer du nouveau, alors qu'il met une nouvelle signature au-dessous de figures empruntées aux anciens. En vérité, l’on ne peut pas abuser du bien d'autrui avec moins de scrupules. Il s’est servi, notamment, des formes de Rubens, avec autant de sans-gêne que s’il avait été son légataire universel. Le Phare de Golgotha n’est qu’une variante de l'Élévation de la croix, qui est à la cathédrale d'Anvers.

La Révolte des enfers n’est qu'une variante de Za Chute des anges, que connaît tout visiteur de la Pinacothèque de Munich. Les enfants qui jouent soldat dans Chair à canon sont des amours de Rubens, et le petit prisonnier qu'ils ont fait vient de l’Incendie du Bourg, de Raphaël. La Jeune Sorcière est la Suzanne au bain, de Rubens, et dans le tableau les Orphelins, comme dans l'Enfant brûlé, la figure de la mère qui lève les bras en hurlant est empruntée au Massacre des Innocents, de Rubens.

Ce sont les gestes et les passions poussés au paroxisme du pathétique de l’époque baroque que peint Wiertz et non ceux de

ALFRED STEVENS. — La Dame en rose.

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