‹ La peintureChapitre 15 sur 51 · ATTITUDE DE LA FIGURE D’AZA, PAR MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

ATTITUDE DE LA FIGURE D’AZA, PAR MICHEL-ANGE

âmes dans les allures du corps, sut motiver les nuances individuelles du sentiment commun à tous les apôtres. L’un s’étonne en menaçant déjà le traître ; l’autre est abattu à la seule idée d’un si grand crime; celui-ci pense à se disculper; celui-là cherche le coupable. L’honnêteté indignée prend la forme du mépris ou se traduit en colère. L’irritable saint Pierre voudrait venger son maître; saint Jean ne songe qu’à mourir

avec son Dieu. Chacun des apôtres représente une des faces de l'humanité, à la veille de renouveler son génie et son cœur. Mais les gestes de la Cène ont été analysés avec beaucoup de chaleur et de sagacité par Stendhal, qui, cette fois, renonçant aux affectations de sa manière indiscrète, a écrit, sous la dictée d’une émotion vraie : « ... Saint Jacques le Mineur, passant le bras par-dessus l’épaule de saint André, avertit saint Pierre que le traître esta ses côtés. Saint André regarde Judas avec horreur. Saint Barthélemy, qui est au bout de la table, s’est levé pour mieux voir le traître. A la gauche du Christ, saint Jacques proteste de son innocence par le geste naturel à toutes les nations : il ouvre les bras et présente sa poitrine sans défense. Saint Thomas quitte sa place, s’approche vivement de Jésus, et, élevant un doigt de la main droite, semble dire au Sauveur : « Un de nous? » C’est ici une des nécessités qui rappellent que la peinture est un art terrestre. Il fallait ce geste pour caractériser le moment aux yeux du vulgaire, pour lui faire bien entendre la parole qui vient d’être prononcée... Saint Philippe, le plus jeune des apôtres, par un mouvement plein de naïveté et de franchise, se lève pour protester de sa fidélité. Saint Mathieu répète les paroles terribles h saint Simon, qui refuse d’y croire. Saint Thadée, qui le premier les lui a répétées, lui indique saint Mathieu, qui a entendu comme lui. Saint Simon, le dernier des apôtres à la droite du specta-

teur, semble s’écrier : « Comment osez-vous dire une telle horreur ?... »

Passons maintenant à un autre ordre d’idées, et supposons l’artiste occupé à peindre des tableaux anecdotiques, des scènes de mœurs, ou bien des fêtes de

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