L’ANNONCIATION, PAR GÉRARD SEGHERS
l’autre et ne porte point. Mais c est la tête humaine surtout qui, sous la lumière d’en haut, réunit toutes ses* beautés. La saillie des frontaux se dessine, les yeux deviennent plus brillants sous la cavité sombre que creuse l’arcade des sourcils ; la pommette légère-
ment se soulève, le nez se simplifie et s’allonge, marqué par une traînée lumineuse que soutient l’ombre portée où le noir des narines s’adoucit et se perd. Enfin, pour peu que le jour ne soit pas absolument perpendiculaire, le rayon anime la lèvre inférieure, modèle le menton, et, laissant dans l’ombre l’enfoncement du cou, en forme une colonne obscure qui porte la masse claire du visage.
Que la lumière vienne d’en bas, tout ce bel ordre renversé se change en désordre. Qui de nous n’est offusqué de voir les actrices de nos théâtres se défigurer si souvent aux feux de la rampe qui trahissent leur beauté et contrôlent leur jeunesse ? Combien de fois le jeu de leur physionomie n’est-il pas démenti par cet éclairage à contre-sens qui, jetant une ombre au-dessus des pommettes, leur prête une expression équivoque de douleur ou de malice? 11 est remarquable aussi que les monuments d'architecture cessent d’avoir toute leur signification lorsqu’ils sont éclairés horizontalement, et à pins forte raison d’en bas, parce que les profils des chapiteaux, des bandeaux, des corniches, ont été motivés par la chute des eaux du ciel, en même temps que par la verticalité de la lumière, et que l’architecte a prévu leur ombre en dessous et non pas en dessus. Pour les monuments, comme pour la figure humaine, si la lumière arrive de face et de manière à dévorer les ombres, elle aplatit ce qu’elle devrait mettre en relief. Mais si elle vient de côté ou par
derrière, de façon que les objets soient plus ou moins interposés entre le luminaire ou le spectateur, cela peut fournir des effets piquants et inattendus, dont l’emploi n’est pas interdit par le goût, quand il ne