‹ La peintureChapitre 31 sur 51 · LE NAIN BARBU, PAR VELASQUEZ · texte numérisé non relu

LE NAIN BARBU, PAR VELASQUEZ

le lustre par leur scintillement éloignent leur petitesse.

Pour l’expression morale du tableau, deux foyers de lumière, dont l’un est subordonné à l’autre, font quelquefois un effet pathétique et [merveilleux. Et ce qui prouve que 1g clair et 1 ombre ont autant d affinité avec l’âme qu’avec la vue, c est quej.es peintres fran-

çais, guidés par l'esprit plutôt que par le tempérament, sont, de tous les peintres, Rembrandt excepté, ceux qui ont le mieux compris l’expression du clairobscur. Combien nous trouverions belle la Clytemïiestre, de Guérin, si elle était l’œuvre d’un artiste étranger! Que de prestige dans cette lumière de la lampe qui éclaire le sommeil d’Agamemnon, et qui, interceptée par un rideau pourpre, a déjà pris la teinte du sang ! Quel émouvant contraste entre ces deux figures d’Egisthe et de Clytemnestre, qui tremblent la fièvre de leur crime en cette demi-teinte sinistre, et la paix profonde dans laquelle est endormi le héros, et que semblent représenter aux yeux les paisibles clartés de la lune, éclairant une cour intérieure du palais d Argos ! . . . Chose remarquable, c’est dans une école qui passe pour avoir dédaigné les ressources du clair-obscur et de la couleur, qu’on a vu se produire aussi cet Endymion qui dort caressé par les rayons d’une déesse invisible, et que Prud’hon ne se lassait point d’admirer... sans parler de Çranet, qui a peint tous les drames de la lumière souterraine, et du grand artiste qui, dans son Virgile lisant HÉnèide , a rencontré un effet si tragique en imaginant cette figure de Marcellus qui se dresse comme un spectre évoqué par le poète, et qui projette sur les murailles une ombre colossale et indécise, l’ombre d’un fantôme !

Mais, il faut en convenir, c’est à Rembrandt qu’il était réservé de puiser des trésors dans le clair-obs-

et de l’ombre, ce grand peintre de la brumeuse Hollande, soit qu’il représente le Clmst lorsqu’il ressuscite Lazare en faisant éclater la lumière de la vie dans j la nuit du tombeau, soit qu’il apparaisse à la Madeleine comme un corps lumineux qui va se fondre et

eur. « Celui-là est le clair-obscuriste par excellence, » disait David à son élève Auguste Couder. En effet, que de choses il a su exprimer par le drame du jour

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