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LA RÊVERIE, PAR BONINGTON

et passe, par des vibrations d’égale durée, de la plénitude au murmure et du murmure au silence, de même chaque couleur, vue dans le spectre solaire, a son maximum d’intensité et son minimum : elle commence par son plus clair et, finit par son plus foncé.

Newton a voulu voir sept couleurs dans le prisme, sans doute pour y trouver une poétique analogie avec les sept notes de la musique ; il y a donc introduit arbitrairement, sous le nom à! indigo > une septième couleur, qui n’est cependant qu’une nuance de bleu. C’est là une licence que la grandeur de son génie ne saurait excuser. Ensuite , ces couleurs portées au nombre de sept, Newton les appelle primitives ; mais, à vrai dire, il n’y a que trois couleurs. On ne saurait en effet mettre sur le même rang le jaune , le rouge et le bleu , trois couleurs que l’on ne peut composer, et le violet , le vert et Y orangé ^ qui sont trois couleurs composites, puisque nous pouvons les obtenir en combinant deux à deux les trois premières, et produire Y orangé par le mélange du jaune et du rouge, le vert par le mélange du jaune et du bleu, le violet par le mélange du bleu et du rouge.

L’antiquité, qui n’avait pas attendu Newton pour observer la lumière colorée de l’iris, n’admettait pourtant que trois couleurs comme vraiment génératrices, et l’évidence de la vérité nous force de revenir aujourd’hui au principe des anciens, et de dire : il y a trois couleurs primaires, le jaune, le rouge et le bleu,

et trois couleurs composites ou binaires, l’orangé, le vert et le violet. Dans les intervalles qui les séparent, se placent les nuances intermédiaires, dont la variété est considérable, et qui sont comme les dièses de la couleur qui précède, et les bémols de la couleur qui suit.

Séparées, ces couleurs et ces nuances nous font distinguer et reconnaître tous les objets de la création ; elles nous donnent la sensation de la lumière blanche. La lumière blanche est donc le résumé de toutes les couleurs : elles y sont toutes contenues et latentes.

Cette composition de la lumière, blanche une fois connue, nous pouvons définir la couleur. C’est la propriété qu’ont tous les corps de réfléchir certains rayons de la lumière en éteignant tous les autres. La jonquille est jaune parce qu’elle réfléchit les rayons jaunes et qu elle absorbe les rayons rouges et bleus. Le pavot d’Orient est écarlate parce qu’il ne réfléchit que les rayons rouges et qu’il absorbe les bleus et les jaunes. Enfin, si le lis est blanc, c’est que, n’absorbant aucun rayon, il les réfléchit tous, et si tel corps est noir, c’est qu’absorbant tous les rayons, il n’en réfléchit aucun. Il est donc clair, d’après notre définition, que le blanc et le noir ne sont pas à proprement parler des couleurs, mais doivent être considérés comme les termes extrêmes de l’échelle chromatique.

Ici doit avoir place l’exposé des phénomènes merveilleux trouvés ou du moins prouvés par un peintre

■combine le jaune et le ronge pour en composer V orangé, cette couleur binaire sera exaltée par le voisinage du bleu. Enfin, si on combine le rouge et le bleu pour en composer le violet , cette couleur binaire sera exaltée par le voisinage immédiat du jaune. Réciproquement, le rouge mis a côté du vert en paraîtra plus rouge ’ l’orangé surexcitera le bleu, et le violet fera briller le jaune. C’est l’exaltation réciproque des couleurs complémentaires juxtaposées que M. Chevreul a nommée Ici loi du contraste simultané des couleurs.

Mais un phénomène étrange, c’est que ces mêmes couleurs, qui s’exaltent par leur juxtaposition, se détruisent par leur mélange. Si vous mettez du vert sur du rouge à quantités égales et à égale intensité, les deux couleurs seront annihilées l’une par 1 autre, et il n’en restera qu’un gris absolument incolore. Il en sera de même si vous mêlez, à l’état d’équilibre, du bleu avec de l’orangé, ou du violet avec du jaune. Cet Anéantissement des couleurs est ce qu’on appelle achromatisme (de à privatif et de -/pwu.a, couleur ).

L’achromatisme se produit également lorsque l’on mêle ensemble, à égales doses, les trois couleurs primaires : jaune, rouge et bleu. Si l’on fait passer un rayon de soleil à travers trois cellules de verre remplies de trois liquides jaune, rouge et bleu, le rayon <jui les aura traversées en sortira parfaitement achromatique, c’est-à-dire incolore. Du reste, pour peu

qu’on y regarde, on reconnaîtra que ce second phénomène ne diffère pas du premier, car si le bleu détruit l’orangé, c’est parce que l’orangé contient les deux autres couleurs primaires, le jaune et le rouge ; et si le jaune s’anéantit dans le violet, c’est que le violet contient les deux autres couleurs primaires, le rouge et le bleu. Remarquons déjà combien est juste cette expression de couleurs amies et de couleurs ennemies , que nous fournit le commun langage, puisque les complémentaires- se soutiennent jusqu’au triomphe, ou se combattent jusqu’à la mort.

Pour bien se rappeler ce phénomène, il est indispensable au lecteur de composer une rose chromatique ou d’avoir présente à l’esprit celle dont nous donnons ici une miao-e coloriée1.

Aux angles du triangle debout sont les trois couleurs primaires : jaune, rouge et bleu; aux angles du triangle renversé, les trois couleurs binaires : orangé, vert et violet; entre ces six couleurs, combinées deux à deux, se placent les nuances intermédiaires : soufre, turquoise, campanule, grenat, capucine, safran.

Une observation très curieuse à faire, c’est que, si

1. Cette rose des couleurs est une image mnémonique indispensable. Elle rend en quelque sorte visible la loi des complémentaires, et elle en exprime les vérités. Si l’on divise la circonférence en 3G0 degrés, on y voit clairement que chacune des couleurs binaires parfaites est à égale distance des deux couleurs primait es qui la composent. Ainsi l’orangé est à GO degrés du rouge. On y voit aussi où commence et où finit le domaine des six couleurs. Nous sommes, du reste, revenu sur ces belles questions, si importantes et si peu connues, dans la Grammaire des arts décoratifs .

l’on choisit clans cette rose trois points colorés, qui puissent former entre eux un triangle équilatéral, les couleurs situées à ces trois points auront toutes les propriétés des complémentaires. Prenons, par exemple, les teintes soufre, capucine et campanule : ces trois teintes, étant placées aux angles d’un triangle équilatéral, seront parfaitement achromatiques, c’est-à-dire que réunies et équilibrées, elles se détruiront absolument et produiront une valeur incolore, tandis que, si l’on rapproche le soufre du grenat, qui lui est exactement opposé, étant à égale distance du capucine et du campanule, le grenat et le soufre se surexciteront réciproquement, parce qu’ils sont complémentaires l’un de l’autre.

Mais les couleurs complémentaires ont d’autres vertus, non moins merveilleuses cpie celles de s’exalter mutuellement ou de s’entre-détruire. « Mettre une couleur sur une toile, dit M. Chevreul, ce n’est pas seulement teindre de cette couleur tout ce qu’a touché le pinceau, c’est encore colorer de la complémentaire l’espace environnant; ainsi un cercle rouge est entouré d’une légère auréole verte, qui va s’affaiblissant à mesure qu’elle s’éloigne; un cercle orangé est entouré d’une auréole bleue; un cercle jaune est entouré d’une auréole violette... et réciproquement. »

Déjà cette belle observation avait été faite par Gœthc et par Eugène Delacroix. Eckermann raconte ( Conversations de Gœthe ) que, se promenant dans un jar-

<lin avec le philosophe, par une belle journée d'avril (1829), comme ils re gardaient des crocus jaunes qui étaient en pleine Heur, ils remarquèrent que leurs regards, en reposant sur le sol, y apercevaient des taches violettes. A la même époque, Eugène Delacroix, occupé un jour à peindre une draperie jaune, se désespérait de ne pouvoir lui donner 1 éclat qu’il aurait voulu, et il se disait : « Comment donc s’y prenaient Rubens et Véronèse pour trouver de si beaux jaunes et les obtenir aussi brillants?... « Là-dessus il résolut d’aller au musée du Louvre, et il envoya chercher une voiture. C’était vers 1830; il y avait alors dans Paris beaucoup de cabriolets peints en jaune serin : ce fut un de ces cabriolets qu’on lui amena. Au moment d’y monter, Delacroix s’arrêta court, observant, à sa grande surprise, que le jaune de la voiture produisait du violet dans les ombres. Aussitôt il congédia le

cocher, et, rentré chez lui tout ému, il appliqua surle-champ la loi qu’il venait de découvrir, à savoir : que l’ombre se colore toujours légèrement de la complémentaire du clair, phénomène qui devient surtout sensible lorsque la lumière du soleil n’est pas trop vive et que nos yeux, comme dit Goethe, portent sur un fond propre à faire bien voir la couleur complémentaire.

Cette couleur est-elle produite par notre œil? Il ne nous appartient pas d’en décider; mais il est sûr qu’en .sortant d’une chambre toute tendue de bleu, par

exemple, ou voit pour quelques moments les objets se teindre en orangé. « Supposons, dit Monge ( Géométrie descriptive), que nous soyons dans un appartement exposé au soleil, et dont les fenêtres soient fer-

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