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LE JOUEUR DE FLUTE, DE LANCRET

mées par des rideaux rouges; si dans le rideau il se trouve une ouverture de trois ou quatre millimètres de diamètre, et qu’on présente h peu de distance un papier blanc pour recevoir le faisceau de rayons qui passe par cette ouverture, ces rayons formeront sur le

papier une tache verte ; que si les rideaux étaient verfs, la tache serait rouge. »

Monge ne donne pas la raison du phénomène. Cette raison est, je crois, que notre œil, étant fait pour la lumière blanche, a besoin de la compléter quand il n’en possède qu’une partie. A un homme qui ne perçoit que des rayons rouges, que faut-il pour complète]' la lumière blanche? Il lui faut le jaune et le bleu; or, le jaune et le bleu sont contenus l’un et l’autre dans le vert. C’est donc le vert qui rétablira l’équilibre de la lumière dans un œil fatigué par des rayons rouges.

C’est pour avoir connu ces lois, pour les avoir étudiées à fond, après les avoir par intuition devinées, qu’ Eugène Delacroix a été un des plus grands coloristes des temps modernes, et l’on peut même dire le plus grand, car il a surpassé tous les autres, non seulement par le langage esthétique de son coloris, mais par la variété prodigieuse de ses motifs et par l’orchestration de ses couleurs. Semblable à un chanteur qui posséderait tous les registres de la voix humaine, il a reculé les limites de la peinture en ajoutant des expressions nouvelles au langage de l’art.

Ce n’est pas tout encore : si l’on mêle ensemble deux couleurs complémentaires, à proportions inégales, elles se détruiront partiellement et l'on aura un ton rompu qui sera une variété du gris. Composez, par exemple, un mélange où il entre dix de jaune et huit de violet, il y aura destruction de couleurs, ou

achromatisme, pour les huit dixièmes; mais les deux autres dixièmes formeront un gris qui sera nuancé de jaune, parce qu’il y aura cil un. excédent de jaune dans le mélange. Ainsi se compose la variété sans fin des couleurs que l’on appelle rabattues, et qui sont des excédents d’achromatisme, comme si la nature employait pour ses colorations ternaires la destruction des couleurs, de même qu’elle se sert de la mort pour entretenir la vie.

La loi des complémentaires une fois connue, avec quelle sûreté va procéder le peintre, soit qu’il veuille pousser à l’éclat des couleurs, soit qu’il veuille tempérer son harmonie, soit qu’il cherche à la rendre mordante et fiere par les brusques rapprochements qui conviennent à l’expression d’une scène guerrière ou tragique! Je suppose qu’il faille rabattre dans son tableau un vermillon criard, l’artiste, instruit des lois de la couleur, au lieu de salir au hasard ce vermillon pour eu adoucir l’âpreté, l’abaissera par une addition de bleu, et suivra ainsi, sans tâtonnement, la marche de la nature.

Mais, sans meme toucher à une couleur, on peut la fortifier, la soutenir, l’apaiser, la neutraliser presque, en opérant sur ce qui l’avoisine. Si l’on juxtapose deux semblables à l’état pur, mais a divers degrés d’énergie, comme du rouge foncé et du rouge clair, on obtiendra tout ensemble un contraste par la différence d’intensité, et une harmonie par la similitude

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des teintes. Si l’on rapproche deux couleurs semblables, l’une pure, l’autre rompue, par exemple du bleu pur et du bleu gris, il en résultera un autre genre de contraste qui sera modéré encore parla ressemblance. Dans une étude sur Eugène Delacroix, nous avons dit comment il avait su appliquer ces précieuses données de la science contemporaine, tantôt avec délicatesse, tantôt avec audace; nous avons raconté comment il essayait ses teintes, comment il cherchait tantôt l’accord des semblables, tantôt 1 analogie des contraires, et comment il en mesurait les rapprochements et les espaces, car du moment que les couleurs ne doivent pas être employées à quantités égales ni à égales intensités, l’artiste demeure libre tout en obéissant à des lois infaillibles. C’est à lui d’éprouver ses doses, de distribuera ses teintes les places et les rôles, de calculer les étendues qu’il leur donnera et de faire, pour ainsi parler, une répétition secrète du drame que formera son coloris. C’est à lui d’employer les ressources du blanc et du noir, — de prévoir le mélange optique, — de connaître la vibration des couleurs, — enfin de prendre garde à l’effet que doit produire la lumière diversement colorée, suivant qu’elle est du matin ou du soir, du Nord ou du Midi.

Le blanc et le noir. — Il y a quatre siècles, Léonard de Vinci écrivait: «Le blanc n’est pas une couleur par lui-même ; il est le contenant de toutes les couleurs. » (Il bianco non c per se colore , ma il ricetto di

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