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DUMONT LE ROMAIN, PAR L V TOUR

chose à part et l’ont employée avec bonheur au portrait.

Appliqué sur un papier collé à une toile tendue, et assez grenu pour que les crayons y adhèrent, le pastel ne produit que des ombres mates et opaques ; il n’a pas le profond de la peinture à l’huile; mais il n’a pas non plus ces luisants qui la font miroiter et qui sont si gênants pour le regard. Le frais des couleurs, l’éclat ou le tendre des carnations, le duvet de l’épiderme, le velouté d’un fruit, le moelleux d’une étoffe, ne sauraient être mieux rendus que par ces crayons aux mille nuances que l’on peut juxtaposer vivement ou fondre avec le petit doigt, et dont l’empâtement happe la lumière. Leur aspect doux et blond, soutenus par quelques bruns décidés, exprime à ravir non seulement le teint brillant d’une jeune fille, la chair d’un enfant, la finesse d’une main, le poli ou le transparent de la peau, mais encore certaines délicatesses de coloris que le mélange de l’huile aurait pu gâter. Il y a tel portrait historié de La Tour, par exemple celui de Mmc de Pompadour qui est au Louvre, où le pastel, écrasé d’un façon incisive et brusque en apparence, dit avec une justesse admirable la teinte fanée d’un lampas, l’écru d’une dentelle, le ton pâli d’une guitare, la couleur indéfinissable d’une reliure passée ou d’un portefeuille d’estampes qui a servi.

Du, reste, tout autre genre que le portrait, le paysage ou la nature morte, se refuserait à l’emploi du pastel.

On serait malavisé à entreprendre, avec une boîte à crayons, de grandes machines, comme le lit, au temps de Louis XIY, Joseph Vivien, cpn osa peindre par son procédé ordinaire des tableaux allégoriques de vingt figures, où manquent infailliblement le ressort et la profondeur nécessaires à de vastes compositions.

En fait de pastel, le vrai modèle, c’cst La Tour. 11 est suave sans mollesse, il finit jusqu’au bout et il reste léger. Ses touches indicatives, osées, exagérées de. près, sont d’une vérité frappante à la distance voulue. Quand on a l’œil sur la toile, on dirait d’un assemblage fortuit de larges hachures et cl’épaisses traînées de lumière ; mais si l’on recule de trois ou quatre pas, on retrouve, à travers ces badinages du crayon, dont la familiarité est calculée, tous les accents et tous les accidents de la vie. Les yeux sont humides, les lèvres remuent, les narines respirent, les cheveux poudrés se soulèvent, et quelques touches de blanc posées sur le front, étendues sur les pommettes, frappées sur les os et les cartilages du nez, en font sentir sans dureté les plans en relief, tandis que les tournants se reflètent et conduisent l’œil dans l’espace qui sépare la tête de son front. Rarement La Tour se sert de son doigt, autrement que pour incruster dans le papier sa poussière de couleurs. Le fondu et l’accord de ses teintes, il les obtient par une juxtaposition savante, et, les faisant se marier d’elles-mêmcs, il les applique juste, hardiment, avec sûreté, et il ne les tourmente plus. De

là cette vivacité amusante, cette tenue, ce mélange de fermeté et de souplesse, qui faisaient dire an baron Gérard, montrant une tète ébauchée de ha Tour : « On nous pilerait tous dans un mortier, Gros, Girodct, Guérin, moi, tous les G, qu’on ne tirerait pas de nous le morceau que voici. »

Mais, hélas! la grâce du pastel est inhérente à son défaut, qui est d’être friable et de retomber en poussière. Au dix-huitième siècle, La Tour et Loriot voulurent fixer le pastel, et ce dernier inventa des moyens ingénieux pour y superposer un gluten et lui prêter la qualité d’une peinture à l’huile qui ne s’efface point au frottement de la main, et que l’eau ne peut endommager. Ce moyen consistait à faire jaillir sur le pastel, en forme de pluie, une composition de colle de poisson et d’esprit-de-vin. L’expérience en fut faite devant l’Académie de peinture, et avec succès. Tout récemment, M. Rouget a trouvé un procédé simple et qui paraît parfaitement sûr, pour fixer les pastels et toute espèce de dessins. Mais n’est-il pas à craindre qu’en donnant au pastel la solidité et la durée, on ne lui ait enlevé cette poussière exquise, cette fleur de jeunesse, pour ainsi dire, qui en fait la délicatesse passagère, mais aussi le charme et le prix?

Peinture en émail. — L’émail est une matière vitreuse colorée par des oxydes métalliques. Il se compose donc de deux substances : le corps vitreux et

incolore, qu’on appelle fondant , et les oxydes qui lui

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