FLEURS, DE VAN H U Y S U M
ou d’un légume ? Qui arrêtera le type de l’orange ou le type clu navet? Et, en supposant même que le peintre pût y parvenir, il n’arriverait qu’à une image glacée, sans intérêt, sans saveur. Pour qu’une orange pût représenter toutes les oranges, il faudrait en élaguer justement ce qui, en peinture, donnerait à ce fruit de la singularité et de l’attrait, je veux dire ces circonstances particulières, variées à l’infini, qui distinguent une orange d’une autre orange, le plus ou moins de rugosité ou de lisse dans l’écorce, les menus accidents qui 1 ont saupoudrée de noir, qui en ont altéré ou dépoli la surlace. Les végétations parasites qui rongent l’épiderme, les nuances de jaune pale ou de vermillon qui annoncent une maturité inégale, selon que telle partie a été exposée au soleil ou a mûri dans l’ombre.. .
Ces détails délicats font la joie de l’artiste et son triomphe, s’il s’appelle David de Heem ou Racliel Ruisch. 11 se plaît à particulariser, par les scrupules délimitation, ce qui, généralisé, deviendrait froid et tade. A-t-il sous les yeux une écrevisse, sa touche va se piquer à tous les piquants de la patte, s’effiler aux antennes, se heurter à chacune des articulations où l °n entrevoit la chair molle au défaut de la cuirasse. A-t-il a représenter un citron, il voudra que l’on sente à merveille le grenu du zeste qui s’est roulé en spiîale sous le tranchant du couteau, et que ce citron à demi pelé lasse venir l’eau à la bouche, lorsque la lame d’argent, dépassant l’épaisseur de la cloison
<( une maladie de l'homme ». Avec amour il observe dans chaque objet les tons curieux, les fines nuances, le mat et le luisant, l’uni et le rude, le dense et le Iriable. Il exprime au bout du pinceau la peau mince de la prune, ses taches, scs buées, et l’enveloppe plucheuse qui cache la noisette, et les déchirures du brou vert où est emprisonné le cerneau. Il n’oublie ni le papillon, ni le ver, ni le scarabée, ni la mouche. En un mot, il fait ses délices de l imitation qui doit pour un instant amuser nos yeux.
Ainsi, la valeur d’une telle peinture est tout entière dans le rendu. Pour peu maintenant que le spectacle s élève et s’agrandisse, le slyle y trouvera place.
Le paysage. — Ici encore l’imitation a le rôle le plus important, sans être néanmoins aussi scrupuleuse, aussi littérale, qu’elle l’était dans un tableau de nature morte. Que la réalité du paysage soit étudiée, serrée de près, dans chacun des éléments qui le composent ; qu’on y sente la présence de Pair, l’éloignement de l’horizon, la légèreté des nuages ambulants, la profondeur de l’eau ; que les terrains soient fermes, les pierres cubiques et dures, les écorces rugueuses, les joncs humides et les buissons épineux : que les feuillages frémissants soient traversés par la lumière, creusés par l’ombre, et reconnaissables dans leur variété, h leurs formes, à leurs bouquets, à leurs allures... cela est indispensable sans doute. La poésie
îles champs et des bois n’y voyage qu’en compagnie de la vérité.
Toutefois il appartient au peintre d’idéaliser le réel en lui donnant à exprimer quelque sentiment de l’âme humaine, et la preuve que la fidélité de l’imitatioîi n’y