LA C1IIKNNE ET SES PETITS, PAR OUDRY
dis, les éternelles douleurs qui suivent les sacrifices humains, de telles peintures, disons-nous, appartiennent à l’ordre le plus élevé dans la hiérarchie de l’art. Il en est ainsi des Batailles d’ Alexandre , auxquelles Charles Lebrun a su imprimer un caractère vraiment épique.
Pour ce qui est de la bataille moderne, avec ses vérités officielles et ses uniformes obligés , elle est con-
damnée à n’avoir guère qu’une valeur anecdotique, parce qu’elle serait inintelligible si le peintre avait la prétention de développer le plan du général en chef, et de nous montrer les ensembles , les grandes manœuvres. Horace Vernet dans scs peintures, Raffet dans ses lithographies, ont essayé pourtant de s’en tenir, au moins en partie, à l’identité des temps et des lieux, et à la physionomie positive des personnages. Ils on t cru sentir qu’il serait ridicule de transfigurer des militaires qu’on avait pu rencontrer dans les rues de Paris, entre deux batailles, et sans hésiter entre la ladeur d’une allusion et l’énergie du vrai, photographié cette fois par l’esprit, ils ont trouvé piquant de peindre l’héroïsme en capote et en képi, comme ils ont trouvé juste d’illustrer, en même temps que les chefs populaires, ce grand homme collectif qui est le régiment. Par malheur, un tel respect des bulletins et des rapports prête une importance excessive aux petites vérités, aux petites choses, aux boutonnières, aux courroies, aux aiguillettes, aux passe-poils , aux boutons de guêtre, sans que l’artiste ait la faculté d’oublier ces détails et de les taire , parce que l’intérêt actuel de son œuvre est à ce prix.
Michel-Ange disait un jour à François de Hollande : Quel peintre serait assez niais pour préférer le soulier d'un homme à son pied ? En ce peu de mots était formulé un des principes de la peinture. Michel-Ange affirmait ainsi la supériorité du nu sur le vêtement, et.
par suite, la supériorité de la draperie sur le costume. Sans être aussi austère que la sculpture, l’art du peintre grandit à mesure qu’il s’affranchit des convenances purement conditionnelles et locales. Le costume varie d’un lieu à un autre, il change selon les temps, il est