‹ La peintureChapitre 14 sur 44 · ARGUMENT DU CHANT I · texte numérisé non relu

ARGUMENT DU CHANT I

Sa Disposition.

Ne pas se hâter de produire avant des études sérieuses. Manière de disposer les parties du tableau. Des proportions du corps humain en général. De l’attidude. Du dessin et de son importance dans la peinture. Des beautés de l’antique. Le Torse de Michel-Ange.De l'anatomie. Exemple tiré du démoniaque de Raphël. Du costume. De l'étude des monuments de l’antiquité. Ruine de la peinture et de la sculpture après

celle de l'empire romain. Eloge de Michel-Ange.

GRANT ant,

C'est parmi les tombeaux et les précieux monuments de l'antiquité, que Michel-Ange courut s'ensevelir. Là il interrogea l'ombre sublime de Rome, et y trouva des modèles dont les grands traits revivent dans ses ouyrages.

DurREnor

Digne enfant d’Apollon, ô mortel fortuné

Qu’à nos nobles plaisirs le ciel a destiné,

Dont le cœur palpitant au seul nom de la gloire , Dévore impatient une lente victoire ;

Modère de ton vol l'essor ambitieux ,

Il n’est pas lemps encor de t’élever aux cieux :

Phaëton a conduit Le char de la lumière,

Et l’éternelle nuit a menacé la terre ;

Du captif de Minos le fils audacieux,

Malgré l'avis d’un père et les ordres des Dieux , Osa, se confiant en de fragiles ailes,

De l'Olympe tenter les plaines éternelles ,

Et tous deux, insensés! du séjour des éclairs, Tombent précipilés dans l’abime des mers:

© Loi que des neuf sœurs enivre le sourire,

Dans cette fiction reconnais ton délire ;

Va, de l'expérience amasse le trésor,

De {on esprit naissant ne dépense pas l'or,

Que l'étude et le temps, puissances du Permesse, De tes lauriers en fleurs acquittent la promesse. Mais lorsque riche enfin de mille attraits divers , Tu sauras de ton prisme embellir l'univers, Retiens celte leçon. On partage l’espace

Que de chaque côté chaque partie embrasse,

On en fait l'équilibre et l’objet figuré

Essaie enfin sa vie en un {rail épuré,

> 95 &- J'aime à voir aux reflets du jeu de la lumière , Au centre du tableau la figure première, Par elle le sujet bientôt développé, Faire jouir l'esprit d’un charme anticipé ; Les autres observant une heureuse distance , S'avancer, s'éloigner suivant leur importance , Et le reste, perdu dans les fonds vaporeux,

Laisser , en s’éloignant , des regrets à mes yeux.

Mais un monde nouveau qui te doit sa structure, Voit s'élever enfin le roi de la nature;

C’est peu que chaque membre et la tête et je corps, Dignement assortis s'enchaînent sans efforts , Coordonnès de même aux traits de la figure:

De leurs proportions observe la mesure,

Dans tout ce que tu peins conserve-la toujours; Offre-nous d’élégants et de simples contours,

Qu'en ses aspects divers, la diverse attitude ,

Entéresse sans art et charme sans étude :

Que le corps d’autres corps, habile à s'enlacer, Dans sa marche jamais n’aille s’embarrasser , Et que leur dessin pur, animé du génie,

M'offre d’un tout divin la divine harmonie.

Lumière de l'esprit et charme des regards ,

O dessin! source pure ou puisent tous les arts , C’est loi qui des Zeuxis, par ton seul artifice , Elève , orne, agrandit et soutiens l'édifice. Ainsi donc jeune encor dans la route lancé , Que ton œil soit par lui lentement exercé;

Il existe un accord du tout à la partie,

Les membres ont entre eux une forme assortie, Connais-la, saisis bien tous ces rapports heureux Et cet accord parfait qui les unit entre eux ;

O merveille ! autrefois le vainqueur d'Italie Embellissait nos murs des trésors du génie, Quand dans son vol superbe il créait à la fois

Des talents, des héros, des soldats et des rois!

<> 27 «&- Que ces fiers monuments de valeur et de gloire , Dans un autre combat secondent la victoire, Et qu'un œuvre éclatant, plein de leur souvenir , En captivant ton siècle , entraîne l'avenir!

A leur voix, de tes bancs secouant la poussière, Va, vole, empare-t{oi de la nature entière , Et lisant ta leçon en ses divins attraits,

A force de tourments arrache ses secrets.

Telle est de tous les arts la marche lente et sûre ; D'un pas respectueux ils suivent la nature ,

Puis on les voit bientôt dans leur sublime essor ; De sa beauté première atteindre le trésor.

A l'empire d’Isis il échut en partage;

La Grèce en augmenta le brillant héritage ,

Et depuis acheté par le sang des Césars,

De l'univers dans Rome enchanta les regards.

Qu'ils instruisentles tiens en leurs sacrés vestiges ,

Que de l'antiquité renaissent les prodiges!

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> 928 «- O Poussin, le Sueur, céleste Raphaël, De goût et de génie, assemblage imimortel, C’est en vous élevant à ces divins modèles, Que vous nous enchantez de formes toujours belles, De traits aériens, de contours gracieux,

Le désespoir de l’art, les délices des yeux.

De Michel-Ange enfin quand l’ardente jeunesse Eu fait place à la sombre et plaintive vieillesse, Quand par l'âge assiégé d’un essaim douloureux ,

L'astre éclatant du monde eût reçu ses adieux,

Pour tromper de l’ennui les atteintes funestes,

L Du ciseau de Lysippe il demande les restes, ‘4 Ces restes par le temps à demi dévorés,

Il les presse, il les baise en ses transports sacrés , Avec eux s’enfermant dans ses doctes demeures, En longs enchantements il épuise les heures,

Et son art du destin affrontant le retour,

Lui fait voir par ses mains l'objet de son amour.

> 29 &- Ainsi de la beauté ces antiques images, Dans leurs débris encore entrainaient les hommages ; Comme autrefois ces troncs, ces arbres révérés,

Que la foudre en tombant avait rendus sacrés.

Mais cet appui sublime est nul pour le génie, S'iln’a dans la mort même étudié la vie ; L'art, sans trop pénétrer dans ses doctes détours, Doit de l’anatomie emprunter le secours; Imite ces mortels dont l’heureuse industrie Dispense le trésor de la riante Hygie,

De nos restes glacés , par de savants efforts, Fais revivre les fils, dévoile les ressorts,

Et ces leviers secrets, dont le jeu sûr et libre Fait au gré de nos sens balancer l'équilibre, Brave l’effroi , la mort. un obstacle dompté,

Est un pas de franchi vers l’immortalité.

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