RE | À Î Î
= 12 &- Ses parents, ses amis, ses vieux compagnons d'armes , Pour pleurer ce héros n’ont point assez de larmes, Agrippine d’un voile empruntant le secours , Du torrent de ses pleurs semble arrêter le cours, Et même en dérobant ces pleurs qu’elle dévore, A nos yeux altendris les offre mieux encore.
Homme divin, dis-moi, quel abîme du cœur N'a point interrogé ton pinceau créateur ; L'art te résiste en vain, et ses nombreux obstacles,
Sous tes doigts généreux enfantent des miracles,
À ce banquet sacré, parmi ceux de son choix, Quand Jésus vint s'asseoir pour la dernière fois,
Et que de la douceur sous le touchant emblème,
À tous, en sacrifice, il se donne lui-même ;
De cet excès d'amour , étonnés, confondus,
Des plus doux sentiments tous les cœurs sont émus.
Un seul, préoccupé du crime qu'il médite ,
Dans son trouble secret se détourne et Févite ;
> 713 =- Et sur ce front, ce front que je n’aperçois pas,
Je lis toute l'horreur du pacte de Judas.
C'est ainsi que l’étude à la constance unie,
Fait rejaillir du cœur la source du génie ;
Le génie. Ah! forcé dans ses retranchements, Saisis heureux vainqueur ses sacrés talismans, La magique baguette, en prodiges féconde, L'âme à la fois, la joie et les plaisirs du monde ; Mais te jouant parmi tous ces trésors ouveris, Ne dégrade jamais le pouvoir que tu sers,
Que d’utiles pensers en de vives images , Instruisent à la fois, amusent tous les âges,
Et par l’enchantement de ce double pouvoir, Réduis le peuple même aux règles du devoir.
Tel autrefois Cléon , dans Athènes charmée , Avait vu s’agrandir sa vaste renommée,
Quand cette cité libre, épouvante des rois,
De son art plus puissant reconnaissait les lais
> Ti & Muse en nous rappelant ce trait de son histoire, Peins de l'Expression la puissance et la gloire. Sur une page immense il avait exprimé Un peuple généreux par la force opprimé, Les vieillards , les enfants , les femmes éplorées, Pressaient des citoyens les troupes égarées, Et couraient animés d’une noble fureur, Dans ses retranchements repousser le vainqueur. Effort sublime ! il veut dans son divin langage, Des siens par la vertu réveiller Le courage ! Mille traits en cet œuvre, enivraient à la fois, Les savants, les héros, les belles et les rois. Mais de sa nation en ses goûts si volage, Il n’a pu captiver le rebelle suffrage ; Ce prix de tant d'efforts , n’ayant pu l'obtenir , Par adresse du moins il prétend le ravir.
Un matin , s’échappant du foyer domestique , Il pose son tableau dans la place publique,
Et du Dieu de la guerre embouche le clairon.
L’alarme se répand. on tremble à l’environ,
+ 15 &- Quand ce chef-d'œuvre enfin, fixant tous les regards, Rassemble autour de lui les citoyens épars.
O prodige! à de l’art inévitable impire !
Chacun dans ce tableau se reconnaît, s’admire, Et tous, en un instant, brüûlent d'exécuter Ce qu’un pinceau si fier vient de représenter. L’heureux Cléon enfin jouit de sa victoire, On le couvre de fleurs, on l'accable de gloire, Et sous ses toits chéris, en triomphe porté,
Déjà goûte en leur sein son immortalité,
Veux-lu des nations, et jusqu'aux derniers âges,
Comme lui mériter les glorieux suffrages ?
Fais servir de ton art le pouvoir enchanté,
Au bien de ton pays et de l'humanité ;
Rien n’est beau que par lui, rien n’est grand que par elle. Pour tracer dignement cette page immortelle,
Ainsi que tous les temps embrasse tous les lieux ;
Terrible tour à tour, touchant et gracieux,
> 16 &- Au gré de tes sujets ou naïf ou sublime, Perce du cœur humain le ténébreux abîme, Surprends-lui ses secrets et montre-les sans fard :
Quand l'art a disparu, c’est le comble de l’art.
Mais que dis-je? avant tout, ah! puisse la nature
De ses plus beaux présents te combler sans mesure ! Que la raison, le goût avec leurs rênes d’or, Dirigent ta pensée, en modèrent l'essor ;
Que le sentiment vrai, source du vrai génie,
Y prodigue ce feu qui lui donne la vie,
Les grâces leurs attraits, les muses leurs faveurs : Tout l'Hélicon enfin, tous ses dons enchanteurs,
Et que la vérité, sous son aile féconde,
Couve ce germe heureux pour le bonheur du monde. Par elle encor plus cher aux siècles à venir, Ton nom va s'illustrer, {on art.va s’agrandir,
Et le front couronné de palmes immortelles,
Tu marches le rival de tes divins modèles.
Et le front couronné de palmes immortelles, Tu marches le rival de tes divins modèles.
Mais si tu veux esclave et jouet tour à tour, Sacrifier ton siècle aux idoles du jour,
Et sur l'air des partis, opprobre de nos âges, Composer sans pudeur de serviles images, Va, rampe loin d'un art des tyrans redouté,
Fait pour l'amour, la gloire et pour la liberté.
Toi qui veux parcourir cette route si belle, Connais-tu de ton art la puissance immortelle , Et sais-tu quel attrait, quel éclat, quel honneur , Les états empruntaient de son luxe enchanteur? Interroge Palmyre, Athènes, Epidaure,
Où jusqu’en leurs débris sa gloire vit encore.
Là je vois Agrippa dont les soins généreux
Elève à tous les arts un temple digne d'eux
> 18 «- Ici c’est Mummius dont le char de victoire S’avance environné des rayons de leur gloire: Suivi de ces trésors d’âge en âge admirés, Et l'amour et l’orgueil des peuples éclairés, Ce Mummius plus fier du prix de sa conquête ,
Que de tous les lauriers amassés sur sa tête.
Mais un tumulte affreux détourne mes regards ;
Où court ce peuple en pleurs fuyant de ces remparts ? Démétrius parait. armé par la vengeance,
Le trépas l'accompagne , et l’effroi le devance,
Le glaive, du bélier secondant les efforts,
Couvre Rhode éplorée et de sang et de morts.
Quel Dieu veille sur elle et détourne l’orâge ? Protogène, c’est toi, c’est ton divin ouvrage,
Et ton art se jouant de leurs traits meurtriers,
À changé tout à coup des cyprès en lauriers.
He
Ces enfants de la paix, du produit de leurs veilles Embellissaient encor le siècle des merveilles,
jet heureux triumvir, par César adopté, Sur le trône du monde est-il enfin monté?
Le prince décoré de ce beau nom d’Auguste, En dépit des flatieurs , n’était pas toujours juste Livie au don des arts, mêlant sa douce voix,
Des peuples opprimés lui rappelait les droits, Et ton art, de plaisirs source pure et féconde,
Faisait encor la joie et le bonheur du monde.
De Tibère parfois adoucissant l'humeur,
Rome se soulageait du poids de sa douleur.
Un monstre plus affreux que son sein fit éclore, Fléau de l'Univers, que l'Univers abhorre,
Qui l’eût dit ! à du sort effroyable retour ! Néron même connaît el la crainte et l'amour, inquiet et brûlant pour sa froide Amazone .
Ose-t-on y toucher? il pâlit, il frissonne
> 80 «- Par lui dans sa fureur les Dieux sont oulrageés ;
Nos droits anéantis: {on art les a vengés.
Et qui n’éprouverait sa céleste influence ?
Alexandre est vaincu par sa toute-puissance , Assassin de Clitus et de son sang souillé ,
Il a vu Palamède en sa tente immolé,
A ses traits expirants qu'exprima le génie,
Le remords dans son sein déjà s'élève et crie!
Ce n’est plus Palamède, à ses yeux éperdus, C’est le spectre sanglant d’un ami qui n’est plus! Le héros consterné pleure et frémit de rage... Mais quel calme enchanteur succède à cet orage, Chez le divin Apelle étouffant tour à tour
Le feu de la vengeance et celui de l'amour,
La peinture en son cœur par un trait plein de gloire, Préparait en secret sa plus belle victoire,
Et sut lui mériter, en l’approchant des Dieux,
Son titre le plus cher et le plus glorieux.
Peindrai-je dans mes vers les nations armées, Pour leurs nobles trésors noblement enflammées ? Et le Bacchus d’Attale, et le Sphinx achevé
Par Hortensius même ‘à Verrès enlevé; Le rival de Cimon, aux horreurs du carnage, Opposant leurs attraits et leur riante image ; Amant de Melpomène et cher à tous les arts, Pacuvius de Rome animant les remparts; ‘ésar sur les autels de Vénus Uranie
Offrant à la beauté les palmes du génie,
Et l’airain éloquent, appui de sa grandeur,
Du soldat abatlu ranimant la vigueur ;
Et Fabius enfin qui tout brillant de gloire, Combattait, écrivait et peignait sa victoire!
En ces siècles heureux dignes du siècle d’or,
Les grands par les beaux-arts s’ennoblissaient encor, Les rois, par tous les biens que leur commerce attire, En le rendant heureux illustraient leur empire. Chéris des nations, par le peuple adoptés,
Les grands peintres vivaient aux dépens des cités,