IX
dilections de l’école poétique d'Alexandrie : c’est ainsi qu'Aratus chantait les Phénomènes.
Quand la littérature grecque eut, par un glorieux dédommagement, conquis le monde romain qui venait de subjuguer la Grèce, la poésie didactique inspira la muse latine: et, si la morale ne peut toujours applaudir aux chants de Lucréce . le goût en doit admirer la force, l'éclat et la beauté. Dans le poëme de La Nature, où sont recueillies toutes les inspirations philosophiques et scientifiques de Xénophane, de Parménide, d’Empédocle, la poésie didactique s'élève à une hauteur que n'a point surpassée le génie de Virgile qui, dans ses Géorgiques , l’a honorée par ses éloges ‘ et plus encore par la lutte même qu’il semble entreprendre contre Lucrèce, pour les beautés du
style, contre Hésiode, pour la peinture et le détail
Felix qui potuit rerum cognoscere causas Alque metus omnes et inexorabile fatum
Subjecit pedibus, stre itumque Acherontis avari !
Georg. lv. 11,
des travaux rustiques. Ce fut là, pour la poésie didactique, une dernière et belle fortune, un dernier souvenir de sa destination antique; dés lors son rôle changea. Rôle brillant encore, mais plus délicat et! plus frêle en quelque sorte. Le poëme didactique avait donné les leçons de la morale ; il dicta les préceptes du goût.
Ce rôle nouveau de la poésie didactique, elle le commença et le soutint avec beaucoup d'éclat et de succès; les oracles du goût furent d’abord et pendant longtemps reçus avec respect et confiance , et à l’égal des anciens oracles *. Jamais l’antiquité n’en contesta l'autorité; le goût put se corrompre, les traditions s’altérer; mais on ne chercha pas, pour justifier cette décadence , à nier l'infaillibilité même de l’art; on ne brisa pas le code immortel qu'avait tracé la main hardie et
sage tout ensemble d'Horace, pour légitimer des
* Sortilcgis non discrepuit sententia Delphis.
HoRAT., Art. Poe.