V. Dictionnaire de peinture, À l’art, Ecoce
Mage 16, vers 2.
Son âme dans son sein s'épancher tout entière,
Le touchant évangile de la femme adultère a fourni au Poussin une composition des plus sublimes : c’est en le suivant à la lettre qu’il a tracé des caractères si vrais, si frappants et trouvé cette éloquence qui va droit au cœur. L'évangile dit : «Et se sentant repris par leur conscience, ils se retirèrent les uns après les autres, depuis les vieil-
lards qui sortirent les premiers jusqu'aux jeunes gens. » Il
6 6 ET a IS ee Pre ne ec
y a dans ce peu de mots une connaissance approfondie du cœur humain, etle Poussin l’a rendu d’une manière digne
de son modèle.
age 16, vers 5.
Que surtout en des traits où respirent les grâces.
Plaire est un des grands buts de l'art. Rien n'est plus propre à le remplir que d'y mettre de la grâce, mais qu'’est-
ce que la grâce et comment la définir ?
Ah! la grâce se sent et ne s'explique pas;
Rien n'est si vaporeux que ses teintes légères, L'œil se plaît à saisir ses formes passagères,
Elle brille à demi , se fait voir un moment;
C’est ce parfum dans l’air exhalé doucement, C’est cette fleur qu'on voit négligemment éclore , Et qui prête à s'ouvrir semble hésiter encore ; L'esprit qui sous son voile aime à la deviner, Joint au plaisir de voir celui d'imaginer.
L'imagination en secret la préfère
A la froide beauté constamment régulière:
Je ne sais quoi nous plait dans ses traits indécis Que la beauté n’a point dans ses contours précis ; Où peut-on rencontrer sa forme passagère ?
Est-ce chez la princesse? est-ce chez la bergère? Partout où la nature, en dépit de notre art,
La fait naître en passant et la jette au hasard.
L'IMAGINATION , Ch. 111.
La grâce est une branche du goût par laquelle l’art parvient à plaire à l'âme de la manière la plus douce et la plus agréable. Le talent de donner de la grâce ne s’acquiert ni par le savoir, ni par la plus grande pratique, ni par les meilleurs leçons; ce n’est pas non plus par le savoir et par l'étude qu'on est enchanté d’un ouvrage plein de grâce. La grâce est tout sentiment dans l'habile artiste qui l'exprime, elle inspire, disons mieux, elle commande le plaisir à tous ceux qui jetteront les yeux sur son ouvrage.
La grâce ne connaît ni les principes, ni les conventions; chaque nation peut avoir son genre de beauté, mais la grâce est pour tous les pays ; la beauté tout admirable qu'elle est, n’attire et ne charme que par la grâce qui l'accompagne quelquefois et qui seule la rend accomplie, la grâce, plus belle encore que la beauté, a dit
La Fontaine, qui dans l’art de peindre à l'esprit fut en possession de la si bien définir.
Voy. Dict. de peinture, art. GRACE.
Mage 16, vers 9.
Ainsi Parrhasius. . . .
Parrbasius, contemporain et rival de Zeuxis, naquit à Ephèse, et vivait environ l’an 450 avant Jésus-Christ. 11 était fils et disciple d'Evener ; il étudia sous Socrate ; les expressions qui caractérisent ordinairement les grandes passions et les leçons de ce maître le plus habile qu'il y ait eu jamais pour connaître le cœur humain, ne contribuèrent pas peu sans doute à le rendre capable de rendre dans toute leur force, les mouvements impétueux de l'âme.
Parrhasius et Zeuxis convinrent, dit-on, de faire chacun un tableau en concurrence. Zeuxis peignit des raisins ; Parrhasius un rideau. L'ouvrage du premier étant exposé, attira les oiseaux qui vinrent béqueter les raisins qu'il avait peints. Zeuxis, glorieux du suffrage de ces animaux, dit à Parrhasius de lui faire voir son ” tableau et de tirer ce rideau qui le couvrait, mais se trou-
vant Surpris par ce mème rideau qui était le tableau de Parrhasius, il confessa ingénument qu'il était vaincu, et que n’ayant trompé que des oiseaux, il avait été lui-même, tout peintre qu’il était, trompé par Parrhasius. Du reste ce trait est cité plutôt à cause de sa célébrité parmi les anciens, que comme une preuve de la perfection de la peinture ; et si Parrhasius ne s'était exercé que sur de pareils sujets qui s'arrêtent aux yeux sans aller jusqu’à l'âme, il est probable qu'il n'aurait pas atteint cette haute réputation qu'il s'était acquise et qui le présente aujourd’hui parmi les ancieus comme une des illustrations de la peinture.
On à posé longtemps en question lequel de ces deux grands artistes devait être le plus habile ; mais cette quession ne pouvait être douteuse, car il faut convenir qu'il est bien plus facile d'en imposer aux animaux qui ne soupçonnent pas limitation qu’à l’homme dans la persuation où il est que les peintures sont des ouvrages de l’art, qui contribuent beaucoup à diminuer l'illusion des yeux. Pline rapporte que les magistrats de Rome firent peindre un serpent autour du bois ou devait dormir Lépidus pour faire taire les oiseaux qui avaient troublé son sommeil, et le serpent les écarta. Il dit encore qu'aux jeux scéniques donnés par Claudius Pulcher , la peinture des décorations causa une grande surprise lorsque les corbeaux, trompés par l’image, volèrent à la ressemblance
des toits.
Page 8, vers 1.
Ce peintre, favori du vainqueur de Porus, Sur la conque des mers n’a-t-il pas peint Vénus?
Cette Vénus s'appelait Anadyomène : Auguste en fit solennellement la dédicace dans le temple qu’il consacra à Jule César,
Page 7, wers 1.
Et nos yeux dans les siens ont prévu l'incendie Qui devra dévorer et l'Europe et l'Asie.
Ce trait de Zeuxis, qui de plusieurs beautés sut créer un modèle de beauté parfait et inimitable, dont les effets
extraordinaires attestés par les historiens les plus dignes
+ 122 «de foi î sont parvenus jusqu’à nos jours, répond mieux que tous les arguments possibles à ceux qui prétendent que, dans les arts et surtout dans la peinture, limitation de la nature est tout, et qu’elle ne doit rien emprunter du secours de l'imagination et de la mémoire ; et remarquons que ceux qui tiennent ce langage sont ceux-là même qui regrettaient si vivement l'enlèvement de ces précieuses dépouilles de l'antiquité que la France était si fière de posséder, que ce sont les admirateurs mêmes du Poussin et de Raphaël qui, ne pouvant leur contester le talent immense que tout le monde savant s'accorde à reconnaitre et à admirer en eux, ne peuvent non plus disconvenir qu'ils n'en sont redevables qu’à l'antiquité dont à force d’études ils ont fait passer dans leur ouvrage le charme et labeauté. Prétendent-ils s'élever plus haut que ces grands maitres, ou craindraient-ils de s’égarer sur leurs traces? Tout en avouant que l’Apollon du Belvédère est le type de la perfection (et comment ne l’avoueraient-ils pas, puisque l’univers entier en quelque sorte le publie ? ) , ils disent qu’il n’est si parfait que parce qu'il estle fruit, non du beau idéal produit par l'imagination , mais de la nature même prise sur le fait. En supposant que la nature ait pu, dans l’homme primitif, enfanter des formes aussi parfaites, ce qui n’est pas croyable, si on leur prouve, le compas à la main, que cette statue admirable dépasse les proportions de la nature, quoiqu'il n’y ait rien
! Cicéron, de l'Invention , liv. 2, chap. r.
de plus positif que les chiffres, cela ne les tire pas de leur erreur. On a beau leur représenter, et ils le savent mieux que qui que ce soit, que la peinture soumise aux variations infinies de la lumière , à ces reflets si mobiles dépendant soit des objets environnants, soit des effets du soleil ou de la voûte céleste, n'ayant qu'un instant, cet instant doit nécessairement se prolonger par l'imagination et la mémoire, on n’en obtient rien encore ; enfin, en rapprochant la peinture des autres arts , on leur fait observer qu’un Achille , une Didon dont les beautés appartiennent tant à la nature ,-ne sont pas seulement puisées dans une seule nature , mais dans plusieurs autres natures , fruits de l'imagination du poëte, qu'il a su combiner et ordonner avec son génie; que les colonnes de ces palais et de ces temples, si admirablement ornées et dont les chênes des forêts et la feuille d’acanthe ont donné la première idée, doivent nécessairement autant à l’imagination qu’à la nature, mais ces exemples ne les persuadent pas davantage.
I y a visiblement, dans cette manière de voir, sinon de la mauvaise foi, du moins une contradiction manifeste, de l'ignorance, de l'injustice, et même de l’ingratitude.
Je dis contradiction, car il est clair, d’après ce que nous venons de dire, qu’ils ne sont pas d'accord avec eux-mêmes; ignorance, car en bornant la peinture à la main, c'est ne pas se douter du pouvoir qu'elle peut et qu'elle doit exercer sur l'esprit et le cœur, c’est igno-
rer que la partie idéale l'emporte autant sur la partie
à lo
mécanique que l'esprit l'emporte sur la matière : injuslice, car de quel droit, vous qui êtes appelés plus que tous les autres, par la nature de vos travaux, à sentir et à reconnaître la beauté de ces modèles ; leur refuseriez-vous le tribut de louanges et d'admiration que l'univers entier s'accorde à leur rendre? ingratitude enfin, car ces grands maitres ont formé celui qui fut le vôtre, il leur demandait des leçons, se pénétrait chez eux des secrets de son art, et c'est à ces secrets dévoilés , à ces leçons qui vous ont été transmises que vous êtes vous-mêmes quelque chose , et sans elles vous ne seriez rien.
Résumons : deux parties concourent également à la perfection de la peinture : limitation d’abord , etle beau idéal, fruit de l'imagination. Celui qui possède la première sera un habile ouvrier , mais pour atteindre à la seconde , il doit être savant et joindre un esprit philosophique à la connaissance profonde de la nature.
Si l’imitation était tout dans la peinture, il s’ensuivrait que Girardow serait un plus grand peintre que Raphaël ; mais celui-ci ayant soumis l’imitation à la grandeur de l’idéal, il l'a rendue plus noble, et par cette union il surpasse les deux plus grands peintres dans chaque partie de l’art , savoir : le Poussin dans l'idéal, Girardow dans limitation. Le Poussin ne s'étant pas élevé dans la partie de l’imitation aussi haut que dans la partie idéale , il s'ensuit encore que ce grand peintre , tout grand qu'il est, doit le
céder à Raphaël, qui réunit ces deux parties au degré le
plus éminent. D'après ces principes on peut juger du
mérite de tous les peintres , et, en les comparant sous le rapport de l'idéal et {de limitation, apprécier respectivement leur valeur ; mais celui qui possède également bien ces deux parties est sans contredit le plus complet, et c'est ce qu’on peut appeler un grand artiste.
On nait peintre et poëte.
C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur, Pense de l’art des vers atteindre la hauteur,
S'il ne sent point du ciel l'influence secrète ,
Si son astre en naissant ne l’a créé poëte.
BoiLEAU, Art poétique, chant 1.
Il en est cependant dont l'amour semble avoir favorisé cette divine influence; on pourrait en citer plusieurs exemples ?. Solario, connu sous le nom de Zingaro, s'était
1 An 1382.
rendu à Naples pour y exercer le métier de chaudronnier , lorsqu'un jour appelé à réparer quelques vieux ustensiles de cuisine , il fut frappé de la beauté d’une jeune personne , qu’on lui dit être la fille du peintre Colantonio del Fiore; il osa prétendre à sa main , et le père, qui s'amusa d'abord de sa simplicité, pressé par ses instances, crut s'en débarrasser en lui disant que sa fille ne serait la femme que d’un peintre. Le chaudronnier demanda et obtint dix ans pour le devenir. I quitta son enclume et ne rêva plus qu’à manier le pinceau. Son premier soin fut de se choisir un bon maitre, et il alla le chercher jusqu'à Bologne, où il avait entendu dire qu’un certain Lippo Dalnuiset était très-habile à former des élèves. Après sept années d’un travail opiniâtre, il quitta l'atelier de cet artiste et se mit à parcourir l'Italie, étudiant partout les ouvrages des grands peintres avec lesquels il ne manquait jamais de se comparer. Lorsqu'il eut acquis la conviction de son talent , il revint à Naples, et, sous un nom supposé, il s’offrit à la reine pour exécuter son portrait. Le succès de ce premier ouvrage lui donna le droit de se présenter à Fiore , pour réclamer l’accomplissement de ses promesses. Les vœux de Solario furent satisfaits, et cette passion qu'il avait conçue en un jour le rendit peintre en un jour.
Dans les vers suivants l’auteur parait avoir saisi le ca
ractère du peintre comme celui du poëte :
Le rimeurs sont nombreux et le poëte est rare ; Quels sont donc les présents que le ciel lui prépare, Alors qu’à ce grand titre il daigne l'appeler ,
Et quels trésors en lui doit-il accumuler !
Si l'on n'est pas sensible, on n’est jamais sublime ; Mais surtout le mortel que Calliope anime,
Doit porter sur son front, doit nourtir dans son cœur, De tous les sentiments la féconde chaleur,
Doit avoir d’autres sens que la foule vulgaire ;
Le monde est à ses yeux une immense carrière,
Un théâtre de gloire élevé pour son art,
Et que doit du génie embellir le regard.
En voyant la nature il ne peut se contraindre,
Il sent à son aspect qu'il est né pour la peindre.
Son talent le poursuit, tout sert à l’exciter,
Il a vu les objets, sa voix va les chanter.
Le Poëte, par LAHARPE.
ï ‘3 FA
Page 15, vers 21.
Tantôt plus intrépide. . . . . . . ..
On fait allusion ici au Jupiter de Phidias. Ces vers m'ont été inspirés par les beaux vers suivants de Dufresnoy, que je me fais un devoir de citer autant par amour du vrai et du beau que par un‘sentiment de justice et de reconnaissance.
Ambæ quippè sacros ad relligionis honores Sidereos superant ignes aulamque Tonantis Ingressæ, divèm aspectu alloquioque fruuntur, Oraque magna deûm et dicta observata reportant, Cœlestemque suorum operum mortalibus ignem.
« Toutes deux (la poésie et la peinture) jalouses de per- » pétuer les honneurs dus à la religion, s'élèvent jusqu'aux » cieux, pénètrent jusqu’au séjour du tonnerre , jouis- » sent de l'aspect et de l'entretien de la divinité , et trans- » mettent aux mortels avec ses oracles et ses prodiges le
» feu divin qui anime ses œuvres. »
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; Ders 5.
\'odére, de ton vol l'essor ambitieux.
On ne saurait trop insister sur cette vérité, dans un inoment où la manie de se faire un nom avant les études nécessaires pour y parvenir, semble gagner tous les esprits ct fait avorter les plus heureuses dispositions. Cette impatience de produire ses idées en peinture est le premier besoin , mais aussi le premier écueil du peintre. On par-
vient ainsi tout au plus à se faire, ce qu’on appelle en pein-
ture, de la main. Mais qu'est-ce que la main, si elle n'est pas conduite par le jugement ? la main c’est en poésie la rime... qui n’est qu'un esclave et ne doit qu'obéir. Ces belles nuances que vous cherchiez, ces détails heureux d'exécution qui devaient habiller vos pensées, se présenteront d'eux-mêmes quand votre sujet sera bien concu
et bien médité :
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Et encore une fois, les mots c’est l'exécution, c’est le matériel de la peinture.
C'est donc par la méditation du sujet qu'il faut procéder à l'exécution; et comme nous pouvons comparer entre cux tous les arts qui n’ont qu’un seul et même but, celui
* d’imiter la nature, on peut dire qu'il en est de même de
la poésie. Malheur au poëte qui, trop pressé de produire, ne sent pas la nécessité de réfléchir ! et pour en donner un exemple éclatant, Voltaire se repentit toute sa vie d’avoir entrepris un poëme épique, avant de savoir, comme il le disait lui-même, ce que c'était qu’un poëme épique. De là, la faiblesse du poëme de la Henriade, d’ailleurs si admirable par ses détails et la poésie de style dont il est embelli. I] l’a remanié depuis, comme l'observe La Harpe, ct assez pour y ajouter beaucoup
d'embellissements; mais il n’était plus possible alors
RP
Me 7 DNS om
de revenir sur Pinvention de la fable, ni de réparer la première faute qu'il avait faite, en commençant par les
vers ce qu'il fallait commencer par la méditation.
Mage 24, vers 45.
Mais lorsque riche enfin de mille attraits divers, Tu sauras de ton prisme embellir l'univers.
On indique seulement ici la disposition matérielle du sujet, mais l’autre disposition qui tient à son intelligence est surtout de la première importance, et c’est d'elle que résulte en grande partie l'intérêt de la composition. I] faut d’abord, dit Mengs, que le peintre se représente vivement le sujet qu’il veut traiter , et que pour cela il ait consulté plusieurs fois les meilleurs écrivains qui en parlent, afin qu'il lait profondément imprimé dans sa méemoire; il ne doit pas se contenter d’en tirer les principaux faits, il est essentiel qu'il en étudie l'histoire, afin qu'il connaisse bien les caractères des personnages qu'il doit mettre sur la toile, ce qu’il ne peut savoir sans examiner leur vie entière pour juger du but qu'ils peuvent avoir, en faisant l'action qu'il veut représenter. Car un méchant
homme fait quelquefois une bonne action.
Cependant il est convenable que le peintre fasse connaître le caractère du personnage, soit par l'attitude générale du corps, soit par les traits du visage, afin qu'on sache la raison qui le détermine à agir de la sorte.
Il est de mème essentiel de se transporter au temps et aux lieux de l'événement , ainsi que de se rappeler le costume du peuple et du siècle dont il est question, et dans le cas où l’on ne trouve aucun indiee de cela dans les livres ou les monuments, il faudra s’en procurer des notions en remontant à la source même où ces peuple: peuvent avoir puisé leur lois et leurs usages.
age 24, vers 19.
On en fait l'équilibre
L'équilibre ou la pondération, est l’art de distribuer les objets avec discernement, de manière qu’une partie du tableau ne reste pas libre tandis que l’autre est trop chargée ; mais il faut que cette distribution paraisse naturelle , et ne soit jamais affectée.
Dufresnoy, dans son poëme de arte graphic , recom mande cette partie, et c'est ainsi qu'il s'exprime :
« Seu multis constabit opus, pauciste figuris Altera pars tabulæ, vacuo ne frigida campo Aut deserta fiet, dùm pluribus altera formis Fervida mole suä supremam exsurgit ad auram Sed tibi sie positis respondeat utraque rebus, Ut si aliquid sursm se parte attollit in una, Sic aliquid parte eæ alià consurgat, et ambas
Æquipar et geminas æmulando æqualiter ora. »
« Soit que vous employiez beaucoup de figures ou que vous les réduisiez à un petit nombre, qu’une partie du tableau ne paraisse point vide, dépeuplée et froide, {tandis que l’autre enrichie d'une infinité d'objets offre un champ trop rempli; mais faites que votre ordonnance convienne tellement, que si quelque corps s’élève dans un endroit, quelque autre le balance, en sorte que votre composition présente un juste équilibre
dans toutes ses parties. »
Page 25, vers 1.
J'aime à voir, aux reflets du jeu de la lumière, Au centre du tableau la figure première.
On sent bien que ce principe ne doit pas être pris dans une acception rigoureuse. Il suffit que la place qu'occupe la principale figure, ou que l'attention que paraissent lui prêter les autres figures, signale le premier personnage du tableau.
Quelquefois la principale figure est mieux placée dans l'ombre que dans la lumière , commele Brutus de David. El n'y a point là-dessus, comme en bien des choses en peinture, de règles à donner , c’est le choix da sujet et le
sentiment des convenances qui décide.
Mage 25, vers 11.
C'est peu que chaque membre et la tête et le corps,
Dignement assortis, etc.
Les règles qu'il faut observer dans chaque figure en particulier, consistent principalement dans le contraste ou l'opposition des membres entre eux, l'expression , la convenance, la qualité et l’âge de chaque personnage.
Le contraste ou l'opposition des membres consiste en ce que, faisant avancer un bras , il faut faire porter en arrière la jambe du même côté, tandis que le bras du côté opposé se trouvera en arrière et la jambe en avant, parce qu'on ne peut reculer également les deux jambes en arrière sans que la figure tombe. Il faut que la tête penche vers l'épaule qui est la plus haute, etse tourne du
côté de la main qui est la plus avancée.
Mage 25, vers 1.
Offre-nous d'élégants et de simples contours.
On a dit avec raison que l'âge et le sexe, ainsi que le caractère et la condition de la figure, devaient déterminer la force et la douceur dans le trait qui forme le contour. On exige que les contours soient coulants, bien dirigés, dégagés de saillies anguleuses et de ruptures subites. La nature animée, a dit un sage critique , ne montre point de dureté, et les limites des corps ne doivent être circonscrites
par d’autres traits que ceux qui se trouvent dans la teinte
du fonds ou du champ auxquels ils sont opposés ; les con-
tours ne doivent paraitre, pour ainsi dire, que noyés dans
une vapeur légère.
> Ahi
Nage 26, vers 1
Que le corps, d'autres corps habile à s'enlacer,
Là-dessus Mengs pose encore quelques règles générales. Voyez ses œuvres , t. 2, p. 308.
Aucun membre ne doit former un angle droit, etil ne faut pas que deux membres soient parallèles entre eux. Une main ne doit jamais se trouver exactement vis-à-vis de l’autre, et c’est mal faire que de mettre deux extrémitès sur une ligne perpendiculaire ou horizontale; il est bon aussi d'avoir soin qu'un pied et les deux mains, ou les deux pieds et une main ne se trouvent pas sur une
ligne droite, cela ferait le plus mauvais effet.
Page 26, vers 9.
Ainsi donc jeune encor dans la route lancé.
Le dessin étant la base de la peinture, on ne saurait trop prendre de soins pour la rendre solide; c’est du dessin que dérivent plusieurs parties d’une extrême nécessité à quiconque veut devenir habile , tels que la correction, le bon goût, l'élégance , etc. Tous les grands maîtres ont beaucoup dessiné. Les maîtres de Raphaël lui apprirent à dessiner avec une correction singulière , ce qui lui donna pendant longtemps un goût sec et servile qu’il ne quitta que lorsqu'il vit les chefs-d'œuvre des anciens et les ouvrages de Michel-Ange qu'il imita parfaitement, parce qu'il possédait la plus grande justesse d'œil possible. Les Carraches sont cités pour la correction extrème de leurs dessins; Le Dominicain avait tant de fois dessiné le Lao- Coon, qu'il pouvait le copier de mémoire ; Michel-Ange disait que le compas doit être dans l'œil et non dans la main.
Le dessin, suivant quelquesautorités, doit être précédé
des études de la géométrie, et Mengs assure qu'un enfant
> 143 atteindra une plus grande justesse d'œil en dessinant avec soin des figures géométriques, qu’en copiant pendant un an des figures académiques , et lui-même a fourni l’exem
ple à son précepte.
Mage 26, vers |
O Merveille ! autrefois le vainqueur d’ftalie.
On se rappellera longtemps l'admiration religieuse et pleine de charme que l'on éprouvait à l’aspect des chefsd'œuvre du Musée Napoléon. Toutes ces poses si simples, si naturelles , tous ces contours si vrais, toutes ces physionomies si pures! Mais de toutes les statues antiques échappees aux injures du temps, dit Winkelman, celle de l'Apollon est sans contredit la plus sublime. L'artiste à composé cet ouvrage sur l'idéal, et n’a employé de matière que ce qu’il lui en fallait pour exécuter et représenter son idée. Autant, ajoute-il, la description qu'Homère a donnée d’Apollon surpasse les descriptions qu’en ont fait après lui les poëtes, autant cette figure l'emporte sur tou-
tes les figures du mème Dieu. Sa taille est au-dessus de
" 1! [ > Îh4
celle de l'homme, et son attitude respire la majesté ; un èternel printemps tel que celui qui règne dans les champs fortunés de l'Elysée, revêt d'une aimable jeunesse son beau corps, et brille avec douceur sur la fière structure de ses membres. Pour sentir tout le mérite de ce chef-d'œuvre de l'art, tâchez de pénétrer dans l'empire de toutes ces beautés incorporelles , et devenez, s’il se peut, créateur d'une créature céleste : car il n’y a rien qui soit mortel, rien qui soit sujet aux besoins de l'humanité. Ce corps n'est ni échauffé par les veines, ni agité par des nerfs. Un esprit circule comme une douce vapeur dans tous les contours de cette figure céleste. Ce Dieu a poursuivi Python, contre lequel il a tendu , pour la première fois, son arc redouta ble; dans sa course rapide il l'a atteint et il lui a porté le coup mortel; de la hauteur de sa joie, son auguste regard pénètre comme à l'infini, et s'étend bien au delà de sa victoire : le dédain siège sur ses lèvres, l'indignation qu'il respire gonfle ses narines et monte jusqu'à ses sourcils, mais une paix inaltérable est empreinte sur son front et son œil est plein de douceur, comme s’il était au milieu des Muses empressées à le caresser.
Parmi toutes les figures qui nous restent de Jupiter, vous ne verrez dans aucune le père des Dieux approcher de la grandeur avec laquelle il se manifesta jadis à l'intelligence d'Homère , comme dans lés traits que vous offre ici son fils ; les beautés individuelles des autres Dieux sont réunies
dans cette figure, comme dans celle de Pandore: ce front
est le front de Fupiter renfermant la déesse de la sagesse
ses sourcils par le mouvement annoncent sa volonté; ce sont les grands yeux de la reine des déesses, et sa bouche est la bouche même qui inspirait la volupté au beau Bac
cau
. Semblable aux tendres rejetons du pampre, sa belle chevelure flotte autour de sa tête, comme si elle
était légèrement agitée par l’haleine des zéphirs. Elle sem-
ment au haut de sa tête par la main des Grâces. A l'aspect
de ce chef-d'œuvre, j'oublie tout l’univers, je prends moi même une attitude noble pour le contempler avec dignité ;
de l'admiration, je passe à l’extase ; je se
se dilate et s'élève comme l’éprouvent ceux
plis de l'esprit des prophètes ; je suis transporté à Délos et
dans les bois sacrés de la Lycie, lieux qu’'Apollon honorait de sa présence ; car la figure que j'ai sous ies yeux parait recevoir le mouvement comme le reçut jadis la beauté
qu’enfanta le ciseau de Pygmalion. Mais comment pouvoir
te décrire, 6 inimitable chef-d'œuvre ! il faudrait pour cela
que l’art même dai
àt m'inspirer et conduire ma plume
les traits que je viens de crayonner, je les dépose à tes
pieds. Ainsi ceux qui ne peuvent atteindre jusqu’à la tète
de la divinité qu’ils adorent mettent à ses pieds les guirlan- Le
des dont ils auraient voulu la couronner.
WinKELMAN, Aistoire de l'Art, t. 1, liv. 6, ch. 6.
L'étude de la nature, le climat, 1
I Ed
dont le flambeau éclairait les arts, telles furent les causes de l'inaccessible supériorité de cette contrée favorisée du ciel. Les Grecs composèrent leurs ouvrages d’abord avec le génie de l'observation et ensuite avec le temps. Protogène employa sept années à la composition de l'Ea lycus; c'était un tableau d'une seule figure. On sait que trois sculpteurs se réunirent pour nous donner le Laocoon :
c'est le monument de leur vie.
Que ces fiers monuments de valeur et de gloire,
Dans un autre combat secondant la victoire.
L’émuiation des modernes serait dangereuse, a dit Fe-
nélon, si elle se tournait à mépriser les anciens et à nég
ger de les étudier. Le vrai moyen de les vaincre est de
profiter de tout ce qu’ils ont d’exquis et de tâcher de sui-
vre encore plus qu'eux, s’il est possible, leurs idées sur
limitation de la belle nature; je cricrais volontiers à tous
les auteurs de notre temps que j'estime le plus : ]
Vos exemplaria Græca
Nocturna versate manu, versate diurnà.
£rte poel
Va, vole, empare-toi de la nature entière
Cest un grand moyen pour profiter beaucoup que de
copier avec soin les excellents tableaux et les beaux des-
sins ; mais la nature présente aux yeux vous en apprendra
bien davantage: elle seule augmente Ja force du génie, et
c’est d'elle que l’art tire sa perfection par le moyen de
l'expérience.
DurRESsNOY, de
EE
| Felle est
27 , vérs Ÿ
On a dû d’abord se borner à imiter, ensuite à perfe tionner la nature; j'entends par perfectionner, non pas
elle-même un tout
ne de la plus grande beauté et de la plus grande perfec-
Les Grecs, dans cette étude, seront à jamais nos
ire a des défauts
des mœurs | inspirées par ce climat, et qui permettaient aux hommes de ; se dépouiller non-seulement pour les exercices de la gym- | nastie, mais pour la plupart des exercices de la vie, ils étaient aussi habitués à voir le nu que nous le sommes
ite la beauté
à voir des vêtements, et ils saisissaient auss
des formes que nous saisissons la beauté et la bonne coupe
l d'un habit. Ces comparaisons, je ne dirai pas fréquentes, |
mais habituelles, de différentes formes et de leur jeu
tions, donnèrent aux artistes grecs
| l ras | dans leurs différentes
à | k b à ir D Ni :
LT Î (Bt D
> 106 «un sentiment exquis du beau qui ne se formerait jamais par l'inspection du petit nombre de modèles que Pon pour
out le cours de la vie.
it se procurer à grands frais dan
Ces réflexions , fournies en partie par. Reynolds, ont été ! } \ ;
mises en beaux vers par M. Delille :
O combien chez les Grecs, où l'art a pris ais , I
Des modèles plus purs assuraient la pui
Là, dans les jours brillants de leurs solenn De superbes rivaux, l'élite des beautés
Dans la première fleur de leur fraîche jeunesse,
Disputaient de vigueur, de grâce et de souplesse
Foujours le ris moqueur ou l'applaudissement Jugeait chaque attitude ou chaque mouvement Qui tombait avec art ne tombait point sans gloire Et souvent le vaincu remportait la victoire ;
Ainsi de la beauté le modèle certain,
Instruisait le regart
Poëme de l'Imagination
age 27, wers 13
À l'empire d'Esis il échut en parta:
La Grèce en augmenta le brillant hérita
| Voltaire, dans sa manière vive , ingénieuse et piquante
décrit ainsi l’histoire des arts :
adis en Grèce on en posa
| Le fondement ferme et durable,
(à À Puis jusqu'au ciel on exhaussa
0 Le faîte de ce temple aimable :
À L'univers entier l'encensa ;
| ' Le Romain, longtemps intraitable Dans ce séjour s’apprivoisa :
musulman, plus implacable,
Cor le temple et Ie rasa ;
En Ftalie on rama
l Tous les débr e l'infidèle
| Avec fureur en dispersa.
4 Bientôt François premier oss E re ,
| | En bâtir un sur ce modèle:
Sa postérité méprisa
Cette architecture si belle; Richelieu vint qui répara
Le temple abandonné par eile.
Louis-le-Grand le décora :
Colbert, son ministre fidèle,
Dans ce sanctuaire attira
Des beaux-arts la troupe immortelle, L'Europe jalouse admira
Ce temple en sa beauté nouvelle :
Mais je ne sais s'il durera.
Je pourrais décrire ce temple Et détailler les ornements
Que le voyageur y contemple :
Mais n’abusons point de l'exemple De tant de faiseurs de romans; Surtout fuyons le verbiage
De monsieur de Felibien
Qui noie éloquemment un rien Dans un fatras de beau langage.
Cet édifice précieux
N'est point chargé des antiquailles Que nos très-gothiques aïeux Entassaient autour des murailles
Be leurs temples grossiers comme eux n'a point les défauts pompeux
De la chapelle de Versailles,
Ce colifichet fastueux Qui du peuple éblouit les yeux
Et dont le connaisseur se raille
Simple en était la noble architecture
Chaque ornement en sa place a
Y semblait mis par la née
L'art s’y cachait sous l'air de la nature;
L'œil satisfait embr sa structure,
Jamais surpris et toujours enchanté.
Et depuis acheté par le sang des Césars,
De l'univers dans Rome enchanta les re
Les plus beaux chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture devinrent, comme l’on sait, la conquête de Rome après la soumission de la Grèce. On comprend sous cette dénomination tout ce qui a été fait depuis Alexandre-le-
Grand jusqu’à l’empereur Phocas, sous l'empire duquei
ces arts commencèrent à être ruinés par les guerres
O Poussin, le Sueur, céleste Raphaëi!
Le Sueur peut être considéré comme notre Raphaël; il approchait surtout de lui dans l’art de jeter les draperies et d'en disposer les plis dans l’ordre le plus savant et le plus noble. Comme Raphael, il représenta, avec non moins de finesse que de précision, les affections de làme; comme Raphaël il donna à ses têtes une admirable variété suivant l’état, l’âge, le caractère des personnages ; comme lui enfin, il fit contribuer toutes les parties de la figure et toutes celles de la composition à l'expression générale.
Chez lui rien ne sent le théâtre, rien ne sent la disposition étudiée, rien n'offre l'appareil d’une richesse inutile; c'est le sujet tel qu’il a dü se passer, ce sont les personnages nécessaires et rien de plus; ses tons sont fins, ses teintes harmonieuses , et si la couleur n’est pas appelante
comme celle des écoles de Venise, €
hante et
le qu’il convient pour laisser l'âme paisible ct la fixer
Voyez Dict. de Peinture, au mot ECOLE
Mais cet appui sublime est nul pour le ge
Comme il est inutile de vouloir profiter de la vu beiles choses sans les bien concevoir , il est impossible de pénétrer la beauté de Pantique, ainsi que le vrai de la nature, sans le secours de l'anatomie. En effet, on peutbien, en voyant et dessinant l'antique, acquérir une certaine grandeur de dessin et se faire en gros une pratique qui
tende au bon goût et à la délicatesse ; mais ces avantages,
s'ils sont sans connaissance et sans principe, ne servent
qu’à éblouir le spectateur par un dehors spécieux et des réminiscences mal placées ; et tel qui s'extasie à la vue des
re fort éloigné de
beaux ouvrages
savoir la véritable source des beautés qu'il admire, à moins
qu'il ne sache eette partie fondamentale du ( ñ, je veux
dire l'anatomie.
L’aiatomic est une connaissance des parties du corps
bumain ; mais celle dont les peintres ont besoin, ne re-
garde à la rigueur que les os et les principaux muscles qui les couvrent, et la démonstration de ces deux chosés se peut faire avec facilité. La nature nous a donné des os pour la solidité de notre corps et pour la fermeté de chaque membre; elle y a attaché des muscles comme des agents extérieurs qui tirent les os du côté que la volonté le
commande; les os déterminent la mesure des longueurs:
et les muscles celles des largeurs, ou du moins c’est de l'office des muscles que dépendent la forme et la justesse des contours.
Il est d’une nécessité indispensable de bien connaitre la forme et la jonction des os , d'autant qu'ils attirent souvent les muscies dans les mouvements, comme il est bien nécessaire de savoir la filiation et office des muscles, puisqu’en cela consiste la vérité la plus sensible du dessin.
Les os sont immobiles d'eux-mêmes: ils ne sont ébranlès que par les muscles; les muscles ont leur origine et leur insertion ; ils tiennent, par leur origine à un os qu'iis w’ont jamais l'intention de mouvoir, et ils tiennent par leur insertion à un autre os qu'ils tirent quand ïüls veulent du côté de leur origine ; il n’y a point de muscle qui n'ait son opposé; quand l’un agit, il faut que l'autre obéisse, semblables en cela aux seaux d'un puits, dont l'un descend
quand l'autre remonte. Celui qui agit s’enfle et se resserre
de côté de son origine, et cc i qui obéit s'étend et se re
che jacne.
7 5 . oo
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i sont les plus difficiles à ébranler , sont les plus gros muscles, et ils sont souvent aidés dans leurs fonctions par d'autres qui, déterminés à faire Je même office, augmentent la force du mouvement et rendent la partie plus sensible.
| f | Page 29, vers 7.
L'art, sans {rop pénétrer dans ses doctes détours,
Doit de l'anatomie emprunter le secours.
Il faut bien faire attention que l'anatomie n’est qu’un moyen de l’art et n'en est. pas le but; plusieurs peintres, pour s'établir une réputation de savants dans cette partie, se sont appliqués à prononcer fortement les muscles, mais en cela, dit Vinkelman, ils se sont égarés en ce qu'ils paraissent ignorer que la peau qui environne les muscles es fait paraître tendus. Les corps des femmes et des petits
enfants rendent surtout cette vérité sensible. L'anatomie,
Eh: : en fixant trop, fait exagérer les muscles et les emboite- 11 ments des os, et de cette manière on peindrait insensi-
1 blement, non l’homme vivant, mais l’homme écorché.
Mage 38, mers |
Mais c'est peu d'observer ces lois dans leur rigueur
Le costume est l’art de traiter un sujet dans toute la
vérité
observation exacte de ce qui
suivant les temps, fait con e le génie, les lois, le goût, les richesses, le caractère et les habitudes du pays où l’on place la scène du tableau. Le costume renferme encore tout ce qui constitue la chronologie et la vérité de certains faits connus de tout le monde ; enfin tout ce ç constitue la qualité, la nature et la propriété essentielle des objets qu'on représente. Suivant cette règle, dit l'abbé Dubos, il ne suffit pas que dans la représentation du sujet il n’y ait rien de contraire au costume, il faut encore qu'il y ait quelques signes particuliers pour faire reconnaitre le lieu où l'action se passe et quels sont les personnages du tableau. On voit dans Pline combien les anciens étaient scrupuleux observateurs de ce pré-
cepte : il cite Néaclès, qui, ayant à peindre un combat na
val entre les Perses et les Egyptiens, et voulant faire voir
ÈS KO 158 ce
| que cette bataille s'était donnée surle Nil, dont les eaux sont de la couleur de la mer, fit un âne qui buvait au bord du
fleuve, et un crocodile qui tâchait de le sur
in les embellit de palmiers toujours verts.
Jamais le Poussin n’oubliait
qui pouvait répandre du
1 jour sur ses sujets. Dans son tableau de Moïse sauvé, il a D soin de placer une pyramide sur les murailles de Memphis. 4 S'il peint des sites d'Asie , l'éléphant est là qui fait con dl naître cette partie du monde. Le ciel, les personnages, les arbres et jusqu'aux plantes, {out indique au spectateur k ‘oi licu de la scène.
Tel encor quand il montre au combat animées ,
Sur le Granique, ete
C'est a
que l'on cite ici Lebrun comme un modèle à suivre dans la fidélité du costume.
Dans ses admirables tableaux de l'histoire d'Alexandre !, les Perses et les Indiens s'y distinguent des Grecs à leur physionomie autant qu’à leurs armes. Leurs chevaux n’ont pas le même corsage que ceux des Macédoniens. Confor-
mément à la vérité, les chevaux des Perses
sont représentés plus minces. Le Brun fit dessiner à Alep des che-
vaux de Perse afin d'observer le costume sur ce point-là dans ses tableaux. Il est vrai, qu’il se trompa sur la tête d'Alexandre dans le premier qu'il fit. C’est celui qui représente la reine des Perses aux pieds du vainqueur; on avait donné à Le Brun, pour la tête d'Alexandre, une tête de Minerve qui était sûr une médaille, au revers de laquelle
on lisait le nom d'Alexandre. Ce prince, contre la vérité
{ L'abbé Dubos, voyez Réflexions critiques sur la poésie et la peinture, t. 1.
fl
qui nous est connue, parait donc beau comme une femme
dans ce tableau. Mais le Brun le corrigea dès qu'il eut été averti de sa méprise, et il nous a donné la véritable tête d'Alexandre dans le tableau du passage du Granique et dans celui de son entrée à Babylone; il en prit l’idée d’après un buste de ce prince qui se voit dans un des bosquets de Versailles sur une colonne, et qu'un sculpteur moderne a déguisé en Gaulois en lui mettant un coq sur son casque Ce buste, ainsi que la colonne qui est d’albâtre oriental,
a été apporté d'Alexandrie.
Page 35, vers 5
Et leurs noms réveillant un noble souvenir.
Polybe observe que les images et les bustes qu’on exposait aux jours solennels dans les salles des magistrats ro
mains, et qu’on portait avec pompe dans leurs funérailles,
allumaient une ardeur incroyable dans l'esprit des jeunes
s, comme Si ces nds hommes, sortis de leurs tom-
beaux , les eussent animés de vive voix à marcher sur leurs traces.
Voyez RoLLIN, Histoire ancienne.
<> 161 &- Aussi ce ne fut que pour exciter aux vertus les plus utiles à la socièté, qu’on imagina jadis d’ériger des statues aux grands hommes qui s’étaient distingués par des actions
éclatantes ou des talents supérieurs.
C’est dans cette vue que les peuples d'Espagne, remplis d'admiration et de reconnaissance pour les vertus de Scipion, firent graver son admirable continence sur un bou clier d'argent dont ils lui firent présent, présent infiniment plus estimable et plus glorieux que tous les trésors et tous les triomphes.
L'empereur Auguste, au rapport de Suétone, déclara par un édit, qu'il avait fait élever tant de statues aux grands hommes de toutes les nations, pour qu’elles lui servissent d'exemple à lui-même ainsi qu'aux princes ses successeurs, et afin que les citoyens eussent Ja noble émulation d’en mériter de semblables.
Chez les anciens il y avait certaines statues qu'on appelait Morales , parce qu’elles les portaient insensiblement à la vertu.
On sait qu'Alexandre se faisait loujours accompagner d’une petite statue en bronze de Lysippe, représentant un Hercule, qui était un chef-d'œuvre de l'art, et qu'il y jettait sans cesse les yeux afin de s’exciter de plus en plus à l'amour de la gloire et de la vertu.
Mage 35, vers 12.
Ebranlant et la terre et l'enfer et lés cieux
Annuit et totum nulu tremefecit Olympum.