CHANT M
Mage 42 , vers 1.
C'est au blanc, c’est au noir, etc
La peinture débuta par la silhouette. Suivant l’ancienne traditiôn, la fille de Dibutade, potier de Sicyone, vivement éprise d’un amant dont elle devait être séparée, cherchait les moyens d’adoucir son absence. Occupée de ce soin, elle remarqua sur la muraille l'ombre de son amant dessinée par la lumière d’une lampe. L'amour qui rend ingénieux , inspira à cette jeune fille l'idée de se ménager cette image
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firent entrer dans les couleurs des terres et des préparations chimiques pareilles à celles que nous employons; la seule différence c’est que les nôtres sont broyées à l'huile, et que les leurs ne l’étaient qu'avec des blancs d'œufs, de la gomme et d’autres drogues propres à les lier et à leur donner de la consistance. Au reste il est prouvé que la préparation des anciens se soutenait très-haute et tout aussi éclatante que notre peinture à l'huile.
Page 42, vers 16.
Lui soumit en tribut le trésor de ses terres.
Delille explique ainsi la naissance des couleurs :
Des extraits empruntés aux plantes, aux métaux, Fournissent la matière, et leur riche teinture Les abreuva des sues si chers à la peinture ;
Le fer donne le rouge, et le cuivre un vert pur, Le plomb produit le jaune et le cablot l'azur ; Du plomb mêlé de fer sort cette double teinte Du rouge jaunissant qu'étale l'hyacinthe ;
L'or seul donne le pourpre, et l'art qui peint les fleurs
mr
t du roi des métaux la reine des couleurs,
Regardez ce portrait, admirez quelle adresse
Donne aux yeux tant d'éclat, aux traits tant de noblesse ; C'est encore un métal, et l’art du coloris,
Du fer chéri de Mars fit le teint de Cypris.
Les Trois Régnes.
Juge 43, vers 1.
Veux-tu d'un ton brillant conserver la fraicheur ? Que ta main préparant le limon créateur, N'en altère jamais les substances premières.
Le Titien et Rubens apportaient le plus grand soin dans la préparation de leurs couleurs. Les peintres flamands et vénitiens, les premiers coloristes du monde, ne confiaient qu'à des ouvriers bien expérimentés le détail de ces soins matériels et qu’ils surveillaient eux-mêmes, tantils-en sentaient l'importance. Ilen est, tels que Girardow et Mycris, qui les poussaient jusqu’à la minutie, car on prétend que,
pour cette opération, ils s'établissaient dans des îlots pour
éviter à leurs couleurs le moindre contact de la pous de toute substance étrangère.
Page 44, vers 1
Et qu'une couleur tendre avec ses doux reflets.
L'harmonie de la nature dans les couleurs, vient de ce que les objets participent les uns des autres par des reflets, car il n’y a point de lumière qui ne frappe quelques corps, et il n’y a point de corps éclairé qui ne renvoie sa lumière et sa couleur en même temps, selonle degré de vivacité de la lumière et la variété de la couleur. Cette participation des reflets dans la lumière et la couleur compose, dans la nature, cette union si belle, cette harmonie si parfaite
dont le peintre doit faire l'objet constant de ses études.
Page 14, vers 5.
. A l'ombre il faut des jours, La lumière de l'ombre emprunte le secours.
L'ombre n’est pas un néant comme les ténèbres, c’est une lumière diminuée; c’est un affaiblissement plus ou moins grand de la lumière réfléchie de dessus les corps, dans un lieu où le soleil ne peut porter la sienne directement; des lois invariables et aussi anciennes que le monde font rejaillir cette lumière d’un corps sur un autre, et de celui-ci successivement sur un troisième, puis en diminuant sur d’autres comme autour de cascades, mais toujours avec de nouvelles dégradations d’une chute à l’autre. Sans le secours de ces sages lois, tout ce qui n’est pas immédiatement et sans obstacles sous le soleil, serait dans une nuit totale, tandis que le soleil réjouit les yeux de ceux qui sont dans la cour d’un bâtiment, ceux qui en vou draient visiter les dedans ou les dehors opposés, s’y trouveraient tout d’un coup dans la plus noire obseurité, et le passage du côté des objets qui est éclairé à celui que le
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4 soleil ne voit pas, serait dans toute la nature comme le
passage du dehors de la terre à l'intérieur des caves et des antres. Mais par un effet des ressorts puissants que Dieu fait jouer dans chaque parcelle de cette substance légère, elle pousse les corps sur lesquels elle arrive et en est re- E | poussée, tant par son ressort que par la résistance qu'elle
y éprouve ; elle bondit de dessus les corps qu’elle a frappés
‘ : et rendus brillants par son impression directe; elle est portée de ceux-là sur ceux des environs, et quoiqu’elle passe ni ainsi des uns aux autres avec une perte toujours nouvelle, elle nous montre ceux mêmes qui n'étaient point tournés 34. vers le soleil; elle parvient de surface en surface, et de | détours en détours jusqu'aux endroits les plus reculés, et | quand elle ne peut plus nous y procurer la vue distincte des objets, elle nous les montre encore confusèment; elle nous épargne au moins les chutes et nous avertit de tous les dangers.
Tous les corps, même ceux qui ént les couleurs les plus claires, se rembrunissent à mesure qu'ils se détournent des traits du soleil et des premiers reflets de la lumière ; ce qui met partout des différences utiles. Car en relevant
ou détachant un objet par le secours d’un fond ou d’un
| voisinage plus ou moins brun, elle embellit, elle caracfl térise et démêle à nos yeux ce que l'éloignement ou l’u- | niformité de la couleur aurait confondu.
4 C’est l'étude de ce mélange et de ces diminutions gra { duelles de la lumière et des ombres qui fait une des plus | riches parties de la peinture : en vain le peintre sait-il l1 A | Hi
composer un sujet, bien placer ses figures et dessiner le tout correctement, s’il ne sait pas, par les affaiblissements et les justes degrés du clair et de lobscur, rapprocher
donner à tous
certains objets, en reculer d’autres et le du contour, des distances, de la fuite, un air de vérité et
de vie.