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bile, qui ne donnerait ses plus belles compositions, je ne
dis pas pour le tableau du Déluge, cela serait trop préten-
dre, mais pour celui de Diogène, ou des bergers d'Ar- | cadie ?
Page 54, vers 2.
À . + . . : . |. Où la mélancolie
| Rêve la volupté dans sa douleur chérie.
(1 La mélancolie est friande, a dit Montaigne.
‘ Presque tous les poëtes ont aimé à peindre ce sentiment h si tendre et si doux, qui, selon Aristote, caractérise les fl grands génies.
| Le chantre des jardins nous la représente :
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; Le regard pensif, le front calme, et les yeux
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\4 : Fout prêts à s'humecter de pleurs délicieux.
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Ïl la peignit deux fois :
Viens donc, viens, charme heureux des arts et des amours, Je t'ai chanté deux fois, inspire-moi toujours.
L'Imagination, ch. 171.
André Chénier lui adresse ces vers :
Douce mélancolie , aimable mensongère,
Des antres, des forêts, déesse tutélaire,
Qui viens d’une insensible et charmante Jangueur, Saisir l’ami des champs et pénétrer le cœur, Quand sorti vers le soir des grottes reculées,
Il s'égare à pas lents au penchant des vallées,
Et voit, des derniers feux, le ciel se colorer,
Et sur les monts lointains un beau jour expirer; Dans sa volupté sage et pensive et muette,
Il s’assied, sur son sein laisse pencher sa tête.
Même après ces vers, on aime encore à répéter ceux de la Harpe, qui ont bien le caractère et le charme pénétrant de la mélancolie :
Ses maux et ses plaisirs ne sont connus que d'elle, A ses chagrins qu’elle aime, elle est toujours fidèle, | Ne se plaît que dans l’ombre et dans les lieux déserts, i Elle verse des pleurs qui ne sont point amers,
4 Tout entière à l’objet dont elle est possédée,
| Ne redit qu’un seul nom, n’entretient qu'une idée,
1 Et chérit son secret qui s'échappe à moitié :
| Son regard triste et doux inspire la pitié;
Elle étouffe sa plainte et soupire en silence,
Elle n'ose qu’à peine embrasser l'espérance,
Et tremble en adressant un timide désir
Vers un bonheur lointain qui semble toujours fuir A À
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Et ces antres profonds, ces forêts ténébreuses
Les arbres, a dit Valenciennes, sont les premiers per sonnages du paysage. C’est donc dans les forêts que le paysagiste ira les chercher.
Pour mieux plaire à nos yeux combienil (l'arbre) prend de formes!
Là s'étendent ses bras pompeusement informes,
Sa tige ailleurs s’élance avec légèreté,
Ici j'aime sa grâce, et là sa majesté,
{1 tremble au moindre souffle, ou contre la tempête Roidit son front noueux et sa robuste tête;
Rude ou poli, baissant ou dressan! ses rameaux, Véritable Protée entre les végétaux,
11 change incessamment, pour orner la nature,
Sa taille, sa couleur, ses fruits et sa verdure.
Les forêts et les intérieurs des roches, par la grandeur et le volume de leurs masses, ont le pouvoir de rendre plus sensibles et plus frappants les effets de l'ombre et de la lumière. Les parties lointaines où le soleil brille de tout son éclat, tandis que celles de devant restent dans une obseurité profonde, présentent un effet imposant et ma gique, dont un peintre d'histoire et de genre peut animer ses compositions. Les habiles décorateurs au théâtre ne manquent jamais d’en profiter, pour ajouter au charme
et à l'illusion de la perspective.
Juge 33, vers 1.
Dans l'objet de sa crainte, objet de tes désirs,
Pense, médite, observe et rêve à ses plaisirs.
C’est ainsi que Joseph Vernet, dans la plus horrible tempête , assiégé par la foudre en éclats et les vagues en furie, voyant la mort dans chaque flot prêt à l’ensevelir, au milieu des supplications, des prières et des cris des passagers et des matelots, s’écriait : Ah! que cela est beau !
Une autre fois, pour mieux se pénétrer des détails d’un incendie sur mer, il s’exposa à une pluie de feu sous des voiles enflammées, mais aussi l’effet dans ce tableau était si juste, les flammes si horriblement vraies qu’elles semblaient brûler la toile elle-même, et que le tableau étant placé dans un salon, à la chute du jour, quelqu'un s’écria : Fermez les fenêtres, le tableau va nous éclairer.
Rembrand allait étudier, dans des souterrains humides et malsains, les effets piquants de la lumière, cette lutte
de la nuit et du jour qu’il aimait à reproduire ét qui nous
enchante dans ses tableaux. Paul Polter, en peignant ses taureaux et ses vaches, les pieds enfoncés dans la fange des marais, affrontait le froid mortel qui devait nous le ravir à la fleur de son âge. Waterloo et Hermann d'Italie, ces paysagistes admirables, se sont perdus dans l'épaisseur des forêts en cherchant à se pénétrer de leur caractère majestueux et terrible : on n’est pas artiste quand on ne sait
pas sacrifier pour son art, sa santé, sa fortune et sa vie.
age 47, vers 47.
O source de bonheur.et de joie et d'ivresse !
Ce que dit Delille sur la poésie des champs nous parait
avoir de grands rapports avec la peinture du paysage :
Heureux qui contemplant cette scène imposante Jouit de ses beautés, plus heureux qui les chante! Pour lui tout s’'embellit, il rassemble à la fois
Les agréments épars et des champs et des bois,
Et dans ces vers brillants, rivaux de la nature, Ainsi que des objets jouit de leur peinture.
L'Homme des Champs
Heureux, disait Virgile, heureux l'esprit sublime, Qui peut de la nature approfondir l’abime,
Qui combinant entre eux les causes, les effets, Sonde des éléments les principes secrets,
Qui sait pourquoi du jour s’éclipse la lumière, Qui fait pâlir des nuits l'inégale courrière, Comment la vaste mer, sans l’aide du trident, S’enfle, couvre ses bords et les quitte en grondant, Et qui voit des hauteurs de la philosophie,
Tous ces vains préjugés que l'erreur déifie,
Mais trop heureux aussi qui modeste en ses chants, Sait peindre les travaux et les plaisirs des champs, Et qui n’osant du monde embrasser la structure, Assis près d’un ruisseau se plaît à son murmure.
L'Imagination, Ch. 11
age 47, vers 48.
Heureux qui les admire, et plus heureux encor
O Fortunatos nimiüm sua si bona nôrint 4 gricolæ !
Géorgiques, ch. 1
Moge 47 , vers 18.
Où le doux chalumeau qu'’enfle l'heureux Tityre.
Ce vers est Pinspiration de Tityre tu Patulæ de Virgile. On ne peut, sans émotion, se rappeler le sentiment délicieux que vous fait éprouver un instrument champê
tre au milieu des champs. Rien ne nourrit davantage la
ere
À | rêverie. Il faut l'avoir senti pour le peindre. Les plusgrands il poëtes n’ont jamais été indifférents à cette impression, et h leurs vers ont cherché à la reproduire. On le voit sou- 1 vent dans Virgile.
k Chénier dit en parlant du sage :
À Sous les saules de la prairie,
Î î Il voit les danses du hameau ;
L Les sons lointains du chalumeau
he Bercent sa douce rêverie; l Et comme l'onde du ruisseau
Il regarde couler sa vie.
On connait l'effet que produisit la flûte d’un berger sur
le terrible Tamerlan.
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