V. les Révolutions d'Angleterre par le P. d'ORLÉANS
Mage 66 , vers 11.
Tel que Dominiquin, excite dans ton cœur.
Dominiquin, élève des Carraches, les surpassa dans la
science de l'expression. Il passait souvent plusieurs mois
à méditer avant d'entreprendre un ouvrage, et dans je cours de son travail il s’arrêtait tout à coup, s’abandonnait à de profondes réflexions jusqu'à ce qu’il eût enfin lieu d’être content de ses idées; alors il se passionnait, s’animait, entrait dans une espèce de fureur pittoresque, on l’entendait parler, rire, soupirer, pousser des cris plaintifs selon les sujets qu'il avait à traiter. *
Afin d’exciter l'enthousiasme de son génie, il avait soin de s’enfermer exactement, parce que des gens qui l’avaient surpris au milieu de ses transports, le soupconnaient de folie.
Annibal Carrache s'étant introduit un jour dans son atelier sans en être aperçu, fut extrêmement surpris de lui voir le visage enflammeé, l’air menaçant et les yeux étincelants de colère, il travaillait alors au fameux tableau du martyre de saint André, et il peignait un des bourreaux.
Il faisait cet ouvrage en concurrence avec le Guide. Les deux tableaux ayant été placés et découverts, le sentiment d’une bonne vieille qui vint les contempler acheva de faire connaitre celui auquel on devait donner la préférence.
Voyez, dit-elle, à un jeune enfant, qu’elle tenait par la main et auquel elle montrait le tableau de Dominiquin, voyez avec quelle fureur les bourreaux lèvent le bras pour flageller ce Saint, remarquez, mon enfant, avec quel air barbare cet autre le menace, remarquez comme celui-ci lui serre fortement les pieds avec des cordes, admirez la
1 Vie des peintres par Dangerville.
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constance de ce vénérable vieillard à souffrir tant de tourments , et voyez comme sa foi se découvre dans la manière dont il lève les yeux au ciel; en disant ces paroles la bonne femme répandit quelques larmes et poussa de profonds soupirs. S’étant ensuite retournée vers le tableau du Guide, elle le regarda, ne prononca pas un seul
mot et s’en alla.
Joge 67 , vers 11.
Que le front soit parlant, que ce miroir de l'âme, x De tous les sentiments réfléchisse la flamme.
Comme la tête tient le premier rang entre les parties du
corps, elle l’a aussi dans l’action. Ce qui domine principa-
c’est le front; il n’y a pas de mouvement et de passion qu’il
Î lement dans cette partie c’est le visage , et dans le visage | | n’exprime, il menace, il caresse, il supplie, il est triste, il
* est gai, il est fier, il est humble, il témoigne aux uns de
l'amitié, aux autres de l’aversion, il fait entendre une in-
finité de choses, et souvent il en dit plus que le discours
le plus éloquent.
Traité des Etudes, t.4.
Le roi pour qui sont faits tant de biens précieux, L'homme élève un front noble et regarde les cieux !, Ce front, vaste théâtre où l'âme se déploie, Est tantôt éclairé des rayons de la joie,
Tantôt enveloppé d’un chagrin ténébreux ;
L'amitié vive et tendre y fait briller ses feux
Qu'en vain veut imiter, dans son zèle perfide,
La trahison que suit l'envie au teint livide ;
Un mot y fait rougir la timide pudeur ;
Le mépris y réside ainsi que la candeur,
Le modeste respect, l’imprudente colère,
La crainte et la pâleur, sa compagne ordinaire,
Qui, dans tous les périls funestes à mes jours,
Plus prompte que ma voix, appelle du secours.
RAGINE le fils, Poëme de la Religion, ch. 1.
Os homini sublime dedit, cœlumque tueri
Jussitet erectos ad sidera tolleré vultus
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Mage 67, vers 5
De ses yeux, de ses mains, l'ingénieux langage.
Sed in ipso vultu plurimüm valent oculi, per quos animus maximè emanat ; ut, citra motum quoque, et hilaritate enitescant et tristitià quoddam nubilum ducant ; quin etiam lacrymas his natura mentis indices dedit : quæ, aut erumpunt dolore, aut lætitià manant ; motu verù intenti , remissi, superbi, torvi, mites, asperi fiunt : quæ, ut actus poposcerit, fingentur.
Manus verd, sine quibus trunca esset actio ac debilis, vix dici potest quot motus habeant, cûm penè ipsam verborum copiam persequantur. Nam ceteræ partes loquentem adjuvant : hæ (prope est ut dicam) ipsæ loquuntur.
C’est ainsi que, le savant et vertueux Rollin reproduit ces deux beaux passages de Quintilien.
« Le visage a lui-même une partie dominante qui sont les yeux. C’est par eux surtout que notre âme se manifeste, et sort en quelque sorte au dehors ; jusque-là, sans même qu’on les remue, la joie les rend plus vifs, et la tristesse
les couvre d’une espèce de nuage. Ajoutez à cela que la nature leur a donné les larmes, ces fidèles interprètes de nos sentiments, qui s'ouvrent impétueusement un passage dans la douleur, et coulent doucement dans la joie. Mais que ne deviennent-ils point par la diversité des mouvements qu’on leur donne! animés, languissants, fiers, menaçants, doux, rudes et terribles, et tout cela suivant le besoin ou l’occasion.
» Quant aux mains sans le secours desquelles l’action serait languissante et presque morte, de combien de mouvements ne sont-elles point susceptibles, puisqu’à peine y a-t-il un mot qu’elles ne soient quelquefois jalouses d'exprimer; car les autres parties du corps aident et contribuent à la parole, mais on peut dire que celles-ci parlent elles-mêmes et se fond entendre. »
Voy. Traité des Etudes, t. 4.
Mage 67, vers 7.
Et dans les mouvements de son gesle animé.
On sait que les pantomimes faisaient profession de re-
smiésrsromteaié oo
présenter au naturel, et de peindre, pour ainsi dire, par leurs gestes et leurs attitudes toutes les actions et toutes | les passions des hommes. Les anciens appelaient cet art | des pantomimes une espèce de musique muette qui avait trouvé le moyen de substituer le langage des mains à celui de la bouche, de parler aux yeux par le secours des doigts
et d'exprimer par un silence plus éloquent et plus énergique que la parole même, ce qu’à peine le discours ou
l'écriture eussent pu faire entendre. Un prince de Pont
| vint un jour à la cour de Néron pour quelques affaires, et ayant vu un fameux pantomime danser avec tant d'art, qu’encore que le prince n’entendit rien à ce que l’on chantait, il ne laissait pas de tout comprendre, il pria l’empe-
reur, en partant, de vouloir bien lui faire présent de ce
) danseur, et Néron lui demandant à quel usage il le des-
tinait : c’est, dit ce prince étranger, que j'ai des voisins
4 barbares, dont personne n’entend la langue, et cet hom- E . . x
# me par ses gestes me servira d’interprète.
Voy. Traité des Etudes, t. 4.
| Ce trait seul suffirait pour nous faire voir que le geste, | ce langage avec lequel nous naissons, a une éloquence plus | vive, plus pénétrante, plus populaire que la parole ellemème, et la peinture, qui a le don de le reproduire, est
| à cet égard supérieure à la poésie,
Jage 58, vers 15.
Dans un venin trompeur l'odieux hypocrite,
Trempant le fer aigu de son arme bénite.
L'hypocrite, en fraude fertile, Dès l'enfance est pétri de fard, Il sait colorer avec art
Le fiel que sa bouche distille ; Et la morsure du serpent
Est moins aiguë et moins subtile
Que le venin caché que sa langue répand.