‹ La peintureChapitre 37 sur 44 · JUVÉNAL · texte numérisé non relu

JUVÉNAL

Ce vers a été souvent imité.

Et ce fou d’Angéli, qui, de sang altéré, Dans l’espace du monde eût été trop serré.

BoILEAU,

Mon esprit éclairé Dans les bornes du monde eût été trop serré.

Vozr. Discours sur la Nature de l Homme.

Mage 69, vers 5.

Saisis, nouvel Hoogard, les traits de la satire.

Hoogard, peintre anglais, peut être considéré comme le Lucien de la peinture. Ses tableaux, assez mal dessinés rendent néanmoins avec beaucoup d'énergie et de vérité les scènes morales et comiques de la vie. Get artiste excite encore dans son pays cet enthousiasme qui exalte les têtes anglaises, et leur fait donner l'exclusion à tout autre mérite quelque supérieur qu’il puisse être. Un seul exemple suffira pour prouver avec quel bonheur Hoogard saisissait la nature et les effets du genre qu'il avait adopté.

Il avait exprimé, dans un de ses tableaux, les différents tourments qu’on fait éprouver aux animaux. Un charretier fouettait ses chevaux avec beaucoup de barbarie, un homme du peuple l’arrête, et, touché de pitié : Malheureux, lui dit-il, tu n’as donc jamais vu les peintures de Hoogard ?

Les peintres de tous temps se sont permis des pein-

tures satiriques. On a trouvé, dans les ruines d’Her-

> 268 «culanum, des fragments ‘de tableaux où l’on osait attaquer les passions favorites de Néron, et celles dont il ürait le plus de gloire, et il n’y à pas longtemps encore que l’on découvrit dans la vigne d’Adriani, au-dessus de Tivoli, des bas-reliefs qui reprochaient à Antonin Caracalla le meurtre de son frère Géta.

age 69 , mers 47.

Loin tout ce faux brillant qui ne dit rien à l'âme.

Tout ornement qui n’est qu’ornement est de trop, retranchez-le, il n’y manque rien, il n’y a que la vanité qui en souffre.

FÉNELON, Lettre à l'Académie.

Mage 70 , vers G.

En ses traits infinis l'expression diffère.

La nature féconde en bizarres portraits, Dans chaque âme est marquée à de différents traits, Un geste la découvre, un rien la fait paraître,

Mais tout mortel n’a pas des yeux pour la connaître.

BoILEAU.

Pour démèêler ce qui peut former un caractère ou une expression, il faut être capable de discerner entre vingt ou trente choses que dit ou que fait un homme, trois ou quatre traits qui sont propres spécialement à son caractère particulier ; il faut ramasser ces traits, et continuant d’étudier son modèle, extraire, pour ainsi parler, de ses actions et de ses discours les traits les plus propres à le faire reconnaître : Ce sont ces traits séparés, des choses indifférentes que tous les hommes disent et font à peu près les

uns comme les autres, qui, rapprochés et réunis ensemble,

DT Da ps

forment un caractère et lui donnent sa rondeur théâtrale. Tous les hommes semblent uniformes aux esprits bornés, et sont différents les uns des autres aux esprits plus étendus, mais les hommes sont tous des originaux particuliers pour le poëte comme pour le peintre nés avec le génie de

leur art.

Voy. Réflex. critiques sur la Poésie et la Peinture, t. 1.

Mage 70, vers 15.

Elle abaisse un talent, dégrade sa beauté, Et le poursuit encore dans la postérité.

Lorsque vous découvrirez quelques fautes dans vos ouvrages ou qu’on vous yen fera remarquer, corriger-les aussitôt, de peur qu’exposant vos tableaux aux yeux du public, au lieu de vous faire estimer , vous ne fassiez connaître votre ignorance, et ne dites point qu’à la première occasion vous réparerez la perte que vous avez faite de votre réputation : car il n’en est pas de la peinture comme de la musique qui passe en un instant et meurt, pour ainsi

dire, aussitôt qu’elle est produite ; mais un tableau dure

longtemps après qu’on l’a fait, et le vôtre serait un témoin qui vous reprocherait continuellement votre ignorance. N'alléguez pas non plus pour excuse votre pauvreté qui ne vous permet pas d'étudier et de vous rendre habile ; l'étude de la vertu sert de nourriture au corps aussi bien qu’à Pâme. Combien a-t-on vu de philosophes qui, étant nès au milieu des richesses, les ont abandonnées, de peur qu’elles ne les détournassent de l’étude et de la vertu !

LEONARD DE Vinci, Traité de la Peinture, ch. x1v.

Au reste, on ne veut point parler ici de ces fautes qui sont inséparables de l'humanité, de ces fautes qu'Horace veut qu’on excuse surtout dans un long ouvrage; on sait que le plus savant doit payer tribut à l'ignorance, que l'on ne peut dans les arts rendre qu’une très-faible partie de ce que l’on sent, et qu’en peinture l'œil voit toujours

plus que la main ne peut exprimer.

5) Non ego paucis Offendar maculis, quas aut incuria fudit,

Aut humana parum cavit natura.

Page 71, vers 15.

Que vois-je ? c’est de Rome et l'espoir et l'amour,

On lit avec plaisir dans Suétone certains détails de la vie de ce héros, l'espoir et l’idole du peuple romain.

« Germanicus, dit-il, avait toutes les qualités du corps » et de l'esprit dans un degré où personne ne les eut » jamais : une beauté et une valeur singulières, un génie » éminent pour les lettres grecques et latines et pour » l'éloquence des deux langues, une bonté d’âme admi- » rable, la plus grande envie de plaire et d’être aimé, et » les plus grands talents pour y réussir... »

IT tua plusieurs ennemis de sa main. I] plaida des causes dans le barreau, même après avoir eu les honneurs du triomphe. Entre autres monuments de ses études, il nous reste des tragédies grecques. Il était également affa ble dans la vie privée et publique. Il entrait sans licteurs dans les villes libres et alliées. Il honorait les tombeaux des grands hommes. Il recueillit de ses mains et renferma

dans un sépulcre les ossements des soldats tués dans la dé-

faite de Varus. Il n’opposait que la douceur à ses envieux et à ses enñemis, quelques outrages qu’il en eût HeCUSe.e

Tant de vertu ne resta pas sans récompense; il était tellement chéri et estimé de ses parents, qu'Auguste, sans parler des autres, balança longtemps s’il ne le choisirait pas pour son successeur, et le fit adopter par Tibère. Il jouissait de la faveur populaire au point que la foule qui se rassemblait autour de lui toutes les fois qu'il paraissait, lui fit courir, plus d’une fois, risque de sa vie...

De plus grands témoignages d'affection éclatèrent encore le jour de sa mort et les jours suivants. On jeta des pierres dans les temples. On renversa les statues des dieux. Plusieurs jetèrent dans les rues leurs dieux domestiques.

À Rome la consternation fut au comble à la première nouvellesde sa maladie, et comme on attendait de nouveaux Courriers, vers le soir le bruit se répandit tout d’un Coup, sans qu’on sût comment, que Germanicus était rétabli; aussitôt on court au Capitole avec des flambeaux et des victimes, on brise les portes du temple dans l'impatience d'offrir des sacrifices. Tibère est réveillé par de grands cris, qui se font entendre de tout côté : Rome est sauvée, la patrie est sauvée, Germanicus est sauvé. Lorsque sa mort fut devenue certaine, aucune consolation, aucun édit ne put mettre des bornes à la douleur publique; elle dura même pendant les fêtes du mois de décembre.

Les abominations du règne de Tibère ajoutèrent encore àla gloire de ce jeune héros et aux regrets de sa perte; tout le monde étant persuadé avec raison, que la crainte et la

retenue qu'il inspirait à l'empereur avaient mis un frein à

la barbarie que ce monstre fit éclater dans la suite.

( Page 72 , vers GC.

Et même en dérobant ces pleurs qu'elle dévore,

ll A nos yeux alttendris les fait mieux voir encore.

| C’est un chef-d'œuvre du Poussin que de nous avoir \| fait reconnaître Agrippine dans son tableau de la mort de 1 Germanicus, avec autant d'esprit qu'il l'a fait. Après avoir traité les différents genres d’affliction des autres person- (| nages du tableau comme des passions qui pouvaient s’ex- Lo primer, il place à côté du lit de Germanicus une femme | noble par sa taille et par ses vêtements qui se cache le viil sage avec ses mains et dont l'attitude entière marque la 1 douleur là plus profonde. On conçoit sans peine que l’afflici tion de ce personnage doit surpasser celle des autres, puis-

ll que ce grand maitre désespérant de la représenter, s'est tiré d'affaire par ce trait de génie. Ceux qui savent que

Germanicus avait une femme uniquement attachée à lui

et qui reçut ses derniers soupirs, reconnaissent Agrippine

aussi certainement que les antiquaires la reconnaissent à sa coiffure et à son air de tête pris d’après les médailles de cette princesse. Si le Poussin n’est pas l’inventeur de ce trait de poésie qu'il peut bien avoir emprunté du Grec qui peignit Agamennon, la tête voilée, au sacrifice d’'Iphigénie, sa fille ; ce trait est toujours un chef-d'œuvre de Ja peinture.

Réflex. critiques sur la Poësie et la Peinture, t.14, sect. xnrr.

Mage 72, mers 41

A ce banquet sacré.

Ce tableau fut peint pour la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye.

Mage 73, vers 14.

Réduis le peuple même aux règles du devoir.

Si nous n'avons plus cette peinture magique des anciens qui, exposée au grand jour, produisait sur la multitude des effets extraordinaires, et dont souvent la patrie recueillait les fruits, au moins nos vastes musées ouverts au peuple, peuvent encore devenir une école de vertu, et il ne faut que de beaux sujets exprimés par de grands peintres pour opérer de nouveaux prodiges. Quand on exposa au Louvre, pour la première fois, le beau tableau de M. Vincent, représentant le président Molé au milieu des factieux, tableau où le peintre semble s'être si profondé

ment pénétré de cette pensée de Virgile.

Si forte virum quem

Conspexere, silent.

Un homme de la dernière classe du peuple, touché de la grandeur d’âme et de cet air vénérahle empreint dans

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