‹ La peintureChapitre 5 sur 44 · XII · texte numérisé non relu

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fût du reste le mérite des auteurs, une dernière puissance : s’il rendait encore des oracles, c’est qu'il y avait encore des croyants. Sera-t-il aussi heureux aujourd’hui, où sont les croyants? C’est ce qui nous reste à examiner.

Il faut bien l'avouer : la littérature a ses dé gradations inévitables. Quelques précautions que l'on prenne contre la contagion du mauvais goût, elle pénètre toujours par quelque endroit, et en législateur prévoyant autant que profond, alors même qu'il rédigeait le code du goût, Horace en annonçait les allérations prochaines ! et l’impuissance même de son œuvre. En effet ces révolutions du goût sont fatales , car elles ne sont que les manifestations éternellement nécessaires de ce mouvement profond et mystérieuxqui rajeunit les idées

et les nations par les changements politiques. La

Ut silvæ foliis pronos mutantur in annos Prima cadunt; ità verborum vetus interit ætas,

Et juvenum ritu florent modo nata vigentque.

Art. Poet. V. 69.

= XIV &perfection qui doit toujours être le but de nos efforts, n’est dans l’histoire des lettres, ainsi que dans celle de l'humanité, qu'un moment fort court, difficile à saisir, plus difficile encore à garder. Le plus grand mal des hérésies littéraires n’est donc pas dans ces hérésies mêmes, mais dans le jugement faux qui veut consacrer comme des découvertes magnifiques , comme des principes nouveaux et féconds ces égarements du goût, et qui, déplaçant les bases mêmes et le but des beaux-arts, met le bien où était le mal, le beau où était le laid, l'erreur à la place de la vérité. Ainsi nous concevons très-bien que sous l'empire d'idées nouvelles, de nouvelles institutions , le style et les préceptes du goût changent avec les mœurs; que toujours la même au fond, la peinture de l'humanité demande, selon les temps, diverses couleurs; que certaines faces du cœur humain qui n’avaient point encore été observées, soient exprimées en des traits originaux; que des habitudes politiques

nouvelles créent jusqu'à un certain point des ex-

pressions nouvelles et hardies; que des mœurs

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domestiques plus intimes et plus sérieuses inspirent une poésie plus naïve el plus expansive, enfin que des maladies morales, profondes et mystérieuses, se révèlent en des chants vagues, sombres et solitaires; mais ce que nous ne saurions admettre, c’est que ces dégradations morales et intellectuelles soient données comme un {ype fécond, comme une découverte de l’art, comme son but et son idéal.

Qu'arrive-t-il de ces prétentions injustes et exagérées? C’est que le public, que son instinct sert mieux que les théories aventureuses, ne voyant pas l’art là où on veut le lui faire voir, n’y a plus foi, et que tout en dédaignant les divinités que l’on offre à son admiration, il ne croit plus aux anciennes divinités littéraires : le septicisme en littérature, c’est là comme partout ailleurs, la plaie profonde de nos jours.

Regardez autour de vous: qui maintenant reconnaît une autorité ? L’anarchie est dans le monde moral et intellectuel; chaque esprit y est souverain

et ne relève que de lui-même ; il n’y a plus de prin-

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