H LA PEINTURE
bleau trois fois frappé de la foudre et par conséquent trois fois saint; un grand prêtre de Cybèle et une Atalante amoureuse qu'acheta Tibère, et qu'il fit mettre l'un dans sa chambre à coucher, et l'autre dans son alcôve même ; un Bacchus , si merveilleux qu'il donna naissance au proverbe corinthien : Qu'est-ce que cela auprès de Bacchus ? un coureur tout armé, courant dans une lice, et sur le corps duquel il semblait voir couler la sueur, et un autre hoplititès, qui, arrivé au but, dépose tout haletant ses armes. Mais ce qu'il fit de plus ingénieux, l'œuvre pour laquelle il lui fallut à la fois la pensée la plus profonde et l'esprit le plus délié, c'est le peuple d'Athènes, si varié et cependant si unique, si inconstant, si injuste, si colère, et à la fois si exorable et si compatissant ; le peuple d'Athènes, si glorieux et si humble, si férocement intrépide et si timidement fuyard ; le peuple d'Athènes enfin personnifié par un
homme à qui il aurait fallu trois têtes comme au géant Géryon, et sur la figure duquel cependant il trouva moyen de peindre toutes ces expressions si variées et si contraires, qu'avant de voir ce miracle de l'art on eût pu croire que l'une excluait l'autre, et que par conséquent la chose était impossible.
Aussi de tels succès avaient-ils rendu Parrhasius presque insensé : il s'intitulait le prince des peintres et le roi de l'art ; il se disait descendant d'Apollon, et affirmait qu'à l'époque où il peignait son Hercule de Lindos, le fils de Jupiter et d'Alcmène lui apparaissait en songe, ne jugeant pas indigne de lui de venir poser devant un pareil maître.
Zeuxis de son côté n'était pas moins orgueilleux ; il faisait broder son nom en or sur ses manteaux ; il donnait son Alcmène aux Agrigentins, et son dieu Pan au roi Achélaûs1,
1 Roi de Macédoine , prédécesseur d'Alexandre le Grand, auquel il est antérieur de 60 à 70 ans.
disant qu'aucun homme ne pouvait payer de pareils ouvrages. C'est de lui le magnifique Jupiter assis sur son trône et entouré des dieux, qui se tiennent debout ^'Hercule au berceau, qui étouffe deux serpents en présence d'Amphitryon et de sa mère , ainsi que la fameuse Junon Lacinienne, dédiée au temple de cette déesse par les Agrigentins, qui consentirent, avant qu'il ne commençât ce tableau, à faire passer devant lui leurs filles nues, parmi lesquelles le peintre choisit cinq des plus belles, qui posèrent devant lui, tantôt ensemble, tantôt séparément, afin qu'en extrayant de chacune la beauté qui lui était propre, il pût, en réunissant toutes ces beautés en une seule, arriver aussi près que possible de la perfection.
Deux pareils rivaux devaient entrer en lutte ; car les hommages de la moitié de la Grèce ne suffisaient pas à chacun d'eux, et il fallait qu'il y eût un vainqueur. Zeuxis pei-
gnit des grappes de raisin si arrondies , si veloutées, si franchement détachées de leur treille, que les oiseaux vinrent les becqueter. Parrhasius voulut produire sur les hommes la même illusion que son antagoniste avait produite sur les animaux : il prit une grande toile sur laquelle il peignit un rideau avec tant de vérité que Zeuxis, tout glorieux du succès de ses grappes , s'approcha pour soulever ce rideau, qu'il croyait lui cacher l'œuvre de son rival, et que ce ne fut qu'en touchant la toile qu'il s'aperçut de la tromperie. Zeuxis était plus franc que les modernes : il s'avoua vaincu.
Nous avons rapporté cette anecdote si connue, parce que, dix-huit siècles plus tard, nous verrons les mêmes jeux se renouveler entre Michel-Ange et Raphaël.
Après les maîtres de l'art, Timanthe fut le premier parmi les autres peintres : ne pouvant pas s'élever à leur hauteur d'exécution,
il se réfugia dans l'ingénieux : c'était de lui le héros que l'on voyait encore à Rome du temps de Vespasien, dans le temple de la Paix, que cet empereur avait fait bâtir en même temps que le Colisée, c'est-à-dire 70 à 75 ans après le Christ : c'était de lui le tableau qui représentait Polyphème endormi, et dans lequel il avait placé, pour faire comprendre que son personnage principal était un géant, de petits satyres qui mesuraient avec un thyrse le pouce du cyclope ; enfin c'était de lui cette îphigénie , chef-d'œuvre de sentiment , où , après, comme le dit Valère Maxime, avoir représenté Ulysse abattu , Calchas sombre , Ajax furieux, et Ménélas pleurant, il jeta un voile sur la tête d'Agamemnon , avouant en homme de génie que l'art était impuissant pour rendre l'expression du visage d'un père sur le point de voir égorger sa fille.
Eupompe venait après lui : son ouvrage le plus connu est son Vainqueur gymnique-
tenant une palme à la main ; sans doute il fit encore d'autres tableaux loués par les contemporains, mais oubliés parla postérité, car ce fut de lui que data un troisième style ; jusque-là il n'existait que deux écoles : l'école athénienne et l'école ionique. Eupompe créa le style sicyonien.
Quant à Androcydes, on sait peu de chose de lui, sinon qu'il excellait à peindre les différents animaux, et surtout les poissons.
Pamphile sortit des ateliers d'Eupompe. Il était d'Amphipolis , petite ville située aux confins de la Macédoine et de la ïhrace. C'était non-seulement un peintre mais un savant, et il fit faire un nouveau pas à l'art en appliquant l'arithmétique et la géométrie à la peinture : on ne connaissait de lui, même du temps de Pline, que quatre tableaux : le premier qui représentait l'intérieur d'une famille; le second, un combat donné devant la ville de Plius , place forte de l'Achaïe ; le
troisième , une victoire des Athéniens , et le quatrième , un Ulysse dans son vaisseau. Ce fut lui, tant Fart sous sa direction devint noble et grand, qui fit rendre cette loi que tous les enfants de condition libre , sans exception, seraient tenus d'apprendre le dessin, tandis que, par la même loi, il était interdit de l'enseigner aux esclaves : quant à lui, il ne prit aucun écolier qu'il ne s'engageât à rester dix ans chez lui, et à lui payer pour les dix ans d'études un talent attique , c'est-à-dire à peu près 2,400 francs de notre monnaie. C'est à cette double condition qu'Apelles devint son élève.
Apelles parut, comme le Corrége, après les grands maîtres, qui croyaient avoir tout pris. Mais, comme le Corrége , il s'aperçut qu'il lui restait la grâce oubliée par eux, peutêtre parce qu'ils la regardaient plutôt comme une fille de la terre que comme un enfant du ciel.
Apelles était de Cos ; il naquit sous ce beau ciel à la lumière duquel, 600 ans auparavant, Homère avait ouvert les yeux. Sa patrie, ainsi que la Vénus qu'il devait peindre, sortait du sein des eaux pareille à une corbeille de fleurs. Dès son enfance, le beau avait frappé ses regards; il s'y était habitué comme à une chose familière : aussi, aux premiers essais de ses pinceaux, l'école attique reconnut-elle qu'elle allait posséder le plus grand de ses maîtres passés et à venir.
Apelles vit la fin du siècle de Périclès et le commencement du siècle d'Alexandre , c'est-à-dire tout ce qu'il y a eu de plus grand peut-être dans le monde. Ses contemporains étaient Protogène, sur lequel, disait-il, il n'avait qu'une supériorité, c'était celle de savoir ôter à temps la main de dessus ses tableaux ; Amphion et Asclépiodore, auxquels il se reconnaissait inférieur, au premier pour l'ordonnance , et au second pour les mesures ;
enfin, Aristide de Thèbes, par l'étude duquel il apprit à peindre l'homme moral, c'est-à-dire à ne faire du corps qu'une enveloppe diaphane, à travers laquelle on aperçoit l'âme et ses passions.
Apelles est le point culminant de l'art grec : en lui tout est réuni, sentiment, exécution, ordonnance. Ses portraits traduisent si exactement la ressemblance des personnes qu'ils représentent, qu'un devin prédit ce qui arrivera à ces personnes comme s'il étudiait leur destinée sur elles-mêmes : si les raisins de Zeuxis trompent les oiseaux, ses chevaux, à lui, font hennir les cavales. Enfin, chez lui comme chez Homère , Diane se mêle à la troupe dansante des jeunes filles qui célèbrent un sacrifice en son honneur, et il rend, à l'aide du pinceau, si heureusement la description du poëte que le poëte est vaincu.
Parmi les privilèges ordinaires du génie,
Apelles avait celui de beaucoup produire : il est vrai de dire qu'il ne passait pas un jour sans travailler, sinon à ses tableaux, du moins à des esquisses ou à des dessins. Aussi, ce qu'il a fait est innombrable. Ceux de ses tableaux qui étaient les plus connus sont : la Pompe sacrée de Mégabyse, pontife de Diane à Éphèse ; Clytus se préparant au combat, et prenant son casque des mains de son écuyer ; l'Homme efféminé , qui appartenait aux Samiens, qui le gardaient comme un trésor ; son Ménandre, roi de Carie, qui était la propriété des Rhodiens. Ses chefs-d'œuvre étaient dispersés par toute la terre. Alexandrie avait son Gorgosthènes le tragédien. Ephèse avait son Alexandre le Grand tenant la foudre, qui avait été payé 20 talents attiques, non point que l'auteur ait fixé le prix à ce tableau, mais parce que, lorsqu'il s'agit de l'estimer, on le couvrit de pièces d'or, et que toutes ces pièces réunies firent ensemble 48,000 francs de
notre monnaie \. Enfin Rome avait ses Dioscures, sa Victoire et son Alexandre le Grand, sa Bellone enchaînée au char du roi de Macédoine. Si bien que, du temps de Néron, on voyait encore ces deux tableaux dans la partie la plus fréquentée du forum d'Auguste ; seulement, à la tête du vainqueur de Darius, Claude avait fait substituer celle du vainqueur d'Antoine.
Outre ces tableaux, on connaissait encore d'Apelles un portrait du roi Antigone, qu'il avait peint de profil parce qu'il était borgne ; un Néoptolème combattant à cheval contre les Perses; Achélaiis, en compagnie de sa femme et de sa fille ; un Hercule vu de dos et retournant la tête, dont le visage, quoique
1 C'était ce tableau qui lui faisait dire orgueilleusement, qu'il y avait au monde deux Alexandre: l'un invincible, qui était fils de Philippe ; et l'autre inimitable, qui était fils d'Apelles.
inachevé, on ignorait pour quelle cause, était aussi expressif que s'il eût été exécuté avec le fini le plus précieux ; enfin son chef-d'œuvre, la Vénus Anadyomène , qui fut dédiée par Auguste au temple de son père César, mais qui, endommagée par l'humidité, s'écailla et tomba par morceaux, si bien que Néron, quelque temps après qu'il fut monté sur le trône, se trouva forcé de lui en substituer une autre de la main de Dorothée.
Comme s'il eût deviné le sort qui attendait ce tableau, Apelles était à Cos, sa patrie, occupé à peindre une seconde Vénus, qui, d'après son opinion, devait encore être supérieure à la première, lorsque la mort le surprit. La tête et la poitrine seulement étaient finies, le reste n'était qu'ébauché; mais ce qui en existait fut unanimement reconnu si merveilleux , qu'aucun peintre n'osa accepter la tâche d'achever le chef-d'œuvre interrompu.
Comme Zeuxis, Apelles eut son Parrhasius et son Timanthe : l'un se nommait Protogène et était de Caunus ; l'autre se nommait Aristide et était de Thèbes.
Protogène était resté longtemps pauvre et dans l'obscurité ; car, toujours mécontent de ce qu'il avait fait, il le retouchait sans cesse, et il était arrivé à l'âge de cinquante ans, assure-t-on, qu'on ne connaissait encore de lui que ses peintures navales du Propyléon. Mais enfin parut le Jalistus, dont parlent Cicéron, Pline et Strabon, et qui de leur temps était, à Rome, dédié au temple de la Paix. Jalistus était le fondateur de Rhodes, comme Cadmus de Thèbes, et Thésée d'Athènes, et le peintre avait choisi le moment où il reçoit de la ville, sa fille, la palme due aux bienfaiteurs des peuples.
Rhodes seule possédait ce tableau, mais la Grèce tout entière le connaissait : si bien que le roi Démétrius Poliorcète, étant venu assié-
ger la ville, n'osa y mettre le feu de peur de brûler ce chef-d'œuvre, et pour épargner une peinture se retrancha une victoire.
Ce ne fut pas le seul hommage que Démétrius rendit à Protogène : comme l'atelier du peintre était dans un des jardins du faubourg de Rhodes, c'est-à-dire au milieu du camp même des assiégeants, le roi apprit que Protogène, qui alors travaillait à un tableau représentant un Satyre amoureux et jouant de la double flûte, n'avait point interrompu son ouvrage, malgré le tumulte du siège. Il le fit venir aussitôt, et lui demanda d'où lui venait une pareille tranquillité. Alors Protogène répondit qu'il savait bien que Démétrius faisait la guerre aux Rhodiens, mais non aux arts. La réponse plut au roi, et, pour que Protogène pût continuer de travailler avec tranquillité, il mit des sentinelles à sa porte, et de temps en temps l'envoyait chercher pour causer avec lui; mais voyant que de cette
façon il lui faisait perdre trop de temps, il finit par aller le visiter lui-même entre deux assauts. Cette / circonstance , comme on le pense bien, ne contribua point médiocrement à la réputation de ce tableau.
Protogène fît encore une Cydippe; un Néoptolème; Philisque, Fauteur tragique, méditant; un Athlète; le roi Antigone, père de ce même Démétrius Poliorcète dont il était devenu l'ami ; et enfin la mère du philosophe Aristote , qui lui persuada d'entreprendre une série de tableaux représentant les actions principales d'Alexandre le Grand.
Ce dernier tableau porta la renommée de Protogène à un si haut degré, qu'Apelles, qui ne le connaissait que de réputation, résolut d'aller lui faire une visite à Rhodes, qu'il habitait. Nous avons déjà dit quelle était l'opinion du peintre de Cos sur celui de Caunus, et ces éternelles retouches, dont l'accusait Apelles, étaient d'autant plus inutiles, qu'A-
pelles seul avait peut-être la main plus sûre que Protogène.
Apelles débarqua à Rhodes et se rendit droit à l'atelier de Protogène. Ce peintre était absent, une vieille était seule préposée à la garde d'une tablette immense destinée à un tableau, et sur laquelle il n'y avait encore rien de peint. La vieille interrogée répondit que Protogène était absent, et demanda ce qu'il y aurait à lui dire à son retour. Apelles, pour toute réponse, prit un pinceau, le trempa dans la couleur, et traça sur toute la longueur de la tablette un trait d'une telle hardiesse et d'une telle ténuité, qu'on eût dit qu'il avait été tiré avec un crayon et à l'aide d'une règle. Puis il dit à la vieille :
— Quand Protogène rentrera, vous lui montrerez ce trait, et voilà tout.
Mais lorsque Protogène rentra, avant même que la vieille n'eût ouvert la bouche, il s'écria :
— Apelles est venu.
Alors il prit le même pinceau 5 il conduisit sur le trait déjà tracé un linéament d'une autre couleur, mais si subtil, que la couleur primitive le débordait de chaque côté; puis il dit à la vieille que si l'étranger revenait, elle n'avait qu'à lui montrer la tablette, et à lui dire :
— Voilà ce que vous cherchez.
Apeîles ne manqua point de revenir, et la vieille , obéissante , s'acquitta de sa commission ; mais, pour être repoussé, Apelles n'était point vaincu: il reprit le pinceau, et, le trempant dans une troisième couleur, il traça un troisième trait qui tranchait par le milieu les deux autres lignes, ne laissant plus d'espace intermédiaire où tracer un quatrième linéament, si subtil qu'on le supposât. En voyant cette miraculeuse fermeté de pinceau, Protogène s'avoua vaincu, et, cessant la lutte, courut sur le port chercher son rival.
Dès lors Protogène ne voulut rien peindre
sur cette tablette, qu'avait deux fois sanctifiée Apelles, et le tableau, blanc à l'exception des lignes tracées, resta ainsi, objet d'étonnement pour les curieux et presque d'incrédulité pour les artistes. Si bien qu'on le vit à Rome, dans la maison qu'Auguste possédait au Palatin , parmi les plus beaux tableaux de l'école grecque, jusqu'au moment où cette maison fut consumée par un incendie ; la maison fut rebâtie mo}rennant une contribution volontaire d'un denier par personne, tant Auguste était populaire à cette époque ; mais les chefs-d'œuvre qui la décoraient, et parmi lesquels étaient l'Apollon des Sandales 1 et le Jupiter tragédien, furent à tout jamais perdus.
C'est ainsi qu'on peut voir aujourd'hui encore dans la Farnésine, au milieu des gracieuses compositions de Raphaël, la tête colossale
1 Ainsi nommé parce qu'il avait été d'abord placé dans le quartier de Rome appelé des Sandaliarii.
du Jupiter Olympien, charbonnée par Michel-Ange.
Le second rival d'Apelles était Aristide, duquel il prit, comme nous l'avons dit, l'expression des grandes passions. En effet Aristide, auquel, selon Pline, on reprochait un peu trop de dureté dans les couleurs, s'était appliqué surtout à rendre les perturbations de l'âme dans les crises suprêmes. Aussi son plus beau tableau était celui qui représentait une ville prise d'assaut, et qui avait pour sujet une mère blessée et mourante vers laquelle son enfant se traînait. Mais, comme c'était au sein même que la mère avait été frappée, le peintre avait exprimé sur son visage la crainte que son enfant ne suçât son sang au lieu de son lait. Après la prise de Thèbes, ce tableau fut transporté par Alexandre le Grand à Pella, sa patrie.
Outre ce tableau , Aristide peignit encore des Quadriges en course ; un Suppliant dont
on croyait entendre la plainte ; un Bacchus et une Ariane , dans lesquels on distinguait l'ivresse du dieu et l'ivresse de la femme ; une Biblis, morte d'amour pour son frère Caunus, au moment même où elle venait d'expirer; un Tragédien accompagné d'un jeune garçon, qui resta suspendu au temple d'Apollon jusqu'à ce que le préteur Marcus Junius, vers l'époque des jeux Apollinaires , qui, selon Macrobe , se célébraient tous les ans à Rome au mois de juillet , l'ayant donné à restaurer à un peintre, ce peintre le gâta, soit par maladresse, soit par jalousie ; un Vieillard qui montre à un enfant à jouer de la flûte, dédié au temple de la Foi , que les vieux Romains avaient bâti sur le Capitole , à côté de celui de Jupiter très- bon et très -grand, afin de faire comprendre que celui qui manquait à sa parole manquait aux dieux ; enfin une Bataille , dans laquelle il y avait plus de cent figures, et qui lui fut payée par Mnazon, ty-
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ran d'Élatée, mille drachmes par figure; et une peinture représentant un Maiade, que le roi Attale paya cent talents, c'est-à-dire deux cent quarante mille francs de notre monnaie.
Et cependant Apelles dépassa tout cela.
Les rois se disputaient ses ouvrages, et peutêtre plus d'une fois, comme fit Charles V pour le Titien, Alexandre le Grand ramassat-il son pinceau ; car Alexandre était non-seulement le protecteur mais encore l'ami d' Apelles, et il fallait que cela fût pour que celui-là, qui avait tué Clytus dans un moment de colère, donnât Campaspe à Apelles dans un moment de pitié.
Aussi est-ce à Apelles que s'arrête la période ascendante de l'art grec. Zeuxis avait déjà trouvé le grand, Apelles chercha le beau. Après ces deux maîtres , qui vécurent à soixante ans de distance à peu près, les autres peintres, n'ayant plus rien à inventer, imité-
rent , et la décadence commença avec l'imitation.
Et puis aussi, faut-il le dire? cet état florissant de Fart, qui alla sans cesse grandissant du siècle de Périclès au siècle d'Alexandre , fut peut-être dû, car les choses s'enchaînent entre elles, à l'état florissant de la politique.
En effet, comme nous l'avons dit plus haut, ce flot de barbares qui, à la suite de Xerxès, était venu inonder la Grèce de Troie à Salamine, avait été refoulé par Thémistocle, Pausanias et Cimon, et avait laissé, en se retirant, la capitale de l'Attique presque détruite : mais après les généraux qui avaient fait la Grèce libre, vint l'homme d'État qui devait faire Athènes grande ; et Périclès devait semer les chefs-d'œuvre sur cette terre engraissée par le sang de l'ennemi.
Les Grecs, pour avoir sans cesse devant les yeux le danger auquel ils avaient échappé, et pour que ce danger entretînt le patriotisme
dans la jeunesse, avaient* décidé qu'on ne relèverait ni les temples abattus, ni les maisons brûlées : mais après trente-cinq ou quarante ans, ces ruines commencèrent à fatiguer leurs yeux , et Périclès , comme Néron , vit moyen de faire sortir de la ville détruite une ville plus belle.
Alors Athènes fut le rendez -vous de tous les artistes ; on vit s'élever à la fois des temples, des théâtres, des aqueducs et des ports : Phidias, l'auteur du Jupiter Olympien ; Praxitèle, l'auteur de la Vénus de Gnide ; Scophas, l'auteur de l'Apollon Palatin, luttèrent ensemble, et taillèrent les temples que devaient peindre Zeuxis , Parrhasius et Timanthe.
Il y eut bien au milieu de tout cela la guerre du Péloponèse entre Sparte et Athènes , qui dura vingt -sept ans, je crois, et dont Thucydide nous a laissé l'histoire ; mais, coïnme le dit Winkelmann , ces guerres entre villes du même pays , entre peuples voisins , entre
hommes parlant la même langue et adorant les mêmes dieux , ressemblaient plutôt à des querelles d'amants , qui ouvrent l'esprit et qui engagent le cœur, qu'à ces luttes mortelles dont la Grèce était sortie victorieuse mais sanglante. En effet , Athènes et Sparte luttaient non-seulement avec l'épée, mais avec le maillet et le pinceau : comme aux temps plus rapprochés de nous où les républiques de l'Italie rivalisaient entre elles de grandes actions et de grands monuments , Sparte et Athènes déployaient toutes leurs ressources pour faire pencher la balance chacune de son côté , et tandis qu'Athènes élevait son Parthénon, son Odéon et son Céramique, Sparte achevait, avec les dépouilles de Salamine, son portique des Perses , où , mêlées aux statues des libérateurs de la patrie, étaient sculptées les images des généraux barbares qu'ils avaient vaincus.
Puis pendant tout le temps que dura cette
Si LA PEINTURE
guerre , et Diodore de Sicile prend soin de nous le dire , pas un instant les artistes ne perdirent de vue le grand jour où leurs ouvrages, exposés aux yeux de toute la Grèce , étaient soumis aux jugements de leurs contemporains : ces jours étaient ceux des jeux olympiques, qui revenaient tous les cinquante mois, et ceux des jeux isthmiques, qui revenaient tous les trois ans. Alors, d'une convention unanime, du cap Ténare au mont Pangée, de Céphalonie à Chios, toutes les hostilités cessaient , les armes sanglantes étaient déposées pour revêtir les habits de fête. De toutes les parties de la Grèce on s'acheminait joyeusement vers Élis ou vers Corinthe , et , pour que nul ne fût privé d'un spectacle si attendu et si désiré , pendant ce grand jour il y avait trêve même pour les bannis : ainsi confondus dans cette grande fête artistique , les Grecs , de tous les partis et de toutes les nations, oubliaient un instant les malheurs
passés et les maux à venir, pour ne penser qu'à la splendeur que le concours de tant de grands hommes allait répandre sur la patrie.
Aussi les grands hommes , exacts au rendez-vous donné, parurent-ils presque tous à la fois : vers la soixante et quinzième olympiade, le philosophe Phérécide commença d'écrire en prose ; vers la soixante et dix-septième olympiade, Hérodote, quittant la Carie, vint lire en Élide son histoire aux Grecs assemblés ; vers le même temps, Eschyle, reposé de la bataille de Salamine , donnait la première tragédie régulière qui eût été faite depuis la soixante et unième olympiade, époque où l'art dramatique avait été inventé; Epicharme, poète et philosophe, faisait jouer les premières comédies, et Simonide, excité par les vers d'Homère qu'avait, dans la soixante -neuvième olympiade, commencé de chanter le rapsode Cyncethus de Syracuse, achetait par ses poë-
mes et ses élégies cette protection de Castor et de Pollux qui lui valut le surnom d'Aimé des dieux : alors tout marchait à la perfection qui est le but de tout. Dans la bouche de Gorgias , l'éloquence, qui jusque-là n'avait été qu'un instinct, devenait une science ; Athénagoras ouvrait son école et donnait des leçons publiques de philosophie à Athènes ; Pindare et Corinne se disputaient le prix de la poésie, qu'enlevait cinq fois Corinne ; Sophocle succédait à Eschyle, et Euripide à Sophocle; enfin, lorsque éclata la guerre du Péloponèse, Socrate avait déjà quarante ans, Hippocrate en avait trente, Aristophane en avait quinze, Antisthène était né, et Platon était sur le point de naître.
Enfin , quatre cent trente et un ans avant le Christ, cinquante ans après l'expédition de Xerxès, l'année même où Phidias achevait sa statue de Pallas, la guerre fut déclarée entre Sparte et Athènes; et telle était la richesse de
cette dernière ville , que, lors de son alliance avec Thèbes contre Lacédémone, on leva sur elle et sur son territoire une contribution de cinq mille sept cents talents attiques , c'est-àdire de treize millions huit cent mille francs de notre monnaie.
Ce fut la première année de cette guerre qu'eut lieu, sur le théâtre d'Athènes, le combat d'Euripide, de Sophocle et d'Euphorion, qui avaient, chacun, fait une tragédie de Médée. Euripide l'emporta sur ses rivaux. Et, au dire de Plutarque , l'amour des Athéniens pour les jeux scéniques était tel, que les représentations successives des Bacchantes , de Phœnice, à'OEdipe, à'Antigone et à' Electre, leur coûtèrent plus cher que ne leur avait coûté la guerre contre les Perses. Trois ans après la représentation de Médée, Eupolis donna ses comédies. Dans la quatre-vingtseptième olympiade, Aristophane fit jouer ses Guêpes, et pendant l'olympiade suivante on
représenta les Nuées et les Âcharniens* Ces représentations portèrent le goût des Athéniens pour ces spectacles à une telle rage, que vers la fin de la guerre du Péloponèse, c'està-dire au moment où Athènes était ruinée, il fut fait une distribution d'argent d'une drachme par tète, pour que les citoyens qui n'avaient pas de quoi manger pussent tromper leur faim en assistant aux représentations théâtrales.
Et tout marchait du même pas. Phidias faisait son Jupiter Olympien; Polyclète, sa statue de Junon d'Argos; Scophas, saNiobé1 ; Ctésilaùs, son Héraut mourant, chez lequel, au dire de Pline, on pouvait voir ce qui lui restait d'âme dans le corps; et Myron ses Bœufs magnifiques, que l'empereur Auguste
1 Une épigramme grecque attribue la Niobé à Praxitèle, mais Pline dit positivement qu'elle est de Scophas.
avait fait ranger autour de l'autel placé dans l'avant-cour du temple d'Apollon bâti sur le mont Palatin.
Après vingt-sept ans la guerre du Péloponèse avait cessé, mais pour faire place à celle entre Thèbes et Lacédémone, dans laquelle Athènes, délivrée de ses tyrans par Thrasybule, fut l'alliée de Sparte ; enfin, vers la cent quatrième olympiade, c'est-à-dire trois cent soixante-trois ans environ avant le Christ, les batailles de Leuctres et de Mantinée amenèrent cette glorieuse paix ensanglantée par la mort d'Epaminondas.
C'était l'époque où florissaient Parrhasius, Zeuxis, Pamphile et Timanthe. Nous avons dit quels étaient ces grands hommes, nous avons énuméré les chefs-d'œuvre qu'ils avaient produits ; ils s'éteignaient au momént où la Macédoine, restée jusqu'alors dans l'obscurité, commençait à s'élever par le génie de Philippe, et quelques-uns d'eux virent en-
core peut-être, avant de fermer les yeux, ce fol incendie du temple de Diane qui éclaira la naissance d'Alexandre.
Àpelles était né à cette époque. Comment le roi de Fart fit alliance avec le roi de la guerre, comment le grand homme devint l'ami du héros, on l'ignore : seulement, ce qu'on sait, c'est qu'Alexandre visitait familièrement Apelles, puisqu'un jour qu'Alexandre parlait de peinture dans son atelier, et raisonnait à tort et à travers sur cet art, Apelles lui conseilla, en souriant, de se taire, attendu que les petits garçons qui broyaient les couleurs dans un coin riaient de l'entendre parler ainsi; observation qui n'empêcha point Alexandre de lui donner Campaspe, la plus belle de ses maîtresses, qui lui avait servi demodèle pour sa Vénus Anadyomène, et de rendre une loi qui conférait au seul Apelles le droit de le peindre.
Enfin, trois cent trente-trois ans avant le
CHEZ LES ANCIENS. 4i>
Christ, comme Darius Codoman, continuant l'œuvre de ses prédécesseurs, qui, depuis cent cinquante ans, tenaient en servitude la Grèce d'Asie et attaquaient la Grèce d'Europe, tantôt avec des millions d'hommes, tantôt avec l'or et l'intrigue, rêvait une troisième invasion, Alexandre, après avoir détruit Thèbes à l'exception de la seule maison de Pindare, lève trente mille hommes d'infanterie et quatre mille cinq cents cavaliers, rassemble une flotte de cent soixante galères, se munit de soixante et dix talents, prend des vivres pour quarante jours, dit adieu à Apelles, part de Pella sa patrie, longe les côtes d'Amphipolis, passe le Strymon, franchit l'Eubée, arrive en vingt jours à Sestos, débarque sans opposition sur le rivage de l'Asie Mineure, visite le royaume de Priam, couronne de fleurs le tombeau d'Achille son aïeul maternel, traverse le Granique, bat les satrapes, tue Mithridate, soumet la Mysie et la Lydie, prend Sardes,
Milet, Halicarnasse, s'empare de la Galatie, traverse la Cappadoce, subjugue la Cilicie, rencontre dans les plaines d'Issus les Perses qu'il chasse devant lui comme une poussière, monte jusqu'à Damas, redescend jusqu'à Sidon, prend et saccage Tyr, fait trois fois le tour des murailles de Gaza, traînant à son char son commandant Bœtis, comme fit autrefois Achille à Hector; va à Jérusalem et à Memphis, sacrifie à Jéhovah et à Isis, redescend le Nil, visite Canope, fait le tour du lac Maréotis, arrive sur son bord septentrional, et, frappé de la beauté de cette plage et de la force de sa situation, se décide à donner une rivale à Tyr qui tombe, et à Carthage qui s'élève, et charge l'architecte de lui bâtir une ville qui s'appellera Alexandrie, tandis qu'il ferfc une pointe dans le désert pour aller prier au temple de son père Jupiter Ammon.
C'était l'âge des merveilles ; tout insensé que
parût un pareil ordre, Alexandre est obéi : l'architecte trace une enceinte de quinze mille pas, à laquelle il donne la forme d'un manteau macédonien ; coupe son plan par deux rues principales , dont une aura onze cents pas, l'autre cinq mille pas de longueur, toutes deux cent pieds de large, et la ville s'élève non pas peu à peu, comme ont coutume de s'élever les villes , mais sort tout armée comme Minerve du cerveau de Jupiter.
Le jeune vainqueur revient et trouve sa ville bâtie et habitée ; elle a des dieux dans ses temples , un peuple dans ses rues , des vaisseaux dans ses ports ; l'Egypte nouvelle va succéder à la vieille Egypte, à cette Egypte mystérieuse descendue de l'Ethiopie avec le Nil , et qui n'existe plus que dans les ruines d'Eléphantine et de Thèbes. Memphis la Troyenne, qui leur a succédé , va bientôt passer à son tour , si bien que la belle cité grecque n'a pas de rivale à craindre et que , sûr
de ses destins, son fondateur peut marcher à de nouvelles victoires.
Couchée entre son lac et ses deux ports , baignant ses pieds dans le golfe Cyrénaïque et mirant son front dans la mer de Syrie , Alexandrie écouta le retentissement de ses pas , qui s'enfonçaient vers l'Euphrate et le Tigre. Une bouffée du vent oriental lui apporta le bruit de la bataille d'Arbelles ; elle entendit comme un écho sombre la chute de Babylone et de Suse ; elle vit rougir à l'horizon l'incendie de Persépolis; puis enfin cette rumeur lointaine se perdit derrière Ecbatane, dans les déserts de la Médie, de l'autre côté du fleuve Arius.
Huit ans après, Alexandrie vit entrer dans ses murs un char funèbre roulant sur deux essieux , autour desquels tournaient quatre roues à la persane, dont les rayons et les jantes étaient dorés ; des têtes de lions d'or massif, dont la gueule mordait une lance ,
formaient l'ornement des moyeux : il y avait quatre timons à chacun desquels était attaché un quadruple rang de jougs , et quatre mulets étaient attelés à chaque joug; chacun d'eux avait sur la tête une couronne d'or, des sonnettes d'or aux deux côtés de la mâchoire, et autour du cou des colliers chargés de pierres précieuses. Sur ce char était une chambre d'or voûtée, large de huit coudées et longue de douze; le dôme était orné de rubis, d'escarboucles et d'émeraudes ; au devant de cette chambre régnait un péristyle d'or soutenu par des colonnes d'ordre ionique, et dans ce péristyle étaient appendus quatre tableaux. Le premier de ces tableaux représentait un char richement travaillé; un guerrier y était assis , tenant en main un sceptre magnifique, et autour de lui marchaient la garde macédonienne et le bataillon des Perses avec leur avant-garde formée par les oplites. Le second tableau se composait du train des éléphants
armés en guerre , portant sur leur cou les Indiens et en croupe les Macédoniens couverts de leurs armes. Dans le troisième on avait figuré les corps de cavalerie, imitant les manœuvres et les évolutions du combat. Enfin le quatrième représentait des vaisseaux en ordre de bataille et prêts à attaquer une flotte que Ton voyait dans le lointain. Au-dessus de cette chambre , c'est-à-dire entre le plafond et le toit, tout l'espace était occupé par un trône d'or carré , orné de figures en relief d'où pendaient des anneaux d'or, et dans ces anneaux d'or étaient passées des guirlandes de fleurs qu'on renouvelait tous les jours. Au-dessus du faîte était une couronne d'or d'une assez grande dimension pour qu'un homme de haute taille pût tenir debout dans le cercle qu'elle formait ; et lorsque la lumière du soleil frappait dessus, elle lui renvoyait ses rayons en éclairs. Enfin dans cette chambre, qui formait le centre du char, était cou-
ché sur des aromates le cadavre d'Alexandre.
Celui qui se disait un dieu avait fait à Babylone un excès de table, et la mort, à trentedeux ans, était venue lui rappeler qu'il n'était qu'un homme.
C'était un des douze capitaines que la mort de leur général avait faits rois, et un des quatre qui devaient conserver leur royaume, qui menait le deuil : dans ce grand partage du monde, accompli autour de ce cercueil, Ptolémée, fils de Lagus , qui se vantait d'être le frère d'Alexandre , et qui était certainement l'un de ses plus chers favoris , avais pris pour lui l'Égypte , la Cyrénaïque , la Palestine , la Phénicie et l'Afrique ; puis , comme un palladium qui devait, pendant trois siècles et demi, conserver l'empire chez ses descendants , il avait détourné de sa route le corps d'Alexandre, et le ramenait demander une tombe à la ville à laquelle il avait donné un berceau.
Voilà donc ce que vit Apelles. Quoiqu'on ignore l'époque précise de sa mort, il est certain qu'il survécut à Alexandre, puisque Pline raconte, comme une preuve de son habileté à saisir la ressemblance, qu'une tempête l'ayant jeté sur la côte d'Egypte et contraint de débarquer à Alexandrie, d'autres peintres, jaloux de lui , subornèrent le bouffon du roi, qui l'invita faussement à venir souper avec son maître. Sans doute Ptolémée, tout auteur 1 et tout amateur des sciences et des arts qu'il fût , n'aimait point personnellement Apelles, car à peine i'eut-il aperçu qu'il se leva furieux, et, montrant à l'artiste ses vocatores, lui demanda lequel d'entre eux l'avait invité de sa part. Apelles alors prit au foyer un charbon éteint et commença de tracer un portrait sur la muraille. Mais avant même que la tète ne fût finie, Ptolémée l'arrêta. Aux pre-
1 Ptolémée avait écrit une relation des campagnes d'Alexandre qui a été perdue.
miers traits il avait reconnu son bouffon.
Pendant tout le règne d'Alexandre, et tandis que le conquérant allait chercher des aventures dans la Perse et dans l'Inde , les Grecs , sous le gouvernement d'Antipater , avaient joui d'une longue paix; ce fut sans doute pendant cette paix, dont l'indolente douceur fit relâcher Sparte elle-même de son austérité, que fleurirent, successeurs des Phidias , des Praxitèle et des Myron , Lysippe de Sicyone, qui fondit en bronze les vingt et une statues équestres des gardes à cheval d'Alexandre qui perdirent la vie au passage du Granique en défendant celle de leur maître, et qu'après la conquête de la Macédoine Métellus fit enlever de Dicée et transporter a Rome ; Agésandre, Polydore et Athénodore, auteurs du Laocoon ; et Pyrgotélès , le graveur , qui avait, comme Apelles en peinture et Lysippe en statuaire, le privilège de graver seul la tête d'Alexandre.