‹ La peinture chez les anciensChapitre 4 sur 7 · U4 LA PEINTURE · texte numérisé non relu

U4 LA PEINTURE

l'époque où nous sommes arrivés, le censeur Fulvius fit transporter à Rome les tuiles de marbre qui couvraient le temple de Junon Lucinia, situé près de Crotone, pour en faire la couverture d'un nouveau temple que luimême avait fait vœu de bâtir. En même temps son collègue, le censeur Émilius, faisait paver un marché de la même matière; mais pour garantir cette merveille d'une trop prompte destruction , on l'avait entourée d'une palissade qui ne s'ouvrait que certains jours de la semaine.

Au reste il était facile de reconnaître les statues antérieures à la 120e olympiade, c'està-dire à l'an 454 de la fondation de Rome, en ce qu'elles avaient toutes la barbe et les cheveux longs , les barbiers , au dire de Plutarque, étant vers cette époque seulement venus de Sicile. Scipion l'Africain portait encore cette coiffure primitive dans son entrevue avec le roi Massinissa.

Quant à la peinture , c'était encore par les Étrusques qu'elle était pratiquée à Rome; ils avaient orné de leurs fresques un temple de Cérès ; et ces fresques passaient pour de tels chefs-d'œuvre que, lors de la reconstruction de ce temple, on enleva ces peintures en sciant, pour les conserver intactes, une partie de la muraille. Et il fallait bien que cette pénurie d'artistes indigènes fût grande, puisque Quintus Fabius , qui après la bataille de Cannes fut envoyé à Delphes pour consulter l'oracle, l'an 450 de Rome, reçut, pour avoir peint le temple du Salut, situé sur le Quirinal, le surnom de Pictor, qui fut depuis affecté à l'illustre famille Fabia. Au reste, ces peintures demeurèrent à Rome , comme les premiers essais de l'art, jusqu'au règne de Claude, époque à laquelle ce temple fut brûlé.

Deux ans après , Tibérius Gracchus , ayant remporté sur les Carthaginois, commandés

par Hannon, une grande victoire, fit peindre, dans le temple de la Liberté à Rome, les fêtes qu'il avait données à son armée dans la ville de Bénévent. Ces fêtes consistaient en dîners publics dans lesquels on voyait les citoyens servir les vainqueurs, qui cependant n'étaient en grande partie que des esclaves à qui Tibérius Gracchus avait promis la liberté.

Pacuvius, neveu d'Ennius et poëte comme son oncle , fut le dernier citoyen recommandable qui, au dire de Pline, exerça l'art de la peinture. Il avait décoré le temple d'Hercule situé dans le marché aux Bœufs, et Je succès de ses pièces de théâtre avait donné une nouvelle célébrité à ses autres travaux ; mais vers le même temps les Romains, qui, ainsi que je l'ai dit , commençaient à devenir une puissance , ayant été appelés par les Etoliens à leur secours contre les Achéens, et ayant passé du parti de leurs premiers alliés à celui de leurs ennemis , eurent occasion de comparer

les peintures grecques aux essais informes qu'ils avaient vus à Rome. L'admiration pour les productions étrangères les ayant naturellement conduits au mépris des productions indigènes , ils jugèrent inutile de se donner une plus longue peine pour arriver au degré de perfection où étaient parvenus les Grecs , et trouvèrent qu'il était bien plus simple d'envoyer à Rome des chefs-d'œuvre tout faits que de perdre leur temps à essayer d'en faire. Au reste cette campagne des Romains eut un résultat excellent pour l'art. Quintus Flaminius prit Corinthe et força Philippe à une paix dont l'un des articles fut : qu'il évacuerait toutes les îles grecques dans lesquelles il avait garnison , et cela avant le retour des jeux isthmiques. Cette convention exécutée, Quintus Flaminius déclara les Grecs libres. Les Grecs tombèrent à genoux , et , dispensés de lui obéir comme à un maître , l'adorèrent comme un dieu. Cela se passait i. ' 9

après la seconde guerre punique, c'est-à-dire vers Fan 497 avant le Christ.

Ce moment de liberté produisit en Grèce une recrudescence de l'art , quelques maîtres reparurent, de second ordre il est vrai, mais hommes de talent sinon de génie : c'étaient les Antée , les Polyclète , les Callistrate , les Athénée, les Callixène, les Pythias et les Métrodore , dont les productions , dont on peut retrouver la liste dans Pline, signalent le dernier âge de l'art grec.

Mais les premiers chefs-d'œuvre apportés à Rome le furent par Claudius Marcellus et venaient de Syracuse, qu'il avait prise: c'étaient des statues et des tableaux du beau temps et de la belle école grecque ; aussi ces statues et ces tableaux destinés à la décoration du Capitale et à l'ornement d'un temple , qu'au dire de Plutarque il éleva vers la porte de Capène, produisirent-ils un véritable enthousiasme.

Il en fut de même pour la ville de Capoue : Fulvius Flaccus, l'ayant prise, la dépouilla de tous les objets d'art qu'elle possédait , et les envoya à Rome.

Puis, vers le même temps où Scipion l'Africain détruisait Carthage , Mummius prit Corinthe et trouva , dans la lave qui coulait de l'incendie , ce précieux métal , composé d'or, d'argent et de bronze , pour lequel devaient se ruiner les Romains du temps de Claude et de Néron.

Enfin , Antiochus fut vaincu ; et cette victoire, en livrant aux Romains l'Asie Mineure jusqu'au mont Taurus, leur livra ces richesses étranges, inconnues, inouïes, où devaient, au pied du tombeau des Gracques et des Scipions, s'éteindre les restes de leurs vieilles vertus.

A partir de ce moment Rome marcha vers la monarchie universelle, absorbant au profil de sa propre gloire tout ce que, dans ses con-

quêtes successives, elle trouva de grand et de beau. Alors elle ne comptait plus sa population territoriale comme aux temps dont parle Tite-Live , mais la population de Rome seule; et cette population, au dire d'Eusèbe, cinquante ans avant le Christ, c'est-à-dire du temps de César, se montait à peu près à trois millions d'habitants non compris les femmes, les enfants , les vieillards et les étrangers : mais alors Rome était la capitale du monde, et partout où n'était pas Rome il n'y avait rien.

C'est qu'en effet , arrivée à cette époque , Rome n'est pas encore la reine du monde , elle n'en est que la maîtresse. A son territoire italien, qu'elle a conquis avec tant de peine, et après cinq cents ans de lutte, Duilius a réuni la Sardaigne, la Corse et la Sicile; Scipion , l'Espagne ; Paul Emile , la Macédoine ; Sextius, la Gaule Transalpine ; Scipion Emilien, le littoral de l'Afrique; Pompée, la Syrie

et le Pont ; Marins, Ja Numidie; Jules César, les Gaules et l'Angleterre -, enfin, elle a hérité : la Bithynie, de Nicomède; Pergame, d'Attale; et la Libye , d'Apion ; si bien que les limites de la république s'étendent , à l'orient , jusqu'à l'Euphrate; au midi, jusqu'au grand dé sert; au nord , jusqu'à la Germanie: à l'occident, jusqu'à l'Atlantique.

Depuis longtemps la Rome de bois a fait place à la Rome de brique, et la Rome de brique, à son tour, commence à disparaître sous les pieds de la Rome de marbre. Circonscrite d'abord dans le sillon que la charrue de Romulus a tracé autour du mont Palatin , elle a successivement fait craquer ses trois enceintes de murs , envahi les six collines qui entouraient son berceau, et couvert de ses faubourgs, de ses jardins et de ses villas, le territoire qu'elle avait trouvé occupé par sept peuples. Comme un riche patricien a un château d'été , la voluptueuse qu'elle est , a

une ville de campagne qu'on appelle Naples. Les dépouilles du monde entier sont venues, comme nous l'avons dit, grossir son trésor; les chefs-d'œuvre de la Grèce, envoyés de Syracuse par Marcellus , de Corinthe par Mummius, et d'Athènes par Sylla, ornent ses places publiques et ses palais. Il y a plus : inhabile à la peinture et à la statuaire , elle s'est réfugiée dans l'architecture, et elle s'essaye à bâtir ces monuments gigantesques dont elle couvrira le monde : déjà elle a bâti ou va bâtir sur son Forum la basilique Émilia, dont les deux cents colonnes sont de marbre de Phrygie : le temple de Saturne , qui renferme le trésor de la république et dont le fronton est surmonté de dieux marins sonnant de la trompette ; le temple de Vesta , qui est couvert en airain de Syracuse; le temple de la Fortune , dont le péristyle est soutenu par dix colonnes; le temple de Castor et Pollux, qui est situé sur l'emplacement de la fontaine

où les deux frères divins se baignèrent en revenant de combattre avec l'armée romaine à la bataille de Régille ; le temple de la Félicité, qui occupe remplacement de l'ancienne curie Hostilia; enfin, le Grsecostase, où les ambassadeurs des rois étrangers attendaient l'audience du sénat romain.

Sur son Champ-de-Mars , en entrant par la porte Flumentane, on aperçoit, isolés entre la voie Triomphale et le Tibre , les trois temples de l'Espérance, de Junon-Reiné et de la Piété ; tandis que de l'autre côté de la voie s'élèvent : le Forum-Olitorium, où les paysans des environs viennent étaler le produit de leurs jardins ; le temple de Janus, %ui n'a été fermé que deux fois encore depuis cinq cent cinquante ans qu'il est bâti; le temple d'Apollon, qui touche à la maison de Quintus Cicéron , frère de l'orateur ; le théâtre de Cornélius Balbus, qui fait face au temple de l'Hercule aux muses ; le temple de Bellone et

sa colonnette guerrière , du haut de laquelle on lance la javeline hostile vers le côté du monde où Rome veut porter la guerre; le cirque de Flaminius, qui a donné son nom à toute la région; le théâtre de Pompée, où pour la première fois, depuis les tuiles de Crotone, au milieu de la Rome républicaine, le marbre aristocratique a été employé, et devant lequel s'étend un portique qui repose sur cent colonnes dont les intervalles et les extrémités se ferment avec des voiles d'étoffe attaliques , tandis que derrière lui sa curie touche , par une promenade plantée d'arbres et ornée de statues , au stade de Jules César ; puis, à l'extrémité opposée du Champ-de- Mars, en le traversant dans toute sa largeur, pour aller du Tibre au mont Quirinal, le temple d'Isis, au milieu de ses jardins ; et enfin les Septa Julia , bazar splendide , où l'on vend des coupes de myrrhe, des tables de bois en citre, des lits d'écaillé incrustés d'or,

des vases d'airain de Corinthe, des statues de Polyclète, des plats ciselés par Évandre, et des vases murrhins qui viennent du royaume des Parthes, et dont quelques-uns valent jusqu'à trois cent mille francs.

Dans ces temples, devant les péristyles, sous les portiques, circulent, non plus les matrones du temps de Cornéiie, vêtues de longues stoles qui couvraient leurs poitrines et retombaient jusqu'à leurs talons, enveloppant leur taille des plis du palïa , couvertes d'un voile qui cachait leur visage, et dont les enfants étaient les seuls bijoux, mais d'élégantes coquettes, qui se sont fait apporter aux portes Triomphale, Flumentane ou Carmentaie , mollement étendues dans des litières aux rideaux de soie et d'argent, précédées de deux coureurs africains ceints autour des reins seulement , pour mieux faire ressortir l'ébène de leur peau , de la toile la plus fine et la plus blanche d'Égypte , portées par six

esclaves vêtus de magnifiques penulœ, accompagnées d'une suivante qui, à l'aide d'un parasol couvert de plumes de paon, intercepte les rayons du soleil, et suivies de deux Liburniens qui tiennent chacun un petit marchepied qu'ils posent , lorsque le cortège royal s'arrête , chacun d'un côté de la litière , afin que la dame paresseuse n'ait pas même besoin de faire un signe pour indiquer de quel côté elle veut descendre.

A l'entrée du champ, car on disait alors à Rome le champ, comme on dit aujourd'hui à Paris le bois, h l'entrée du champ, dis-je, elles ont laissé dans leurs litières leurs manteaux, et elles n'ont conservé qu'une tunique si légère et qu'un voile si transparent qu'on dirait d'une vapeur tissue.

Elles marchent suivies d'esclaves , vieilles ou laides, ombres que la Mauritanie ou la Libye ont fournies à leur beauté , froissant entre leurs mains des boules d'ambre jaune

qui donnent d'abord une fraîcheur douce, puis en s'échauffant un parfum suave. Quelques-unes, encore plus raffinées dans leurs recherches contre la chaleur, portent autour du cou, au lieu de colliers, de petits serpents privés , qu'elles laissent flotter sur leur sein pour le rafraîchir par le contact de ces animaux à sang glacial , tandis qu'autour d'elles comme autour de nos femmes modernes, dahlias vivants des Tuileries, papillonnent les dandys, s'empressent les trossuli et les beaux, ces modèles de l'élégance romaine, qui ont tellement raffiné tout qu'à leur avis Alcibiade n'élait qu'un crocheteur : on les reconnaît facilement à leur chevelure parfumée de baume et de cinnamome , qu'ils partagent au milieu de la tête et que le fer roule en longs anneaux des deux côtés de leurs tempes; à leur visage sans barbe ou à leur barbe taillée avec art , de manière que les uns n'ont que des moustaches et les autres qu'un collier; à

leurs toges transparentes ou pourprées , dont les manches démesurées couvriraient la main tout entière , s'ils n'avaient soin d'élever la main pour que ces manches, en se retroussant, laissent voir leurs bras polis à la pierre ponce , et leurs doigts couverts , dès le mois de mars , de bagues d'été , trop faibles qu'ils sont, par la chaleur naissante du printemps, pour porter encore leurs bagues d'hiver. Les uns ont le visage couvert de vermillon et de mouches, comme les histrions grecs qu'on met en étalage aux boutiques des marchands d'esclaves, et font siffler des baguettes sur lesquelles ils ne peuvent s'appuyer tant elles sont frêles et pliantes ; les autres parlent d'un ton mou et languissant , et marchent en s'appuyant sur l'épaule d'un jeune et bel esclave circassien , comme si les travaux herculéens de leurs nuits ne leur laissaient pas de force pour leurs promenades du jour : ceux-ci, au contraire , se balancent et sautillent en mar-

chant , comme si leurs pas étaient réglés par une musique qu'eux seuls entendent ; ceuxlà, enfin, qui sortent des thermopoles la langue encore épaisse par le vin cuit qu'ils ont bu , chantent les voluptueuses chansons de Cadix et d'Alexandrie , dont une courtisane nue leur a fait entendre les airs sur la flûte tibicine. Tous ont aux portes du champ leurs équipages, qui les attendent pour les ramener chez eux ; ce sont des mules espagnoles chargées de riches housses de pourpre et de harnais couverts d'or , guidées par des coureurs aux robes retroussées, dont le pas est si agile qu'ils devancent la monture de leur maître, quelle que soit l'allure qu'elle prend. Ce sont des cisii légers, espèces de tilburys antiques, garnis de tapis précieux , auxquels on attelle trois chevaux de front, et devant lesquels courent , en aboyant , une troupe de chiens molosses aux cous parés de colliers d'or armés de pointes de fer; des petorita , imités des

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chars gaulois, dont la conquête transalpine a fait naître la mode , et dont les ciselures d'airain, d'ivoire ou d'argent rehaussent, par des détails élégants , la forme tant soit peu commune; enfin, au milieu de cette foule d'esclaves et de maîtres , circule le parasite , au visage souriant , qui cherche un dîner qu'il payera avec des louanges, et le mendiant, aux cheveux ras, qui assure sa marche sur un bâton entouré de bandelettes.

Maintenant descendons de l'aristocratie au peuple, et voyons ce que c'était que ces trois millions d'hommes qui fourmillaient dans les rues de la capitale du monde.

C'était un mélange singulier de vieux Romains, de provinciaux, d'hommes libres, de citadins et d'étrangers. La citoyenneté s'était étendue d'un côté jusqu'à l'Euphrate, et de l'autre jusqu'à l'Océan , de sorte que de tous les points de l'empire il arrivait des citoyens à Rome, qui de son côté renvoyait des colo-

nies aux deux bouts de l'univers. C'était un grand système de la circulation du sang appliqué au monde tout entier 5 le Capitole était le cœur, et les voies publiques les artères : de tous les points de cette immense circonférence dont il était le centre, ce peuple avait vu successivement arriver les richesses de l'Asie, de l'Afrique , de l'Egypte et des Gaules ; il avait tant d'or, que du temple de Saturne, qui ne pouvait plus le contenir, on en porta une partie au Capitole : il avait tant de statues, que ses rues en étaient encombrées ; on fut obligé de rendre un édit pour enlever la faculté d'en dresser de nouvelles à quiconque de ses propres deniers n'aurait pas restauré un édifice public : il avait tant de temples, de basiliques et de bains qu'un million d'hommes, plutôt que de remonter tous les soirs dans leurs chambres du sixième ou septième étage , se couchaient dans les entre-colonnements et les portiques; aussi savait-il bien, ce peuple, qu'il

était devenu grand seigneur , et ne voulait-il plus travailler : il abandonnait en conséquence les métiers et le commerce à ses esclaves, et. quand la faim le pressait, il s'amassait sur la place publique et demandait, de sa voix puissante et universelle, du pain. Alors on lui distribuait, sous le nom de gratification des aumônes de trente, de quarante, de cent, de deux cents sesterces par homme : seize millions y passaient en un jour. Qu'importe? Rome n'avait-elle pas vingt rois pour tributaires ? A peine l'argent touché, il allait dans ses tavernes , où pour un as il trouvait à se repaître, et une fois repu il revenait demander des spectacles. Alors on le rangeait aux deux côtés, de la voie Triomphale, et l'on faisait passer devant lui Paul-Émile remontant le Tibre sur la galère capitane du roi Persée, Pompée traînant à sa suite le roi des Juifs, la

1 Congiaria. '

sœur de Mithridate, la mère de Tigranc, douze fils de rois, cent vingt satrapes et deux cent quarante généraux ; César vêtu du costume de Jupiter très-bon et très-grand , les bras et la figure couverts de vermillon , précédé de trois cents enseignes conquises, et suivi de trois tableaux dont le premier représentait Lucius Scipion se jetant dans les flots; le second, Pétréius se poignardant au milieu d'un repas ; et le troisième, Caton d'Utique se déchirant les entrailles. Puis, lorsqu'il était las de voir passer en personne des rois captifs, et en image des républicains qui voulaient rester libres , on faisait venir pour lui des éléphants de l'Inde, des crocodiles du Nil, des serpents d'Afrique, des rhinocéros de Zahara, des lions de l'Atlas, des danseurs de Cadix , des gladiateurs des Gaules , des histrions d'Athènes. On ouvrait les cirques, les théâtres et les naumachies, et après avoir dépensé un milliard en jeux ou en fêtes, César

venait humblement demander à ce peuple souverain s'il était satisfait et s'il voulait bien le nommer pontife ou préteur.

Et il nommait à toutes les charges auxquelles il désirait être nommé! c'est que César était à la fois le modèle de l'aristocratie et l'idole du peuple : nul homme peut-être n'a jamais été le type le plus parfait de son temps.

Après avoir dit ce qu'était Rome, l'aristocratie et le peuple, disons donc ce qu'était César , et l'on aura une idée complète de ce qu'était cette époque, où il y avait si peu de place pour l'art que l'on comprendra qu'elle ait dû amener sa complète décadence.

A l'heure où nous sommes arrivés, César a cinquante ou cinquante-cinq ans, la taille haute, les membres arrondis, le teint blanc, le nez aquilin, les lèvres grosses, les yeux noirs et vifs comme ceux d'un faucon, la barbe épilée avec soin, et la tête ceinte d'une

couronne de laurier sauvage qui empêche de voir qu'il est chauve. Sur sa tunique, qui est faite d'une étoffe asiatique, brodée de palmes d'or, il porte la toge sénatoriale qu'on appelle le laticlave à cause du nœud de pourpre en forme de clou qui lui sert d'ornement. Contre l'habitude, ce vêtement chez lui est bordé d'une frange d'or qui lui descend jusqu'aux mains, et, contre l'habitude encore, ses mains ne portent d'autres bagues qu'un simple anneau de fer antique, récompense de la vertu guerrière ; enfin sa ceinture, au lieu de serrer le bas de sa taille, flotte libre et lâche, et ses brodequins d'écarlate sont fermes et retenus par leur croissant d'or. Quand il passe vêtu de ce costume, descendant vers le portique de Pompée ou montant au Capitole, chacun s'écarte devant lui , lui livre passage et se met à sa suite comme à celle d'un empereur.

C'est que, comme nous l'avons dit, cet homme c'est César, c'est-à-dire le type le plus

parfait qui ait jamais existé ; la nature lui a accordé tous les accomplissements. Les autres hommes ont des défauts et des qualités; lui, il a tous les vices et toutes les vertus : si bien que Ton dit h la fois de lui : C'est une femme et c'est un héros; c'est le divin Jules, qui, par ses aïeux maternels, remonte à Ancus Marcius , quatrième roi de Rome, et, par ses aïeux paternels, à Vénus, déesse de la beauté; c'est César l'homme aux quatre faces : César l'ambitieux, César le prodigue, César le voluptueux, et César le conquérant.

César l'ambitieux, qui, étant enfant, a rêvé qu'il violait sa mère , et en a auguré qu'il conquerrait le monde; qui , à l'âge de vingtcinq ans, pleurait devant la statue d'Alexandre , honteux de n'avoir rien fait encore h l'âge où celui qu'il s'était proposé pour modèle avait déjà conquis l'Asie et l'Inde ; qui préférait être le premier d'un pauvre village des Alpes que le second à Rome; qui . grâce

à son alliance avec Pompée et avec Pison , a pu , comme il l'a dit , marcher sur toutes les têtes, et qui a sans cesse à la bouche cette maxime : que s'il est permis de violer les lois d'un pays, c'est pour se faire empereur !

César le prodigue, qui, sans patrimoine, a acheté le pontificat, et le pontificat lui a coûté quatre millions ; qui a acheté le consulat, et le consulat lui a coûté six millions ; qui a acheté la questure , et la questure lui a coûté huit millions, de sorte qu'arrêté par ses créanciers au moment où il allait partir pour l'Espagne, le riche Crassus a été obligé de répondre pour lui de vingt-cinq millions, la moitié de ses dettes à peu près, quoiqu'il eût quelque temps auparavant volé au Capitole trois mille livres pesant d'or en lingots, qu'il avait remplacées par du cuivre doré ; César le prodigue, qui partagea aux pauvres les champs hellatiens réservés aux dieux , et les plaines de la Campanie réservées à la république;

qui faisait aux fermiers de l'État la remise d'un tiers de leur bail , et donnait à chacun de ses soldats un esclave et un quartier dé terre; qui, plus riche et plus puissant que les rois, faisait des cadeaux aux rois , envoyant aux uns dix mille captifs et aux autres vingt millions ; qui , à propos de la mort de sa fille , donna un combat de gladiateurs et un repas à tout le peuple , ce que personne n'avait fait avant lui ; qui , à l'occasion de ses victoires , fit célébrer des fêtes publiques dans lesquelles on joua des comédies en cinq langues différentes , des jeux dans lesquels les enfants des premières familles d'Asie et de Bithynie dansèrent la pyrrhique, des chasses pour lesquelles on fit descendre dans le Cirque trois cents lions , trois cents tigres , quarante éléphants et deux armées; des naumachies dans lesquelles , sur un lac creusé à ses frais , des galères à deux, trois et quatre rangs de rames se heurtèrent sous les noms de flotte tyrienne

et égyptienne ; enfin des repas pour lesquels on dressa dans les rues et sur les places vingt mille, tables, trois fois renouvelées par jour pendant cinq jours, et autour desquelles on versait le vin de Chio par amphores et le vin de Crète par tonneaux !

César le voluptueux, qui commença par être la maîtresse de Nicomède et qui finit par être l'amant d'Octave ; qui fit raser une de ses maisons située dans le quartier des courtisanes afin de la faire rebâtir plus en harmonie avec les plaisirs auxquels elle était destinée ; qui portait avec lui, à la guerre, des parquets en marqueterie et des pavés en mosaïque ; qui attaqua la Grande-Bretagne dans l'espérance d'y trouver des perles plus grosses et plus blanches que celles d'Orient; qui, dans les édits de Bibulus, son collègue, était qualifié du titre de reine de Bithynie , et qui répondit en riant à cette injure que Sémiramis s'était assise seule sur le trône assyrien , et que

les Amazones avaient dominé une partie de l'Asie ; qui, mari de toutes les femmes et femme de tous les maris , avait eu pour maîtresses Posthumie, épouse de Servius Sulpicius; Lottie , épouse d'Aulus Galbinius ; Tertullie , épouse de Crassus; Mucie , épouse de Pompée; Eunoé, épouse du roi more Bogude; et qui , pour une nuit d'amour, avait donné à Servilie une perle de douze cent mille francs, et pour une nuit de plaisir le royaume d'Egypte à Cléopâtré.

César le conquérant, qui, faisant ses premières armes en Asie, a commencé par obtenir la couronne civique au siège de Mitylène ; qui, passant en Espagne, a soumis la Galice et la Lusitanie; qui, franchissant les Alpes et descendant dans les Gaules , a emporté de force huit cents villes , subjugué trois cents peuples, soumis toute la partie de notre France située entre le Rhône et le Rhin , c'est-à-dire, au calcul de Suétone, un circuit

de trois millions deux cent mille pas ; qui , n'ayant plus rien à faire sur le continent, traversa le détroit et conquit l'Angleterre; et qui, n'ayant plus rien à faire, revint conquérir Rome, où il triompha cinq fois pour avoir vaincu Arioviste, Caractacus, Arsinoé, Pharnace , Juba et enfin Pompée , qui avait luimême vaincu douze millions cent quatre-vingt mille hommes, coulé à fond ou pris huit cent quarante-six vaisseaux, reçu à composition quinze cent trente-huit villes, et soumis tout le pays qui s'étend depuis le lac Méotis jusqu'à la mer Rouge, ainsi que l'atteste l'inscription gravée dans le temple qu'à son retour de l'Asie le vainqueur de Tigrane , d'Artocès , de Darius, d'Orosa et d'Antiochus, avait élevé à Minerve.

Enfin César l'heureux, qui, au moment où

il allait peut-être gâter cette belle vie et perdre

cette grande popularité, trouva une vingtaine

de fous comme Brutus et Cassius, pour lui i. 11

épargner la honte d'un revers, la souffrance d'une maladie et les infirmités de la vieillesse.

Voilà la ville , voilà le peuple , voilà les hommes qui se sont constitués , de leur propre autorité , les héritiers du monde ; et le monde, obéissant, a livré dans son agonie tout ce qu'il possédait de riche, de beau et de grand : ses trésors , ses tableaux, ses statues; puis Rome, comme le gouffre de Curtius, a tout englouti, et va se refermer sur eux.

On comprend qu'au milieu d'une semblable vie, d'une pareille agitation, d'une telle lutte , il était impossible à Rome de cultiver les arts : la vie politique dévorait tout. On commençait par acheter l'édilité : l'édilité s'accordait, il est vrai, par l'élection; mais elle n'en coûtait que plus cher, car il fallait acheter les électeurs. En général, on y laissait son patrimoine ; mais le premier pas était fait, et, en se ruinant, on avait agrandi son

crédit. L'édilité était gratuite; mais, si on n'y touchait rien, en revanche on y dépensait beaucoup, car il fallait, au moins deux fois Tan, donner des jeux au peuple : le peuple était-il mécontent,, il tournait à un autre qui promettait davantage que vous n'aviez donné, et il vous laissait sans patrimoine et sans crédit; était-il content, il vous nommait préteur, c'est-à-dire roi : roi de la Grèce, roi de l'Égypte, roi de l'Espagne, roi de la Gaule ou roi de Syrie ; et plus que roi, car la province qu'il vous donnait ainsi , c'était votre province; les temples des dieux, c'était à vous; les palais des chefs, c'était à vous ; les maisons des citoyens, c'était à vous ; vous pouviez tout prendre, tout piller, tout emporter, sans que personne eût le plus petit mot à dire ; à moins que vous ne fussiez maladroit ou insolent comme Verrès, et que vous n'eussiez eu le malheur de tomber sur quelques diamants, or, argent, airain , statues , tableaux , bronze

de Corinthe, tapis de Perse, vases murrhins. Alors vous faisiez trois parts : la part des dieux, la part du peuple, votre part. Ce que vous ne vouliez pas, vous le donniez aux dieux ; le peuple était un peu plus difficile : il lui fallait des bains et des cirques; le tiers de ee que vous aviez volé y passait , mais il vous restait encore les deux tiers pour vous faire bâtir des maisons avec des bibliothèques, des galeries, des cabinets de curiosités. Alors, assis dans votre chaise d'ivoire, vous faisiez le Mécène , vous deveniez artiste au milieu des chefs-d'œuvre de l'art, et vous faisiez venir quelque pauvre sculpteur grec, non pas même pour qu'il fît devant vous une statue, mais pour qu'il cassât la tête de quelque chef-d'œuvre de Praxitèle ou de Phidias, pour y substituer la vôtre.

Les commencements du règne d'Auguste achevèrent de ruiner l'art en Grèce, car quelques villes de l'Attique , de l'Élide et de

l'Achaïe ayant pris le parti d'Antoine , et Antoine ayant été battu à Actium, ces villes perdirent leurs privilèges; et Auguste, pour punir les Athéniens, leur ôta entre autres choses la ville d'Érétrie et File d'Égine. Tout ce qui restait d'artistes en Grèce quitta dès lors ce malheureux pays , et s'en vint chercher fortune à Rome.

Le moment était bon : tout le monde était las de guerre ; Pompée avait été assassiné en Egypte, Caton s'était ouvert les entrailles à Utique , Brutus était resté sur le champ de bataille de Philippes, Antoine était mort de ses blessures dans la pyramide de Cléopâtre ; il ne restait plus rien de la vieille Rome ; Auguste restait seul et vainqueur, il venait de fermer le temple de Janus , et dans un beau moment d'enthousiasme il avait dit : « J'ai reçu une Rome de brique, je laisserai une Rome de marbre ; » et comme il avait prononcé ces paroles assez haut pour qu'elles

fussent entendues de ses courtisans, ses courtisans s'étaient mis à l'œuvre : Asinius Pollion avait fait bâtir un sanctuaire à la Liberté; Balbus , un théâtre ; Philippe , des murs ; et Agrippa, son Panthéon, dix ou vingt aqueducs, cent cinquante fontaines et cent soixante et dix bains.

Aussi y eut-il un moment de recrudescence pour l'art, comme parfois, au commencement de l'hiver, il y a des jours si doux, que, trompées à ces derniers rayons du soleil, quelques roses tardives sourient et fleurissent. Aussi Tite-Live, son contemporain, et Horace, son flatteur, appellent-ils Auguste, l'un le fondateur des temples, et l'autre le restaurateur des arts. En effet, outre les monuments qui furent élevés, Auguste fit tailler et fondre quelques belles statues, et entre autres celles qu'il plaça dans son forum , et qui représentaient les Romains qui avaient contribué à la gloire de la patrie. Mais déjà le style

de ces ouvrages commence à baisser étrangement, ainsi qu'on peut en juger en comparant avec les ouvrages du temps d'Alexandre et de Périclès la propre statue d'Auguste, qui le représente à l'âge de trente à trente-cinq ans, avec un gouvernail à ses pieds.

Quant à la peinture, elle jeta aussi une dernière lueur : il y eut entre autres peintres un certain Timomaque de Byzance, qui avait fait sous Jules César un Ajax et une Médée, connus pardeux épigrammes, l'une d'Ausone, et l'autre d'un auteur inconnu ; les deux tableaux furent payés par César quatre-vingts talents attiques, deux cent mille livres à peu près de notre monnaie, et placés par le dictateur dans le temple de Vénus Génitrix. Timomaque fit encore un Oreste, une Iphigénie en Tauride et une Gorgone qui passe pour son chef-d'œuvre.

A Timomaque il faut joindre un certain Arellius, son contemporain, qui ne s'était

pas moins rendu célèbre par son libertinage que par ses talents, et à qui Pline reproche de prendre les modèles de ses déesses parmi les courtisanes de Rome ; et le peintre Araulius, qui avait fait une Minerve qui regardait le spectateur de quelque côté qu'on l'envisageât; et qui, aussi grave et aussi sévère que son confrère Arellius était libertin et léger, ne quittait jamais sa toge pour peindre, même lorsqu'il peignait des plafonds et qu'il était forcé de s'échafauder ; mais nous ne parlons de ce dernier que pour mémoire, car à peine était-il né sous Auguste.

Mais ce qui acheva de perdre la grande peinture fut le goût que prit l'empereur pour la peinture de genre; en effet, il fut le premier, au dire de Pline , qui couvrit les murailles de ses appartements de marines, de paysages et de marchés. Grâce au goût qu'il avait manifesté, et que chacun s'empressa de suivre, on vit bientôt les murailles se couvrir,

non-seulement à l'intérieur, mais encore à l'extérieur , de métairies , de portiques , de boulingrins, de bois, de bosquets, de viviers, de fleuves et de rivages, au gré de toutes les fantaisies, et embellis de promenades de toutes sortes ; il y avait des rivières avec des bateaux qui remontaient et qui descendaient ; des grands chemins , avec des personnes de toutes conditions qui s'en allaient à la campagne, sur des ânes ou dans des voitures ; des pêcheurs qui tiraient le poisson de l'eau avec tous les filets inventés à cette époque ; des oiseleurs qui prenaient des oiseaux aux lacets et à la glu ; des vendangeurs cueillant le raisin, et des chasseurs poursuivant le gibier. Mais le chef-d'œuvre du genre, la peinture en réputation de l'époque, était une fresque représentant des hommes qui, à l'entrée d'un village, font prix avec des femmes pour les porter sur leurs épaules à travers une mare, de sorte que, tandis que les uns marchandent

encore, on en voit d'autres chargés de leur fardeau féminin , déjà dans l'eau jusqu'aux genoux, semblant prêts à succomber sous le poids, et à tomber avec elles : situation qui excitait au plus haut degré l'hilarité de ceux qui regardaient.

« Ah ! ce n'est pas ainsi, dit Pline, que nous apparaît la vénérable antiquité ! Les grands maîtres que nous regrettons se seraient fait scrupule d'embellir ainsi des murailles pour le plaisir égoïste d'un seul homme : il leur fallait, à eux, des tableaux qui pussent porter leur gloire vers toutes les parties du monde, et non des peintures captives et enchaînées qu'on ne pourrait pas même sauver en cas d'incendie; ou bien, s'ils peignaient ainsi, c'était pour l'ornement d'une ville entière, dans les temples de quelqu'un des grands dieux, ou sous des portiques destinés aux promenades d'un peuple; car alors le génie était en effet public, et un bien dont la na-

CHEZ LES ANCIENS. loi

ture généreuse voulait faire part à toute ]a lerre. Protogène n'avait qu'une cabane, et on ne trouvait pas une seule peinture dans toute la maison d'Apelles. »

Et Pline avait raison de se lamenter ainsi sur la décadence de l'art, car Vitruve, l'architecte d'Auguste, trouvait déjà qu'on suivait dans les ornements ce goût dépravé dont nous retrouverons des exemples sous la lave d'Iïerculaïium et sous les cendres de Pompéia.

En effet, Auguste n'était point une de ces grandes natures, miroirs des grandes choses ; c'était plutôt un bourgeois qu'un empereur, et il y avait en lui beaucoup de la bonhomie spirituelle de Henri IV et des vertus de famille de Louis-Philippe; quant au courage, ce n'était pas son côté brillant.

Aussi fut-il fort effrayé lorsqu'on vint lui annoncer la mort de César, et qu'il eut appris de quoi se composait la succession qu'il avait

tant ambitionnée. C'était un grand homme à continuer, une grande vengeance à poursuivre, un grand pouvoir à consolider. Puis, après tout cela, il y avait encore un testament qui l'inquiétait fort, attendu que ce testament était dans les mains d'Antoine, et que, sous certains rapports, Octave ne se fiait pas trop à son illustre ami le descendant d'Hercule.

Il n'en prit pas moins sa résolution ; car, si la partie était dangereuse, elle était belle , et , tout bourgeois qu'il était de cœur, Octave était ambitieux d'esprit. Il quitta donc Àpolionie, où il étudiait, et vint à Rome , rassuré par cette idée que , n'ayant pris parti ni pour les républicains ni pour les impérialistes, l'avenir lui appartenait d'autant mieux qu'il n'était point obligé de rompre avec le passé. C'était ïa position de Napoléon au 45 vendémiaire.

Octave comprit tout d'abord que les pre-

micrs amis qu'il devait s'assurer étaient les soldats de son oncle , qui le connaissaient à peine, ou plutôt ne le connaissaient pas. Les vieilles légions des Gaules, de l'Espagne et d'Egypte attendaient de leur côté avec impatience l'héritier du vainqueur de Caractacus, de Vercingétorix et de Pompée, et sans doute elles s'en étaient fait une idée à leur taille , lorsqu'elles virent venir à elles un écolier de vingt et un ans à peine , petit , pâle , boiteux , ayant peur du tonnerre, ayant peur du chaud, ayant peur du froid, portant un chapeau l'été, des bas l'hiver, et en tout temps une peau de veau marin , le plus efficace préservatif que l'on connût contre la foudre.

Le premier moment ne fut pas favorable à Octave : ses amis eurent beau dire aux vieux guerriers que leur futur maître était d'une des plus anciennes familles de Velletri, qu'à l'âge de quatre ans, tandis qu'il était en train de dîner dans un bois, un aigle avait

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