MODELE EXECUTE AUX DEUX CRAYONS
Pour les Trophées peints et dessinés par P.-V. Galland.
mes études. Puis, quand je me serai fait l'œil et la main à une chose, la reproduire souvent avant de passer à une autre. »
Voilà la ligne de conduite bien établie. 11 a môme, nous dit-il, pris soin de l'inscrire sur son agenda. > — Lui sera-t-il possible de s'y conformer? Pendant qu'il prend ces belles résolutions et que la maladie le réduit à un demi-repos, le clergé de Saint-Eustache s'impatiente. Séchan, pour lequel il travaille aussi, vient le relancer. « Il me dit être très inquiet parce que je n'avance pas assez vite ; cela est causé par mes jambes, sur lesquelles je me soutiens k peine. » Quant-à l'Administration des Beaux-Arts, elle réclame à grands cris les deux bustes enguirlandés de fleurs, que les Gobelins doivent mettre sur leurs métiers.
Cette commande assez malaisée à mener à bonne fin, — on l'a bien assez vu, — et dans l'exécution de laquelle il lui fallait contenter tout le monde, et surtout son inconstant modèle, ne devait pas avoir un meilleur sort que les autres commandes ofTiciclles attribuées par l'Empire à Galland. Commencée en 1854, la traduction de ces deux portraits fut achevée en 1858. -Mais,- au ;lieu d'être placés tout de suite au palais de l'ÉIysée pour lequel ils avaient été tissés^.il^ furent conservés dans les magasins des Gobelins, où l'incendie de;1871- ne les épargna pas plus, que n'avaient été épargnées les peintures de Saint-Cloud • et ■ du ministère des Finances. Seuls les modèles peints par Galland nous ont été -conservés. Nous en reproduisons un ici, et cette reproduction nous dispenserait de parler davantage de ce travail assez ardu et peu fertile en satisfactions bien vives, s'il ne marquait le début des relations de notre artiste avec cette Manufacture des Gobelins, dont il devait par la suite devenir un des hauts fonctionnaires.
Dans leurs commencements, il faut bien l'avouer, ces relations ne furent pas empreintes d'une ardente cordialité. Le journal contient à ce sujet une double note d'une brièveté énigmatique, mais qu'un léger commentaire complétera peut-être utilement. — Commençons par la double note :
« 26 août 1854. — Je vais aux Gobelins. Le directeur me reçoit assez froidement, il me promet de venir demain à Auteuil.
« 27 ao-ùt. — Il vient à deux heures. Il n'est pas plus chaud devant mon tableau que lors de ma première visite. Je plains sa femme s'il a toujours cette tête-là. »
La iéte de M. Lacordaire, lors de sa seconde visite, puisque têle il y a, s'explique par une petite mésaventure que Galland n'indique sur son journal que par un mot souligné, mais que, jusqu'à la fin de sa vie, il aimait fort à raconter avec de grands éclats de rire.
Le 27 août était un dimanche; or, de l'éducation commerciale que lui avait donnée son père, et de son passage à l'atelier Cicéri, Galland avait gardé la coutume de considérer le jour du Seigneur comme un temps de repos, et, une fois marié, il avait pris l'habitude de recevoir à sa table, ce jour-là, quelques bons et fidèles amis, jeunes comme lui, et comme lui ennemis de la mélancolie. A deux
heures, quand M. Lacordaire sonna à la porte de la petite "maison d'Auteuil, on était encore à table et, qui mieux est, dans le jardin. On causait, on riait; aussi
ïr-