‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 20 sur 70 · FRONTISPICE · texte numérisé non relu

FRONTISPICE

L'œUVRE DE P.-V. GALLAND.

veulent embrasser son art si difTicile, et leur fournir un ensemble de modèles permettant de résoudre, sans trop d'eiïorts ou d'hcsilalions, les problèmes si complexes qui leur sont journellement posés.

Pour cela, il rêve de constituer h leur usage une série d'albums dans le genre de ceux composés par Le Pautre, Meissonnier, Oppenhord, mais plus complets, plus pratiques et surtout plus modernes. Et le voilà, qui-décidede, peindre sur une toile d'un grain un peu fort, imprimée à Une couchô et teintée en gris bl«u, • des trophées à grandeur d'exécution. Puis, une fois trouvées et mises à l'effet, il réduira ces compositions au carreau et les lilhographiera sous le titre, de Trophées peints et' lithographies par P.-V. Galland. Et il ne faut pas croire qu'il s'en tienne à de vagues intentions. La résolution une fois arrêtée en principe, il passe tout de suite à la mise en œuvre,

« J'ai noté le projet de ne faire dans un de mes volumes que des motifs d'enfants, écrit-il. Commencer mon ouvrage par ces motifs. Cette suite aurait pour titre : Motifs d'enfants appropriés à la Décoration. J'ai déjà, un très grand nombre

de sujets, que je n'aurai qu'à repasser et à étudier : Enfants poxir frontons, pour médaillons, pour armoiries, pour plafonds ; Jeux, Sciences, Arts, etc .

« 6 septembre. — Je travaille jusqu'à onze lieures à composer mes litres pour les Trophées de musique, de sciences, d' agriculture, d'horticulture, d'armes... Je suis très content de ma matinée. »

Quelle fortune ce serait aujourd'hui pour nos jeunes artistes, de posséder une mine pareille de renseignements! Mais la réalisation de ce labeur énorme, dont il envisageait, sans en être effrayé, les difficultés innombrables, eût exigé beaucoup de temps, et c'était justement là ce qui lui faisait surtout défaut. Bientôt il dut lui-même le reconnaître.

FROHTISPICE POUR « l'art DÉCORATIF ».

« N'est-ce pas, écrit-il, se tailler une excessive besogne, que de dessiner et de peindre en grisaille, en grandeur naturelle, les motifs de mon ouvrage? C'est cependant le meilleur moyen pour arriver à faire une chose vraiment artistique et bien en proportion dans tous ses détails. »

La besogne n'était peut-être pas, comme il pouvait le penser, au-dessus de ses forces ; mais, pour la réaliser, il eût fallu s'y consacrer tout entier. Or déjà Galland n'était plus libre. 11 ne s'appartenait plus, il était pris dans l'engrenage. Bientôt sa famille, en s'accroissant, va lui créer encore, avec des charges et des joies nouvelles, des devoirs nouveaux; et le temps qu'il consacrera à satisfaire un rêve généreux lui semblera un vol fait à ceux qu'il aime.

Ainsi, toutes ces belles et généreuses résolutions n'aboulircnt qu'à la composition de quelques modèles, à la confection de tilres qui devaient servir de frontispices à ses divers cahiers d'ornements, à des esquisses tracées directement sur vingt-cinq pierres lithographiques, qui furent, un beau jour, reportées chez Lemercier, et dont les dessins, demeurés à l'état d'indication, furent effacés pour faire place à d'autres. Si les procédés héliographiques, aujourd'hui si répandus, avaient alors été ■d'un usage courant, le projet de Galland fût devenu d'une réalisation presque facile. Ce sont eux qui nous ont permis de conserver ici les trop rares feuillets sauvés de ce regrettable naufrage.

Mais n'est- il pas curieux qu'en ces années 1853 et 1854, qui marquent ses vrais débuts, nous voyions s'esquisser tous les événements qui auront par la suite une influence décisive sur la carrière de ce grand artiste?

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