‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 21 sur 70 · DANS UN RIDEAU DE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

DANS UN RIDEAU DE THÉÂTRE

A persistante infortune qui s'attacha à toutes les commandes officielles

que l'Administration impériale accorda à P.-V. Galland, la radicale

destruction de tous ceux de ses travaux qui, ayant un caractère

public, semblaient les plus propres à lui assurer un juste renom

dans l'avenir aussi bien que dans le présent, son abstention

résolue des Salons annuels, et, comme conséquence, l'absence de

tout contact avec la foule, suffisent amplement à expliquer le peu de popularité que

posséda son nom, presque jusqu'à sa mort.

Et si l'on doit s'étonner de quelque chose, ce n'est pas de cette demi-obscurité dans laquelle il se complut du reste, quoiqu'elle chagrinât un peu ceux qui lui étaient chers. C'est plutôt qu'en dépit de sa valeur personnelle et de son admirable talent, il n'ait pas encore été davantage ignoré de la foule. Grâce, en effet, à un certain nombre de commandes particulières dont il s'était tiré tout à son honneur, il arriva assez vite à être connu et apprécié par un groupe relativement nombreux d'amateurs éclairés et compétents. Fait remarquable, ce groupe alla toujours en grossissant et bientôt lui constitua une clientèle aussi dévouée que fidèle, chez laquelle il trouva, jusqu'à, la fin du Régime impérial, le moyen d'occuper utilement son infatigable activité.

L'hôtel du marquis Casariera où il exécuta, en 1853, deux plafonds et une grande voussure, marque le départ, à Paris, de ces travaux de décoration

ESQUISSE d'un trumeau

Pour rh6tel de M. Grandval, à Marseille.

privée. Du premier coup il sut faire acte de maîtrise. Il fit preuve de cette science si rare, et qu'il posséda plus tard à un si haut point, d'unir l'architecture et la peinture en un tout qui charme l'œil , et fait également honneur aux deux principaux artistes, le peintre et l'architecte, chargés de mener à bien l'œuvre entreprise.

Avant de lui confier la décoration du ministère des Finances, M. Fould, sur la recommandation de Labrouste, qui était son architecte, lui avait demandé un plafond pour son hôtel de la rue de Berry, et il s'était tiré de cette autre épreuve avec un bonheur indiscuté. Puis, conjointement avec ses travaux de Saint-Eustache, du ministère des Finances, du palais de Saint-Cloud, il avait été chargé de peindre d'importantes décorations pour l'hôtel de M. Garfunkel, à Auteuil (1856) ; pour les salons de M. Lebœuf (1858) et de Presles (1859), à Paris; pour l'hôtel de M. de Scherer, à, Lille (1860).

Ces commandes étaient comme le prélude d'ouvrages de décoration plus importants, qu'il allait être appelé bientôt à entreprendre. En 1863, M. d'Erlanger lui demandait deux vastes plafonds pour son hôtel, et M. Cail sept plafonds, une douzaine de dessus de porte et de panneaux décoratifs. L'année suivante (1864), il livrait encore pour l'hôtel Parent, place Vendôme, trois plafonds, un grand panneau, traduit plus tard en tapisserie, et des dessus de porte nombreux.

Enfin, en cette même année, il avait à exécuter pour l'hôtel Aguado, rue

de l'Elysée, toute une suite de plafonds, d'ornements et de tentures.

On est h la fois heureux et surpris de voir avec quelle aisance — résultat d'une laborieuse fécondité — l'artiste se meut au milieu de ce débordement de commandes, et la facilité relative avec laquelle il arrive à résoudre les multiples problèmes qu'elles comportent. Bientôt ce n'est plus seulement à Paris et à Lille qu'il jouit auprès des vrais amateurs d'une réputation justement méritée. Sa renommée, sans cesser de rester confinée dans un certain milieu raffiné et aristocratique, s'étend au dehors. En 1865, il est appelé au delà des Pyrénées par M. Calderon, qui lui confie l'exécution d'un plafond important. Et cette première décoration, exécutée en Espagne, lui vaut des commandes considérables de M. Lassala et du marquis de Guadalcazar.

Quatre plafonds et huit dessus de porte lui sont demandés par le premier, alors qu'il peint pour le second des panneaux décoratifs, des plafonds et aussi des dessus de porte. Les négociations qui précédèrent la conclusion de cet important marché sont amusantes à suivre dans le journal du Maître, dont les indiscrétions sont parfois piquantes. Si l'enthousiasme des seigneurs espagnols était grand, il ne paraît pas, à l'en croire, que leur générosité fût égale. C'est presque le seul passage de ces notes où l'on trouve la trace d'un marchandage sérieux, et de prix vivement contestés et longuement débattus. Et le fait est d'autant plus à retenir, que Galland lui-même, au déclin de sa carrière, faisait, dans une occasion solennelle , cet aveu bon à noter :

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