RONDE D'AMOURS
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L'œUVHE DE P.-V. GALLAND.
yeux, des bouches, des nez, des oreilles, ensuite des pieds et des mains. Nous
avons eu longtemps le dos courbé sur le portefeuille, lorsqu'on nous place devant
V Hercule ou le Torse; et vous avez pu être témoin des larmes que ce Satyre, ce
Gladiateur, cette Vénus de Médicis,
cet Antinous ont fait couler. Soyez
sûr que ces chefs-d'œuvre des
artistes grecs n'exciteraient plus la
jalousie des maîtres, s'ils avaient
été livrés au dépit des élèves.
Après avoir séché des journées et
passé des nuits à la lampe devant
la nature immobile et inanimée, on
nous présente la nature vivante,
et tout à coup le travail de toutes
les années précédentes semble se
réduire à rien : on ne fut pas plus
emprunté la première fois qu'on
prit le crayon. Il faut apprendre
à l'œil à regarder la nature, et
combien ne l'ont jamais vue et ne
la verront jamais ! C'est le supplice
de notre vie ! »
Ce que Chardin n'ajoute pas, mais ce que nous savons par les Règlements et les Statuts des corporations d'alors, c'est que, une fois cette première éducation achevée, il fallait entrer chez un Maître et y demeurer pendant huit années ; que l'élève, ou mieux l'apprenti, s'obligeait par contrat à donner tout son temps à ce Maître, et que celui-ci, de son côté, prenait l'engagement notarié d'enseigner à son élève les secrets de sa profession ; que, dès le premier jour, son intérêt l'y poussant, le Maître s'appliquait à fournir au débutant
les moyens de se rendre utile; que celui-ci commençait par broyer et préparer les couleurs, par tendre et apprêter les toiles, continuant de dessiner d'après la bosse, ou d'après nature, quand on avait modèle à l'atelier; que le Maître reprenait,