ETUDE DE PLANTE
ÉTUDE DE FEUILLES. (Musée dos Arls décoratifs.)
L'ŒUVRK DK P.-V. G ALLA M).
de ce qu'on connaît dans ce genre ne peut, en effet, donner une idée exacte de ce qu'était ce jardin unique.
Spécialement installé pour permettre à l'artiste de dessiner et de peindre des plantes, dans toutes les conditions imaginables et sous leurs aspects les plus variés, il était sillonné d'allées creusées à l'",50 en contre-bas des plates-bandes, de façon que l'œil du promeneur, se trouvant au niveau de la tige des fleurs, pouvait au passage en lire les formes, se pénétrer de leur structure et surprendre leurs secrets.
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STYLISATION DE 1. A FLliUIl.
(Appartient au Musée des Arts décoratifs.)
Plus loin, Galland avait creusé des espèces de puits, au fond desquels il s'installait, dans une demi-obscurité, contemplant au-dessus de sa tête des mannequins drapés, entourés de feuillage et de fleurs et disposés à l'ouverture de ces puils de façon à donner l'illusion de ces compositions plafonnantes, qui constituent une des principales spécialités de l'art du Décorateur. Ailleurs, c'étaient de grands bassins, sortes de piscines pleines d'eau, dans lesquelles il étudiait les jeux de la lumière sur les carnations humides. *
Galland passa, dans cette retraite un peu excenirique, les iieures les meilleures de son existence toujours agitée. Dans ce jardin, digne des Mille et une Nuits de son célèbre homonyme, il s'abandonna aux rêveries les plus aimables et usa doucement son temps à la poursuite de ces mystérieux secrets, que la Nature met une sorte d'amour-propre à ne pas laisser pénétrer par le profane.
Ses yeux buvaient, si l'on peut dire ainsi, la lumière tamisée par les arbres, reflétée par les eaux et se jouant sur les chairs et sur les étoiïes. Son esprit s'imprégnait des formes et des couleurs qui vibraient devant lui, et, rentré à Paris, il déchargeait son cerveau des délicieuses visions qui l'avaient charmé. Elles se traduisaient alors en ces innombrables et ravissantes compositions si franches de coloris, si jeunes d'idée et d'allure, qu'on devait revoir à sa vente; et ainsi il amassait sans cesse des matériaux nouveaux, comme si l'éternité lui eût appartenu, comme si la vie ne devait jamais finir.
Parfois, le matin, au petit jour, il désertait son joyeux domaine. C'était pour aller en forêt à la recherche des mousses rares et des fleurettes sauvages, qu'il rapportait dans de grandes boîtes dont il nous a laissé un croquis. Une fois qu'il avait butiné ce trésor, il s'appliquait à en dégager les qualités ornementales. Voilà, comment il fut amené à exécuter cette multitude de dessins exquis, d'études suggestives, dont nous donnons ici quelques spécimens, et à entreprendre la confection de' ces herbiers gigantesques, qui devaient lui permettre (il l'espérait du moins) d'emprunter k la Nature elle-même un Cours complet d'ornement.
Généreuse pensée de cet homme bon par excellence, qui, dévoré du besoin d'être utile aux autres, ne songeait qu'accessoirement à ce qui pouvait lui être utile à lui-même. Et cependant, au moment où il s'imposait celte nouvelle tâche gratuite, oîi il construisait à grands frais le coûteux matériel de presses et de plateaux qui lui était indispensable pour donner à ses plantes desséchées la tournure désirable, Galland avait déjà goûté de l'Enseignement qui fut la passion de sa vie, et il en avait savoure les premières amertumes. Mais c'est le propre de la difficulté de surexciter les cœurs ardents.
(i La parfaite valeur, a dit un philosophe, consiste à faire sans témoins ce qu'on serait capable de faire si les yeux du monde entier étaient braqués sur nous. »
Que dire de l'admirable persévérance de ce peintre universellement estimé, de cet artiste accablé de commandes, qui, pendant des années, dédaigneux de ses propres intérêts, seul, et sans permettre à personne de pénétrer le but poursuivi par lui, sacrifiant ses plus chers travaux à ce qu'il croyait être un devoir, consacra une partie de son temps, si précieux, à des entreprises d'intérêt purement pédagogique, et qui ne pouvaient être pour lui d'aucun profit direct?
JEUX D ENKANTS. — « l.\ BALANÇOIRE. »