‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 36 sur 70 · ETUDE DE COSTUME · texte numérisé non relu

ETUDE DE COSTUME

ÉTUDE DE COSTUMES LOUIS XV <:J^otir' ii/i âai'/eau aeJ

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112 L'œUVRE DE P -V. GALLANU.

empile dans ses tiroirs, au hasard et sans ordre, tout ce qui ne se rapporte pas à son travail pour les Gobelins ou à l'exécution de ses petits tableaux, comportant des femmes et des enfants nus.

« J'abandonne, écrit-il, pour un temps les motifs à architecture qui demandent trop de travail et exigent trop de recherches. Je préfère couper court à ce que m'a préparé Alagnon, c'est-à-dire à la Prière à la Madone, à la Réception au temple de l Amour, h la Visite du Premier de Van, enfin aux Enfants à la baignoire et aux Préparatifs des confitures. Ce sont ces derniers qui m'ont ouvert les yeux. C'est à la suite de la visite de M. Ringuet que j'ai vu que je m'enfonçais dans le pittoresque. Si j'avais eu ma fin de juin assurée, je n'aurais pas fait toutes ces tentatives. Je me retourne brusquement, et je renonce à toutes ces œuvres commencées pour ne plus voir que mon lableau de la 3/ort de Narcisse et mes compositions relatives au Pai/s des rêves. Les fleurs et tout ce qui se rattache au travail des Gobelins resteront sous mes yeux. Ce travail, au reste, doit être bientôt repris, soit en partie, si je reçois l'ordre de poursuivre la décoration de l'hôtel Continental, soit d'une façon très soutenue, si le Continental est suspendu. J'entasse donc dans mes tiroirs tout ce qui ne peut me servir aux sujets femmes et enfants nus, paysages, fleurs et accessoires relatifs aux Gobelins. Je ne reverrai plus rien de cela avant que les œuvres que je veux entreprendre soient achevées... Le repos de ma vie résultera de cette répartition nouvelle, faite en raison d'idées et de résolutions bien déterminées. »

Combien peu d'artistes seraient capables de renoncements pareils! Je viens de parler pour la première fois de ces embarras d'argent, qui auraient suffi et au delà pour justifier ce qu'il croyait être une apostasie, et ce que de plus indulgents auraient considéré comme une simple incursion dans un autre domaine. Il ne faudrait pas conclure de ces difficultés que notre peintre avait changé de genre de vie, qu'il s'était laissé gagner par cette contagion de luxe, dont nos artistes contemporains ont eu si souvent à souffrir. Galland n'avait rien à se reprocher de pareil.

A défaut de ses livres de comptes, j'ai retrouvé parmi ses papiers des notes curieuses, où son travail est estimé et taxé par lui-même, comme s'il travaillait encore à l'heure ou à la journée chez un Séchan ou chez un Cicéri. Quant à ses dépenses personnelles, on aura une idée de leur modestie par un seul chiffre qui permettra de juger des autres. Durant son séjour h Madrid, qui dura juste quatrevingt-dix jours, il dépensa 370 francs pour sa nourriture et son logement, un peu plus de 4 francs par vingt-quatre heures.

Mais la famille était venue et avec elle un surcroît de charges, 11 avait, sans y trop penser, — ne marchandant rien quand il s'agissait de ce qu'on pourrait appeler son matériel de travail, — englouti de grosses sommes pendant l'aménagement de cette propriété de Fontainebleau, qui était devenue pour lui une source de joies et de préoccupations incessantes. Enfin, à l'époque où il travaillait pour des confrères, il lui fallait produire vite et aboutir rapidement. 11 aurait eu mauvaise grâce, quand Desplechin, Rubc ou Séchan se déclaraient satisfaits, de ne pas l'êlre lui-même.

N'ayant plus d'autre juge que soi, les exigences étaient devenues tout autres, et dix fois remettant son ouvrage sur le chevalet, le recommençant sans parvenir à se

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