L AURORE
Projet de plafond. — Peinture à l'huile.
alors que, si le corps humain est le principe essentiel des études d'un peintre, nul n'a le droit de négliger les éléments que la Nature nous offre de toutes parts pour l'Art Décoratif.
« 11 en est des sculpteurs comme des peintres, et les portes de Ghiberti, dont
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VOUS avez ici un moulage, vont vous en donner la preuve. Je sais que vous appréciez, comme moi, l'admirable tournure des bas-reliefs et l'exquise élégance des figures. Je ne fais pas à votre goût l'injure d'en douter. Mais êtes-vous bien sûrs de vous rendre exactement compte de la raison qui a porté Ghiberti à placer, dans des bandes longitudinales de l'encadrement, des figures plus grandes que celles des bas-reliefs eux-mêmes? Avez-vous calculé la saillie qu'il a voulu leur donner, mesuré la profondeur des niches où il les a placées, cherché à comprendre l'importance relative de l'ornement qui les sépare? J'en doute fort, et je vous soupçonne même de n'avoir prêté qu'une légère attention à cette admirable guirlande de fleurs et de fruits qui encadre la porte entière. Vous avez peut-être trouvé que tout cela était habilement travaillé, mais vous avez souri intérieurement en disant : Là n'est pas l'important, et Ghiberti, qui savait modeler la figure, a dii faire, en se jouant, des feuillages, des oiseaux ou des fruits. Eh bien, messieurs, j'en suis fâché pour votre érudition, encore un peu jeune, mais Ghiberti pensait tout autrement; et si vous pouviez apprécier son œuvre comme elle le mérite, vous verriez que l'inclinaison d'une aile d'oiseau, que la sailhe d'un fruit, que l'enroulemenl d'un feuillage a été calculé pour l'ensemble au même titre que la silhouette d'un personnage ou que l'agencement d'une draperie. C'est parce que Ghiberti élait un admirable statuaire, doublé d'un merveilleux décorateur, que son ouvrage a été jugé par Michel-Ange digne des portes du Paradis.
c Et vous, messieurs les architectes, savez-vous que noblesse oblige, et que votre art, qui comprend implicitement tous les autres, vous impose la nécessité de les connaître? N'aurez-vous pas des modèles h donner aux ornemanistes que vous emploierez, des emplacements à déterminer pour les peintres et les sculpteurs que vous associerez à votre œuvre? Les applications de la perspective à la Décoration ne sont-elles pas de la plus haute importance pour vos travaux? Vous avez suivi, je le sais, des Cours de perspective où cette science a été approfondie; aussi ce ne sont pas des règles pour un tracé perspectif que je veux vous donner, mais je veux vous apprendre h profiter de ce que d'autres vous enseignent.
« Architectes, peintres, sculpteurs, il doit y avoir dans vos éludes un point commun, c'est celui qui a pour mission de les relier ensemble, celui qui a trait à l'Art Décoratif. Voyez ce qui se passe dans l'Université. Dans nos lycées, il y a des élèves qui se destinent spécialement aux Lettres, d'autres aux Sciences. Parallèlement vous voyez des écoles où on instruit les jeunes gens en vue du Commerce et de l'Industrie. Mais il y a une étude que vous retrouverez partout où il y a un enseignement et quelle que soit la nature de cet enseignement, c'est l'étude de l'Histoire, qui classe les faits et en déduit les conséquences. Eh bien, je n'hésite pas à affirmer que l'Art Décoratif est à l'enseignement des Beaux-Arts ce que l'Histoire est à l'enseignement général.
« Je prévois pourtant une objection, et je veux y répondre tout de suite.
« Comment se fait-il qu'on nous présente, dira-t-on, comme indispensable un
cours qui ne date que d'hier, et dont les artistes de la Grèce et de la Renaissance n'ont jamais entendu parler? Ah! messieurs, si vous raisonniez ainsi, vous prouveriez simplement que vous n'avez pas suffisamment étudié l'histoire. Ignorez-vous que l'ancien apprentissage a été remplacé par l'enseignement de l'État, et que cet
DECOMPOSITION DE LA PLANTE lîT APPLICATION DE SES FORMES. Dessin au crayon noir et au lavis.
enseignement lui-même doit nécessairement se modifier selon les mœurs et les besoins de chaque époque? Ignorez-vous que les Ateliers de l'École des Beaux-Arts n'ont été institués que depuis un petit nombre d'années, et qu'en vous y conviant, l'Ecole a supprimé, par cela même, tout ce que pouvait avoir de pratique l'enseignement privé d'un artiste? Certes, si le ministre qui a fait les réformes dont je
LQEIJVRE DE P.-V, GALLAND.
parle avait pu mesurer leurs conséquences, il aurait institué en même temps que vos Ateliers un cours d'Art Décoratif, Mais l'expérience sert à quelque chose, et si M. le Directeur de l'École m'a appelé parmi vous, c'est que, dans sa sollicitude pour votre avenir d'artistes, il a reconnu qu'il y avait désormais une lacune à combler, et que, à côté des classes où l'on forme des peintres, des sculpteurs et des architectes, il fallait un cours pratique, commun pour vous tous, où vous appreniez h vous comprendre les uns les autres. Car l'Art est un et domine toutes les spécialités. Ainsi, messieurs, je n'arrive pas ici comme un novateur et un révolutionnaire. En vous enseignant les applications décoratives, je m'appuie sur une tradition qui a sa source à l'Acropole d'Athènes, et qui est parvenue jusqu'à nous en traversant la Renaissance. ».
Il faut avouer que le nouveau professeur ne, pouvait s'exprimer en termes meilleurs et tenir à un auditoire d'élite, qu'il était fondé à croire remarquablement préparé et particulièrement intelligent, un langage mieux approprié et plus suggestif.
PANNEAU DECORATIF Composé à Taide de la stylisation de la plante.
P V. Galland
Ducourtioux et Huillard
PANNEAU DÉCORATIF ..eacéculé pour f-/fO . htotui{>D
l'ace d'oB. — PEINTURE DÉCORATIVE.