‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 43 sur 70 · IMPROVISATION · texte numérisé non relu

IMPROVISATION

d'un panaeau en hauteur.

LœUVRE DE P.-V. GALLAND.

de culture, h un goût, à des besoins supérieurs et particuliers. Et alors, il laissait entrevoir comment l'adaptation d'une expression nouvelle à d'éternelles nécessités suffit parfois pour distinguer une époque et pour glorifier un peuple, non point à cause de l'agrément que cette disposition présente aux yeux et du cliarme qu'on lui trouve, mais à cause de raffinement d'esprit, de la délicatesse de sentiment, de la perfection de jugement qu'elle fait supposer.

On conçoit aisément quel attrait devait olTrir l'enseignement d'un pareil maître.

LENFANCE DE PAN.

Première idée du panneau exécuté pour M"" Gounod.

Un écrivain de talent, qui s'est spécialement consacré à l'étude de l'Art Décoratif, M. Victor Champier, a jadis tracé dans la Gazette des Beaux- Arts un tableau saisissant de ce qu'étaient ces fécondes leçons.

« M. Galland, écrit-il, donne à ses élèves à décorer un panneau de muraille dans un monument, non pas un monument quelconque, qu'on peut orner indilTéremment d'attributs sans caractère déterminé, mais un théâtre, le salon d'un financier ou d'un homme d'État, en un mot, un édifice qui devra être nettement particularisé. De même la muraille n'est pas choisie au hasard, mais elle offre de certaines difficultés qu'il s'agit de surmonter : c'est une voussure dont les dimensions devront être exactement remplies, ou un pan de mur coupé par une porte h deux battants.

« On voit d'ici l'embarras, au début, des élèves habitués à l'École des Beaux-Arts

à rester maîtres de leur composition, h l'établir en hauteur ou en largeur suivant leur caprice, à faire des tableaux plus ou moins remarquables, mais toujours en vue du prix de Rome, sans jamais prévoir le cas d'une décoration pour un emplacement fixe, spécial. Alors M. Galland passe à la démonstration.

« En un quart d'heure, il improvise devant ses élèves vingt motifs différents, s'adaptant au programme indiqué, et que chacun pourrait traiter suivant son tempérament, son goiit, ses aptitudes. Ici ce sont des cariatides soutenant une corniche, là des arabesques, des rinceaux de feuillages, des griffons, des vases, de petits génies gracieusement groupés, des figures symboliques habilement disposées dans un cadre architectural. Tout cela semble si bien en place, si ingénieusement inventé, qu'aucun ornement, croirait-on, ne pourrait mieux convenir, si l'inépuisable imagination du professeur n'en faisait naître de nouveaux d'un arrangement meilleur encore que les précédents.

« Aux compositions peintes succèdent d'autres sujets, car M. Galland s'adresse à toutes les catégories d'élèves, et les sculpteurs doivent aussi trouver leur compte à ces leçons. Tantôt c'est la décoration d'une fenêtre qu'il s'agit d'imaginer, tantôt celle d'une fontaine, d'un meuble, d'une reliure de livre. La fantaisie débridée des jeunes cervelles en ébullition s'irrite et se heurte aux obstacles du programme auquel on doit se plier. Dans l'atelier, on fait venir le modèle vivant : il y a des fleurs, des plantes, parmi lesquelles il est permis à chacun de choisir ses ornements; mais le modèle n'a plus, comme dans les autres ateliers de sculpture, son pied posé sur la talonnière traditionnelle. Sa main n'est plus retenue par une ficelle chargée de l'immobiliser dans le geste académique que tous reproduisent. Il faut que chaque élève indique le mouvement qui lui est nécessaire pour la composition particulière qu'il a adoptée. La nature n'est ici employée qu'en vue d'un ensemble, de même pour les plantes qui ne sont pas copiées au hasard, mais toujours choisies et disposées suivant le cadre architectural.

« Le principe de l'Art Décoratif, ne cesse de répéter le professeur, c'est la subordination à l'Architecture. Nous n'avons pas à donner l'illusion de la vérité. Une figure s'enlevant sur un fond d'or n'a pas à imiter les carnations de la chair vraie; nos arbres et nos fleurs ne doivent pas être servilement tel arbre ou telle fleur. Le rôle que nous leur faisons jouer nous oblige à une interprétation; mais il faut que l'interprétation soit toujours inspirée par la logique et guidée par le respect, l'amour de la nalure. Remplaçons l'attrait de la vérité, dans le dessin, par le caractère de la silhouette et la largeur de la facture. Simplifions les végétaux quand leurs détails trop multiples ou trop délicats peuvent nuire à la clarté du décor; mais n'oublions jamais que plus les éléments de la nature conservent leur accent intime, plus ils nous intéressent, plus ils nous touchent. Prenons les plantes que nous voyons, représentons-les dans leur grâce vivante ! Faisons comme nos ancêtres du Moyen Age! Ne retrouvons-nous pas, au pied des cathédrales, les plantes et les arbrisseaux dont les éléments décorent les chapiteaux et les frises de l'édifice? »

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