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11 suffit de lire, même rapidement, ce résumé des leçons du Maître, pour sentir de quel attrait devait être un tel enseignement. On est forcément saisi par son côté logique et vivant, et, grâce à lui, tout ce qui était obscur devient clair et facile à comprendre. Ajoutons que ce qui devait rendre plus évidents encore les avantages d'un pareil cours, c'est que, s'adressant à la fois à des peintres, à des sculpteurs, à des architectes, c'est-à-dire à, des artistes qui sont loin de pouvoir toujours s'entendre, parce qu'ils parlent chacun leur langue et conçoivent dans des données différentes, Galland tendait à les doter d'un idiome commun.
Le peintre conçoit, en effet, les objets perspeclivement, le sculpteur dans leur relief, l'architecte en géométral, et cela suffit pour que très souvent ils ne puissent se comprendre. Apprendre à l'architecte et au sculpteur quelles sont les exigences de la peinture, initier le peintre et l'architecte au travail du sculpteur, enseigner au sculpteur et au peintre les nécessités de l'architecture, c'était leur permettre de lire dans leurs œuvres réciproques, de se contrôler par conséquent, de démêler à travers des apparences quelles seront les définitives réalités, et de faire cesser, avec une regrettable confusion, un fâcheux antagonisme.
On pouvait présumer d'après cela, que cet enseignement nouveau, inauguré par l'initiative et sous le haut patronage de MM. Guillaume et de Chennevières, c'està-dire les deux hautes autorités gouvernant la Direction des Beaux-Arts et l'École, allait prendre un développement rapide et obtenir le plus légitime et le plus grand succès. Il n'en fut rien. Après quelques leçons très attentivement suivies, les rangs des auditeurs commencèrent à s'éclaircir; puis, peu à peu, le vide se fit, et Galland, qui s'était flatté de compter ses élèves par douzaines, se vit forcé, à sa grande désolation, de les compter par unités. Ce fut, on peut le dire, un véritable désastre moral, une sorte d'effondrement.
Dès la fin de la première année, les généreuses espérances du nouveau professeur étaient fort entamées. A la fin de la seconde, il n'avait plus beaucoup d'illusions à se faire. 11 persista néanmoins, comptant toujours sur un revirement qui tardait à se produire. 11 se disait que les déserteurs, persuadés par l'excellence de son enseignement, reprendraient leur place. Puis, quand il se vit convaincu d'impuissance à attirer cette foule qu'il rêvait de voir groupée autour de lui, il commença à laisser la désespérance entrer dans son cœur. 11 demanda alors et obtint de transformer son cours en un cours libre. Il se flattait de trouver au dehors plus d'empressement et de curiosité que dans l'intérieur de l'Ecole, où les élèves enrégimentés dans les Ateliers, gouvernés par des programmes compliqués et touffus, prétendaient n'avoir pas le temps nécessaire pour étudier des matières qui n'étaient pas indispensables à l'exercice de leur Art. Mais la malchance continua de le poursuivre, et, en 1878, après cinq ans de luttes stériles, il adressait aux membres du Conseil supérieur de l'Ecole cette plainte touchante, dont nous avons découvert le brouillon parmi ses papiers :
« Dans l'Arrêté du 14 mai 1873, concernant la formation de mon cours,
écrivait-il, il est dit que les élèves de première classe, architectes, les premières et deuxièmes médailles, peintres et sculpteurs, y seront seuls admis. Les élèves de l'École des Beaux-Arts n'ayant pas répondu à cet appel, j'ai dû, autorisé par M. le Directeur de l'École, recevoir à mon cours des jeunes gens du dehors. C'est avec huit ou dix de ces derniers, complètement formés par moi, que j'ai, durant ces
quatre années dernières, remporté trois
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premiers prix au concours de Sèvres.
« Aujourd'hui, à la rentrée des classes, j'ai le regret de ne pas voir s'augmenter le nombre de mes élèves, et je ne puis, en raison du peu de ressources de quelques-uns, les perfectionner, comme je l'espérais, dans un art qui exige de si nombreuses et de si longues études.
« Dans la situation présente, je prie MM. les membres du Conseil supérieur d'étudier le remède à apporter à un tel état de choses, et de voir s'il ne serait pas nécessaire d'attacher à l'enseignement dont j'ai été chargé des avantages auxquels n'auraient droit que les élèves ayant fait un stage déterminé dans mon ateher.
« J'espère que ma demande sera prise en considération, et je puis assurer le Conseil que je continuerai tous mes efforts pour me rendre digne de la tâche qui m'a été confiée. »
Cette demande si juste, si raisonnable, ne fut point accueillie. Galland offrit sa démission, elle fut refusée.
Quelques années plus tard, profitant de la réunion de la Commission de perfectionnement de la Manufacture de Sèvres, dont il faisait partie, il essaya, en employant un détour, d'atteindre le but qu'il avait poursuivi en s'adressant d'abord au Conseil supérieur de l'École :
« La Commission de perfectionnement, disait-il en substance, en même temps qu'elle juge les concours institués par ses soins, a le droit et même le devoir de rechercher les moyens de développer, d'améliorer la valeur artistique des produits de la Manufacture, et, dès lors, de s'enquérir de l'état de l'enseignement des Arts Décoratifs, et de se préoccuper notamment de savoir si les écoles instituées par