‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 55 sur 70 · ENTRE-DEUX D ARCADES · texte numérisé non relu

ENTRE-DEUX D ARCADES

Projet de décoration pour l'Hôtel de Ville (non exécuté).

des notes suffisantes pour exécuter l'ensemble. Enfin, en n'introduisant dans chaque motif qu'une seule et même espèce, on arrive, quand on est oblige de réunir plusieurs motifs, h plus de variété. C'est la localité de chaque motif en particulier qui crée la diversité, quand ces motifs sont réunis dans la même pièce... Le peintre de fleurs ou de nature morte, qui ordinairement introduit dans un petit espace le plus d'objets possible et les plus divers, arrive dans l'ensemble de ses œuvres à une infaillible monotonie, moins évidente toutefois qu'elle ne serait, si plusieurs de ses œuvres se trouvaient réunies dans une même pièce. »

C'est grâce à la mise en pratique de cette judicieuse remarque, c'est en épuisant la flore de nos pays, en faisant succéder des guirlandes empruntées tour à tour aux divers arbres fruitiers de nos contrées, au citronnier, à l'amandier, au poirier, à l'oranger, au prunier, etc., en utilisant alternativement et leurs fruits et leurs fleurs, que Galland parvint à créer entre toutes ces coupoles, qui se suivent et forcément se ressemblent, cette diversité de « localités » qui enlève à ce bel ensemble la monotonie qu'il aurait pu présenter.

Quant à l'harmonie qui s'en dégage, elle résulte de l'application d'un autre principe dont nous avons déjà eu l'occasion de signaler les heureux effe's, la substitution du coloris de tapisserie au coloris naturel. Toutes ces fleurs, tous ces feuillages, tous ces fruits, en eflet, sont modelés non pas dans les tons réels qui, à propos du Purlrail de l'Impératrice, avaient causé à Galland de si cruelles déceptions, mais dans une gamme assoupie, atténuée, douce à l'œil, qui achève de créer cet accord parfait, dont le charme est irrésistible.

L'arcade du milieu, celle que surmonte V Architecture, — à laquelle Galland, toujours fidèle à ses principes, a réservé cette place d'honneur, — ■ porte la signature du Maître et la date de l'achèvement de cet ensemble considérable : 1891! — Galland avait, par conséquent, soixante-neuf ans, et jamais Décoration ne fut plus jeune d'allures, plus fraîche, à la fois plus ferme et plus délicate, plus variée surtout. Jamais œuvre ne sentit moins la fatigue et le découragement. J'ajouterai encore qu'aucun autre peintre de notre temps n'eut un problème plus compliqué et plus malaisé à résoudre, et établissant mieux comment le Décorateur, exact et respectueux observateur de l'emplacement qui lui est attribué, doit savoir conformer son ornementation aux exigences que lui impose le « Maître de l'œuvre » .

Depuis les Loges de Raphaël et dans un tout autre caractère, je ne connais pas d'artiste, pas même Bérain, qui soit mieux rentré dans les conditions de ce difficile programme, et qui ait démontré d'une façon plus brillante comment, en s'inspirant respectueusement des plus grands maîtres, on peut ne pas cesser d'être de son temps et conserver toute son originalité.

DESSUS DE PORTE EXECUTE POIIR H. GOLDSCUMIOT.

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