‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 56 sur 70 · GALLAND ET PUVIS DE CHAVANNES · texte numérisé non relu

GALLAND ET PUVIS DE CHAVANNES

I la décoration des coupoles de l'Hôtel de Ville, par ses difficultés mêmes, remplit de joie son âme de Décorateur, la satisfaction éprouvée par Galland, lorsque M. le marquis de Chennevières lui demanda de vouloir bien se charger de peindre pour le Panthéon la Prédication de saint Denis, dut être, à ce que j'imagine, plus grande encore.

On sait comment et dans quelles conditions la décoration de cet admirable monument, chef-d'œuvre de Soufflet, avait été résolue. On était entré, avec le 24 mai 1873, dans cette période de réaction poHtique et religieuse qui, dans un élan de piété inattendue, devait vouer la France au Sacré-Cœur. Le Panthéon, rendu au culte par l'Empire, avait conservé ses énormes murailles nues et sans aucune parure. Le gouvernement de l'Ordre Moral pensa qu'il y avait là un ensemble de surfaces merveilleusement disposées pour recevoir une ornementation somptueuse, et qui pouvaient oITrir à nos peintres les plus célèbres une occasion unique de déployer leurs magnifiques talents.

En même temps, le gouvernement, en demandant à cette élite d'artistes de vouloir bien retracer sur ces parois immenses une sorte d'apoihéose de saint Denis, de sainte Geneviève, de Glovis, de Charlemagne, de saint Louis, de Jeanne d'Arc, en un mot l'épopée de la France chrétienne, pensait marquer suffisamment la destination religieuse du lieu, pour n'avoir plus à craindre qu'une désaffectation nouvelle vînt, par la suite, enlever l'église Sainte-Geneviève à ses derniers occupants. Nul n'ignore que ce pieux calcul fut déjoué par les événements. Mais, avant même que l'ère de réaction cléricale, qui avait donné le jour à ce projet grandiose,

eût pris fin, une autre déception attendait l'Adnninistration des Beaux- Arts. L'espoir

caressé par M. de Chennevières de créer là. un ensemble unique au monde, non seulement par la majesté du lieu, mais par l'unité de la conception et de l'exécution, se trouva promptement déçu. A la simple inspection des premières maquettes présentées par les ar listes chargés de ces grandes décorations, on put s'apercevoir que chacun d'eux, donnant plein essor à ses qualités maîtresses, ne s'était nullement préoccupé de s'accorder avec ses voisins. C'est alors que M. de Chennevières, voulant établir un lien entre ces œuvres quelque peu disparates et les rattacher entre elles par un détail commun, eut l'idée de les entourer d'une bordure uniforme, analogue h celles qui encadrent les tapisseries.

On demanda donc des projets de bordure aux peintres chargés de l'exécution des principales compositions, mais aucun de ces projets ne parut satisfaisant. En désespoir de cause, on s'adressa à Galland,qui, ■ en, quelques jours, exécuta deux ou trois modèles, parmi lesquels, à cause de sa robuste

fermeté, fut choisi celui que nous voyons h

l'heure actuelle. En lui indiquant le motif qui

avait été préféré, M. de Chennevières eut un

mot aimable pour notre artiste :

« Voilà, dit-il, ce qu'aucun de nos peintres

de figure ne serait capable de faire.

— Vous oubliez, monsieur le Directeur,

repartit Galland, que moi aussi je peins la

figure... »

Le Directeur des Beaux-Arts comprit qu'il

y aurait quelque injustice à ne pas mettre, au moins une fois en sa vie, un pareil

ETUDE POUR LE PANTHEON

ETUDB POUR LE PANTHEON

P, V, GoJland pmx.^

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