LE « PORTRAIT DE HENRI IV ». — LE « CID » ET SES ALENTOURS
I les fonctions officielles exercées par Galland aux Gobelins furent pour lui' fertiles en déconvenues et même en chagrins, du moins sommesnous redevables à son passage à la Manufacture de plusieurs œuvres absolument remarquables, et qui compteront dans l'histoire de la Tapisserie. Je me garderai d'insister sur quelques modèles d'importance secondaire; sur deux médaillons notamment, représentant l'un la Médecine, l'autre la Pharmacie, tous deux entourés de cartouches compliqués, et qui, commandés par la municipalité de Bordeaux, étaient destinés à la Faculté de médecine de cette ville.
Je ne parlerai pas non plus de la bordure qu'il substitua à celle à fond bleu et rinceaux jaunes, composée par MazeroUes pour son grand panneau de la Filleule des fées ; et cependant ce dernier travail présente un intérêt particulier. Il comporte,
184 L'ŒUVRE DE P.-V. GALLANI).
en effet, la mise en pratique de l'axiome suivant, consacré par l'expérience et précieux à retenir :
(I 11 est bon, quand dans une bordure on veut conserver les principales valeurs de tons et de formes, d'éviter le rapprochement des couleurs qui changent suivant le plus ou moins de lumière. Ainsi le bleu blanchit dans l'ombre, alors que le jaune devient plus foncé. A toute heure du jour leurs valeurs sont donc toujours en lutte. Quand l'un chante, l'autre se tait. »
Aussi bien me tarde-t-il d'arriver au plus important de ces travaux, consistant dans l'admirable suite de tapisseries qui devaient orner, à l'Elysée, le Salon des Cinq sens. Ce nom de Salon des Cinq sens avait été donné, sous l'Empire, à la pièce en question, à cause d'une décoration en tapisserie, projetée à cette époque, et qu'on avait commencé d'exécuter auxGobelins; les modèles en avaient été demandés à Diéterle. Celui-ci avait fourni l'ordonnance générale, et on lui avait adjoint comme collaborateurs : Paul Baudry, pour les figures; Chabal-Dussurgey, pour les fleurs, et Lambert, pour les animaux.
On se persuadera sans peine que cette escouade de brillants artistes avait été à la hauteur de sa tâche. Diéterle, dans sa composition, s'était heureusement inspiré des modèles du xvi* et du x\if siècle. L'encadrement ingénieux dans lequel il avait disposé les diverses figures chargées de personnifier les Cinq sens était un compromis entre ces deux époques et tenait à la fois du Primatice et de Bérain. On peut, du reste, par l'inspection de quelques-uns de ces panneaux, se rendre encore aujourd'hui un compte exact de l'intérêt très réel que présentait cette décoration élégante.
Malheureusement, elle n'était pas tout à fait terminée en 1870, et comme on avait résolu d'attendre son complet achèvement pour la mettre en place, toutes les pièces exécutées ou en cours d'exécution étaient demeurées dans les magasins des Gobelins. Elles furent naturellement détruites dans l'incendie de 1871. Les cartons n'eurent pas un sort beaucoup meilleur. A l'exception de trois d'entre eux, tous furent brûlés.
Lors de la reprise des travaux, ceux qu'on avait pu sauver furent de suite remis sur les métiers, non pas qu'on eut l'intention de recommencer cette décoration si fâcheusement disparue. A ce moment, l'Elysée était inhabité, et il n'était pas encore question d'en faire la résidence officielle du Président de la République; mais le nouveau directeur des Gobelins, M. Alfred Darcel, se trouvait pris au dépourvu, la Manufacture manquait totalement de modèles, et l'on fut bien heureux de pouvoir utiliser ceux-là.
Quelques années plus tard, l'Administration des Bâtiments civils et des Palais nationaux, désireuse de rendre l'Elysée absolument digne de sa destination nouvelle, reprit le projet élaboré sous l'Empire. Une Commission fut nommée pour étudier la décoration du Salon des Cinq sens. On trouva que les modèles de Diéterle, malgré leurs qualités réelles de composition et d'agrément, avaient un peu vieilli. On essaya, dans les boiseries qui entourent la pièce et qui datent du xvni° siècle, un
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motif de tapisserie exécuté, sinon d'après Boucher, du moins dans sa manière et représentant un vase de porphyre. Ce vase, d'une rare magnificence, était monté en or et accosté d'enfants posés sur un socle d'architecture; il laissait échapper des fleurs qui l'accompagnaient ou l'encadraient, alors quB des oiseaux achevaient de meubler et d'égayer le motif. Cette riche composition, aux colorations fondues se détachant sur un fond purement conventionnel, produisit, mi^e en place, un très heureux effet. En conséquence, on demanda à Galland de vouloir bien exécuter les modèles des divers panneaux destinés à orner le salon, en s'inspirant de cette tapisserie.
La commande, on peut le croire, fut acceptée avec joie. Cette décoration, en effet, était considérée, par l'artiste aussi bien que par le Directeur, comme de la plus haute importance pour les Gobelins. Elle avait le grand mérite de n'être point, ainsi qu'il arrive trop souvent pour les ouvrages de nos Manufactures nationales, conçue au hasard et sans une application strictement déterminée. Elle était, en outre, considérable comme nombre de pièces. Elle ne comprenait pas moins de dix-neuf panneaux de grandeurs différentes.
Sur ces dix-neuf panneaux, cinq mesuraient 2",44 de haut sur 1"',48 à l'°,72 de large; cinq autres comportaient S^oS sur 0'",64 à 0^82; les dessus de porte, au nombre de sept, accusaient une largeur variant de l'",42 à l^.ôO sur 0"',91, et enfin les deux derniers panneaux, affectant la forme