‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 59 sur 70 · LE POEME PASTORAL · texte numérisé non relu

LE POEME PASTORAL

Pour le n Salon des Poèmes

allongée de bandes ou de pilastres, mesuraient 3'",53 sur O'^,^o à 0'",50.

Le détail de ces mesures un peu excentriques n'était pas inutile à connaître. Galland qui, dans son cours à l'École des Beaux-Arts, avait toujours vanté la suboi'dination du Décorateur à l'Architecte et s'était efforcé d'enseigner à ses élèves le moyen d'accommoder une composition h des surfaces variées, se trouvait cette fois aux prises avec toutes les difficultés qu'il pouvait souhaiter, pour bien montrer comment un homme de sa valeur savait, en pareil cas, se tirer d'affaire.

Avant tout, il s'agissait de trouver un thème général. Reprendre celui de Diéterle, les Cinq sens, il n'y fallait pas songer. Les points de comparaison avec l'œuvre de ses prédécesseurs eussent été trop nombreux. En outre, le sujet manquait un peu de nouveauté : il avait été traité bien souvent par d'autres, et par lui-même dans le plafond de M""" de Cassin, sans compter que pour la demeure d'un chef de l'État il pouvait paraître quelque peu dépourvu de noblesse.

Galland proposa de nommer la pièce le Salon des poèmes et de symboliser, dans ses divers panneaux, les différents genres de poésie. La Commission approuva grandement ce choix, qui lui paraissait mieux convenir à la destination nouvelle de l'Elysée. 11 fut donc résolu que quatre panneaux représenteraient le Poème lyrique, le Poèmepastoral, le Poème héroiqiie et le Poème satirique ; que dans un autre panneau serait figuré Pégase; et que six des dessus de porte seraient ornés de médaillons renfermant les portraits à'Erato, de Calliope, de Thalie, de Clio, de Melpomèiw, de Terpsichore, alors que le septième contiendrait une lyre.

LE POEME HEROIOl'E.

Pour le « Salon des Poèmes

Enfin, comme la Commission désirait qu'on n'oubliât pas la tapisserie, point de départ de la décoration qu'on allait entreprendre, il fut décidé que deux des grands panneaux représenteraient des trépieds d'or, deux autres des vases d'or, un cinquième un vase de porphyre, et que les deux pilastres allongés garnissant les entre-fenêtres seraient décorés de candélabres ou de flambeaux.

Concevoir un sujet d'un ordre aussi élevé et prétendre personnifier en une suite de dessins les divers Poèmes, certes cela était à la fois ingénieux et beau; mais donner à une conception aussi abstraite une forme concrète ne laissait pas que d'être quelque peu difficile. En bon allégoriste, notre peintre se tira d'affaire en faisant intervenir des emblèmes et des inscriptions.

Les six dessus de porte consacrés aux Muses reçurent chacun, en un médaillon, une tête gracieuse représentée de profil et peinte en camaïeu. Puis ce médaillon fut à son tour suspendu dans un ovale barlong, meublé de luxuriantes guirlandes de fleurs. Rien de plus frais, de plus gracieux que ces jolis profils, auxquels Galland a su conserver un caractère bien franchement moderne. Rien de plus agréable que ces bouquets éclatants de fraîcheur, faisant vibrer le modelé délicat du camée central.

Pour les longs panneaux dans lesquels devaient être plus spécialement symbolisés les quatre Poèmes, Galland renonça aux figures de femmes, qui eussent été trop à l'étroit sur des montants ou pilastres, larges seulement de O^jGO h O^.SO. En outre, elles auraient risqué, en fournissant une échelle trop grande, de fairç paraître la pièce moins vaste. Il revint donc à ses chers enfants, qu'il interprétait mieux que personne.

Il installa dans chacun de ses panneaux un jeune garçon qui, posé sur un riche piédestal et abrité par un élégant et délicat portique, porte un instrument de musique en rapport avec le genre de poème qu'il doit personnifier. Le Poème pastoral tient une flûte de Pan, le Poème héroïque une trompette guerrière, le Poème lyrique une lyre, etc. Puis, pour occuper la partie supérieure du pilastre, Galland plaça au sommet une table d'attente fortement encadrée. Sur cette table, il inscrivit le nom du poète qui avait excellé dans le genre personnifié par le panneau, et il accrocha à cette table une guirlande à laquelle était suspendu le G traversé d'une navette, chiffre et emblème de la Manufacture des Gobelins.

Toute cette petite architecture conventionnelle enlacée par des fleurs produit, comme lignes, un charmant et très heureux effet. Elle se trouve fort habilement rappelée dans les panneaux beaucoup plus larges représentant Pégase et les Trépieds d'or. Celui de Pégase notamment, occupé par un large médaillon soutenu par deux petits génies ailés, est d'une structure extraordinairement habile. Les Trépieds ne sont pas moins heureusement traites. Quant ^ux Vases, bien que les enfants ou génies soient proscrits de la composition, et que la disposition générale, dictée par la réminiscence du panneau primitif, se trouve par conséquent sensiblement différente, ils se relient si bien à l'ordonnance des autres sujets, qu'aucune discordance, même légère, ne vient troubler la parfaite harmonie de ce charmant ensemble.

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