‹ La peinture décorativeChapitre 2 sur 13 · C NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

C NOTICE HISTORIQUE

deux, un mode mixte tenant de Tun et de l'autre. Quelques mots ne seront pas inutiles sur ces différents modes.

Dans le premier, nous voyons la représentation rigoureuse de la nature; mais cette représentation est soumise à un arrangement particulier : le motif principal y occupe la place qui correspond le mieux à l'effet recherché, et ce motif est traité dans la mesure et avec les vigueurs exigées par l'emplacement prévu et l'éclairage de cet emplacement. Il y a donc, à côté de l'interprétation même de la nature, quelques conditions indispensables d'ordre et de chose.

Le deuxième mode est le mode mixte, ainsi désigné parce que, dans un milieu conventionnel, il introduit des éléments naturels. Les peinture^ conçues dans ce mode ne peuvent, en aucune manière, se comparer avec des tableaux : les fonds y sont, par exemple, de couleur ou d'or; la perspective de l'architecture et du paysage y est exprimée d'une façon particulière; néanmoins, les figures, même placées sur des attributs de convention, conservent leurs modelés naturels et les colorations qui leur sont propres.

Dans le troisième mode, la convention, l'expression du motif ne garde que le type caractéristique de la forme; tout le reste : détail, composition, développement, perspective et couleur, doit obéir aux exigences du décor. On sort de la vérité naturelle pour entrer dans le domaine de l'imagination; le contraste et Toriginalité peuvent s'y produire en toute liberté et contre toute vraisemblance; c'est là, on en conviendra, le mode qui doit le plus complètement convenir à la peinture décorative. Rien n'empêche, d'ailleurs, le décorateur de varier ses effets à l'infini, et d'unir dans une même composition, avec succès, s'il en a le talent, deux des modes que nous venons de définir.

II. — Nous remarquerons que, quel que soit le mode employé, la nature fournira d'inépuisables richesses à l'ornement, richesses qui seront copiées scrupuleusement et qui serviront de point de départ à toutes les fantaisies d'une libre et capricieuse interprétation. Or, il n'est pas sans intérêt de noter au passage les divers éléments qu'offre la nature au choix du peintre décorateur. Nous en trouvons trois sortes : la flore, la faune et les corps et phénomènes célestes et terrestres.

La flore a été largement féconde pour la peinture décorative; elle a donné sans compter tout ce qu'elle possédait : arbres et plantes, troncs noueux et branches flexibles, tiges élancées et rameaux fleuris, bourgeons et feuilles, grains et fruits, et il est aisé de comprendre combien tout cela a pu fournir de dérivés, tels que couronnes, gerbes, guirlandes, fleurons, etc. Quand il s'agira du premier mode, et même du second, le peintre n'aura qu'à copier aussi exactement que possible, s'en tenant à la vérité de structure, de forme et de couleur, sans

renoncer cependant à un arrangement harmonieux, capable de mettre en valeur les beaux effets de sa représentation.

Mais il n'en va plus de même quand nous abordons le troisième mode. La flore devient alors exclusivement ornementale, et une trop grande précision de détail nuirait à l'effet général; ce qu'on demande alors à l'artiste, c'est de conserver seulement à la fleur ou k la plante, ou même à la racine figurée, ce qu'elle a de caractéristique; c'est de simplifier le végétal et de remplacer, comme l'ajustement dit M. Henri Mayeux, l'attrait de la vérité dans le dessin et la couleur par le caractère de la silhouette et la simplicité de la facture.

La faune n'a pas été plus avare que la flore, et la peinture décorative lui doit un aliment toujours renouvelé. Depuis l'homme, animal raisonnable, dont la fable a fait parfois d'étranges mammifères, jusqu'au plus petit des insectes, toutes les catégories d'êtres vivants ont été mis à contribution par les artistes. La représentation, en ce qui concerne le premier et le deuxième mode, est la même pour la faune que pour la flore, avec cette nuance toutefois que le décorateur doit insister surtout sur la beauté plastique de l'animal et la beauté plastique saisie en pleine vie de l'animal; ainsi la noblesse, la majesté, la grâce, la légèreté seront des caractères à indiquer, suivant qu'il s'agira de figurer le cheval, le lion, le chat ou l'oiseau.

Dans le troisième mode, l'animal interprété sera, lui aussi, simplifié de forme, et Tindication sommaire suflBra à marquer sa race, k défaut de vie et de mouvement. A ce mode aussi appartiendra la conception des mythologies où, par une fantaisie de l'imagination et pour l'intelligence des symboles, plusieurs espèces animales seront réunies en de chimériques créatures, telles que les griffons, les centaures, les tritons, les dauphins, les sphinx, les faunes, les satyres; où même les animaux seront unis k des types du règne végétal, monstres étranges, inventés par les théologies et les civilisations, et, le cas échéant, par la rêverie des artistes décorateurs.

Enfin, les corps célestes comme les étoiles et les planètes, les phénomènes célestes comme les orages, les nuages, les éclairs; les corps et les phénomènes terrestres comme l'océan, les montagnes, les volcans, etc., apportent aussi leur tribut k la peinture décorative.

Dans le premier mode, la représentation est exacte; dans le second, il y a exagération de la vérité; dans le troisième, le motif est purement silhouetté, et, par sa figuration en dehors de toute vraisemblance, il devient presque exclusivement la traduction d'un symbole : ainsi les énigmes célestes insérées dans la décoration héraldique.

III. — L'invention, pour ne pas être une source aussi abondante que la nature^ n'en est pas moins mise k contribution par les peintres

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