PEINTURE EN BELGIQUE
Les peintres flamands, depuis le moyen âge, ont eu la gloire, à deux reprises, de pouvoir être regardés comme les premiers peintres du monde et de donner à l'art européen son mot d'ordre et sa direction. C'est à Florence, il est vrai, au xiv*^ ï^ièclc, sous la puissante impulsion de Giotto, que la peinture, sous sa forme monumentale, décorative, narr ttive, dans la fresque, avait brillamment conquis ses prcmièies libertés; mais c'est à Bruges et à Gand, dans les premi res années du siècle suivant, qu'elle acquit, par l'initiative hardie des frères Van Eyck, sous sa forme mobile et expressive, dans le lableau, sa plus haute perfection technique, en même temps qu'elle ouvrait hux artistes un champ de découvertes illimité, en présentant nettement l'observation scrupuleuse et la représentation exacte de la nature vivante comme le principe même de l'art et la condition de tout progrès. Le rayonnement de cette prenaère école naturaliste fut rapide, et toutes les autres écoles s'en trouvèrent éclairées. On retiouve l'action des van Eyck ou de leurs successeurs dans le mouvement général do retour à l'admi aiion et à l'analyse de la réalité qui se maniesie alors à Florence et à Venise, aussi bien qu'à Harlem, Cologne, Nuremberg, etc.
Dans le siècle suivant la suprématie passe à l'Italie, et les peintres flamands n'ont, la plupart, d'autre ambition que celle de ressembler le plus possible à leurs confrères d'outre-mont. C'est, pour eux, une période d'humilité et d'abnégation, non
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point cependant de repos ni d'affaissement, car jamais l'activité du génie du Nord ne fut plus grande, et, dans cette crise de transition, il sut s'assimiler du génie méridional tout ce qu'il en pouvaitprendre, en sorte qu'on le vit de nouveau, au commencement du xvii*' siècle, éclater avec une force d'expansion inattendue en s'incarnant dans une personnalité non moins extraordinaire que celle de Jan van Eyck (?)-1/|/(0), celle du magnifique maître Pjkure-Pall Rubens (1 577-1 ô^jO).
C'est autour de ces deux peintres incomparables, Jan Van Eyck et Rubens, qu'on voit, durant ces deux belles périodes, se grouper d'innombrables artistes qui participent tous, plus ou moins, de leur génie, sans qu'aucun cependant parvienne à les égaler. La tâche des van Eyck avait été préparée, depuis longtemps, par le travail lent et modeste d'honnêtes enlumineurs dont quelques ouvrages, par malheur trop rares, à Bruges, à Anvers, à Bruxelles, nous font suffisamment apprécier la conscience et la sensibilité. L'exposition du chef-d'œuvre des deux frères, le Triomphe de l'Agneau, dans l'église de Saint-Bavon, à Gand, en 1/^32, détermine un progrès général. Quelques années après, un autre grand artiste, Rogier van der Weyden (1399-1/^64), de Tournai, s'étab'it à Bruxelles. A la sincérité d'observation et à la chaleur de coloris qu'on admirait chez Jan van Eyck, il joint une entente de la composition dramaiique et une puissance d'expression morale qui lui assurent une influence rapide et décisive. Les écoles du Rhin, d'où va sortir Martin Schoengauer, en reçoivent une impression vive et durable, et les maîtres italiens que Rogier va visiter chez eux en 1/|50 apprennent de lui plus encore qu'ils ne lui enseignent.
Tous les grands peintres qui illustrent les Flandres dans la seconde moitié du xv^ siècle se meuvent dans l'atmosphère des chefs-d'œuvre de Jan van Eyck et de Rogier van der Weyden, tous portent plus ou moins la marque de leur double influence. Thierry Bouts (1/|20(?)-U75), de Harlem, s'établit, dès ikkS, à Louvain, et il y apporte, dans les longues et tranquilles figures dont il remplit ses cadres, son goût hollandais pour l'exactitude des physionomies et la diversité des costumes. Les Gantois Hugo VAN DER GoES ct JusTE DE Gand joignent à cette science du portrait, qui devient dès lors l'apanage de toute l'école, de hautes
qualités de composition et de style qui répandent rapidement U ur renommée en Europe. C'est à Florence, à l'hôpital Sanla-Maria- Nuova, où e\U fut apportée en l/;70, que se trouve encore l'œuvre la plus auihenlique et li plus admirable de Van der Goes, le Triptyque des Portinari; c'est à Urbin, où il résida dix ans au moins (î/i65-U75), que Juste de Gand a aussi laissé son tableau le plus significatif, la Cèiie. Les Flandres n'ont rien ou presque rien conservé que leur souvenir. Elles ont été plus heureuses avec Hans Mkmling (l/i35-l/i95), le plus tendre et le plus élégant des grands artistes qu'elles produisirent alors et dont la ville de Bruges a pieusement conservé les chefs-d'œuvre exemplaires. Que Memling soit ou non d'origine allemande, c'est dans les Flandres et sous les influences flamandes qu'il a développé son génie dontl'aciion immédiate se prolonge, avec un charme persistant, à Bruges, chez Gérahd David (1/^60 (?)-1523), venu de Hollande, à Anvers, chez Jérôme Patinier (?-152Zi) et chez presque tous les peintres religieux, poriraiiistes ou enlumineurs de la région.
C'est à ce moment que les peintres italiens, moins confinés que les Flamands dans les petits cadres, les sujets religieux, les dispositions traditionnelles, commencent d'exercer sur le Nord, par la variété, l'étendue et la grandeur de leur imagination, par leur science puissante et libre des formes, et surtout par leur intelligence de la beauté, une séduction croissante et irrésistible. Lorsque resplendirent, à l'aurore du xvi^ siècle, les maîtres souverains, Léouird de Vinci, Michel-Ange, Titien, Raphjiëi, Corrège, les peintres flamands, comme tous les autres, se précipitèrent vers cette grande lumière. Ce fut, durant cent années, une émigration en masse que rien ne put arrêter, même l'exemple de ceux qui, retenus au sol naial par la pauvreté ou par les habitudes, se montraient encore artistes supérieurs sans rompre avec les tradiiions indigènes, tels que le grand Quentin Metsys, de Louvain (l/j66-153(;), qui fonda la noble école d'Anvers, le fantasque Jérôme Bosch (U50-1518), le doux Jan Mostaert, de Harlem, qui, lui aussi, prépare l'dvènement de l'école hollandaise par une communion intime avec l'école de Bruges, comme son prédécesseur Thierry Bouts. C'est à Florence et à Rome, désormais, que les Flamands vont perdre ou compromettre leurs qua-
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litt^s natives de sincérilé et (rcxacitiide, sans pouvoir en jaa ais rapporter rintelligencc complète de la l)eaiit(^. plastique et des élégances rythmiques qui semble réservée aux rac s grécolatines, mais ({u'ils sarliûrneut obsun-'^m^nt à poursuivre.
Tous les Romanistes, comme on les appelle, ne furent pas^ d'ailleurs, des victimes également malheureuses et inutiles de cet enthousiasme exoti |ue. Les premiers qui traversèrent les monts, Jkan Gossaefjt, de Maubouge (l/i70-1520?), B^hnard van Oiiu-Y, de Bruxelles (l/|9l)(?)-15/|2), gdrdérent encore, sous des surchiirges d'accessoires ou de réminiscences étrangères, un fond reconnaissable de simplicité ou de virilité; mais, a,;rès eux, l'imitation devient de plus en plus servile et insipide ( hez leurs élevéset successeurs, tels que Michel Gocxie (l/i99-1592j, Pifrre Colcke,. d'Alost (1502-1550), Lambert Lombard, de Liège (1505-1560), dont le disciple, Fisans Floris (1518 (?)-1570), de la grande lignée artistiqui^ des de Vri^ndt, joua, à Anvers, un rôle semblable à celui que remplissait Vasari à Florence. Ho'nme de vaste culture et d'une haute intelligence, à la fois peintre et sculpteur, Frans^ Floris, surnommé V Incomparable, prit aussi Michel-Ange comme modèle et précipita toute Fécole d'Anvers dans un maniérisme pédantesque, prétentieux et glacial. Les fa nilles laborieuses des De Vos et des Francken le suivirent dans celte voie avec une activité et une fécondité infatigables. Pendant ce temps, d'auti es Flamands, complèiement fixés à l'étranger, y perdaient! à la fois leur caractère et leur nom, pour devenir de véritables italiens, Galvaert, Pietro Candido, Pedro Gampana, etc. Les seuls qui gardassent intact le n aie amour ilamand pour les réaliiésvivantes, le beau métier, les colorations joyeuses, étaient quelques peintres de mœurs populaires, Pierre Brueghel (le Vieux ou le Drôle) (i526(?)-1569) et Beuckelaer(1530(?)-1573(?), ou quelques portraitistes, Pierre I'ourbus, Josse van Cleve, Neu-
CHATEL, AdRIAN KeY, CtC.
Tout ce travail d'importations et d't'xportations n'avait cependant point été stérile et ne devait pas demeur r infructueux. On voit, dans les dernières ai-nées du xvi^ siècle et dans les premières du xvii% tous les éléments naturels ou acquis, traditions indigènes et imitations ultramontaines, s'agiter, surtout à Anvers, dans une confusion étrange, mais féconde, d'où va sortir
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une foule presque innombrable de peintres savants et novateurs, dans L^s genres les plus divers, dès que le génie puissant <le HuBENs(i577-16-jO), jetant la luaiière et l'ordre dans ce chaos, les eut encouragés, rassurés ei dirigés. H n'y a pas dans l'histoire de lart d'explosion plus ra, idc ni plus triomphante. Ce maître superb', par l'universalité de son imagination qui embrasse tous les aspects de la fantaisie ei de la n alité, comme par la dive'sité de sa proiigieuse teclini jue, ouvrait tous les chemins à la lois, et, de tous côtés, il trouva d'habiles praticiens prêts à le suivre. Ce furent tantôt des artistes variés et souples, comme lui-même, tels que ses élèves, parmi lesquels van Dyck (1599-16/|0) s'éleva au premier rang, ou ses compatriotes, Jacques Jordaens i15Q3-I678) et Ga-pard de Cr yer (1582-1G69), qui, dans certaines occasions, semblèrent presque ses rivaux et déployôient, dans leurs grandes co;npositions, l'un une ardeur sensuelle de coloriste, l'autre, une ^ravité noble de pensée, qui en font des maîtres supérieurs, — tantôt des spécialistes convaincus et brillants, tels que les portraitistes Cornélis et Simon de Vos, Pierre Mefrt, van Oost le Vieux, etc., les animaliers Snyhers et Fyt, les peintres de paxsanneries, de scènes familières et populaires, David Teniers, Adrien Brauwer, les Ryckaert, Gonzalès Coques, Biset, Trançois Duchastel, les paysagistes Brufghel de Velours, van Uden, Jean Siberechts, les frères HuYSMANS, les peintres d'archit^-cture, les van Sieenwygk, Pieter Neefs, van Alsloot, les peintres de natures mortes, Adrian van Utrech', Jan van Ks, Daniel Seghers, etc.
Oo conçoit qu'i la suite d'une pareille floraison le terrain flamand ait pusemblor épuisa ei qu'il ait du prendre qutdque repos durant le xvin^ siècle où n'apparaît guèr*^, au milieu de la torpeur académique, qu'un successeur intermittent, parfois bi illant, des grands maîtres, Pierre Verhagh n (1728-1811). Le sol, pourtant, restait toujours le même; on le vit bien lorsque, à l'appel du romantisme, la peinture renaquit en Europe vers 1830. Les Belles ne furent pas les derniers à retrouver le goût et la pratique de la bonne peinture et de Tobservation sincère ; leur école ' st aujourd'hui une des plus actives encore et une des plus vari.es parmi les écoles contemporaines.
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ABREVIATIONS
H Hauteur
L Largeur.
T 'loi le.
B Bois.
F Figure.
Gr. nat. . . Grandeur nature.
Pet. nat.. . Plus petit que nature.
Cr. et Gav. Crowe et Cavalcaselle .
L'astérisque * indique que le tableau a été photographié par la photographie artistique L.-I. R. Librairies -Imprimeries Réunies, 7, rue Saint-Benoît, Paris.