‹ La peinture en FranceChapitre 11 sur 16 · C.Nanteuil. > o t ^ B · texte numérisé non relu

C.Nanteuil. > o t ^ B

ment trompé le matin où il s'est écrié : «Moi aussi, je

suis peintre ! »— A preuve : la CAanté;— que M. Faus-

M.F.Besson. tin Bcssou cst maniéré, ridicule et agaçant; que

„ M.M MM. Brackeller et A. Lefèvre semblent s'être formés

Brsckeller et

A. Lefèvre. ^^^ doctcs avis de Victor Adam, ce qui ne fait pas

M. Leioir. Télogc de Icur judiciaire ; que M. Leloir continue son

commerce de bonshommes de bois; que les petites

MM. Pécrus toilcs de M. Pécrus sont des petites inutilités, tout

Merle ^

Baitanchon. commc ccUcs de MM. Merle et Battanchon ; que MM. Du- SeSSeSîgens, ^^sty, Scigneurgeus, Genod,Siégert, Léonard, Médine,

Siégert. Lix, Juglard et Picard peuvent se montrer du doigt et Médhîe^'LÎx, rire les uns des autres; enfin, que MM. Culverhouse,

Picard / Zuber-Buhler et Grund, étant étrangers, ont droit aux

Culverhouse,

^ eï^GruSd^*' plus grands égards, ce qui fait que nous ne dirons pas à

quel point leurs cadres nous paraissent desagréables.

Passons encore sans remarquer combien sont noirs m. Fauveiet. et maigres les Trois âges et la Couluriére, de M. Fau- Telet, sans prendre garde que le Jeu du tonneau de M. Monfallet manque de gaieté, et que le JAcd/re M.Montfaiict. du xvni« siècle du même peintre est d'une perspective absurde. Ainsi, le peintre a voulu sans doute que les personnages réunis au pied des tréteaux sur lesquels Pierrot déclare sa flamme à Colombine fixassent la scène, tandis qu'au contraire plusieurs semblent regarder à deux mètres — plus ou moins, — trop à droite ou trop à gauche. Du reste, il y a peut-être là des braves gens qui ont l'habitude de se tourner vers la Champagne pour voir si la Bourgogne brûle, et l'on peut bien soupçonner le soldat installé au beau milieu de l'assistance, et le jeune homme placé derrière lui d'être affligés d'un -épouvantable strabisme. D'autre part, les figures assises sur le bord d'une loge, à gauche, sont loin d'être en équilibre. Nous ne nous arrêterons pas non plus à M. Plassan, qui a mis au m. PUssan. Salon quatre petits tableaux microscopiquement exécutés, résultat qui prouve surtout la patience de l'artiste et l'excellence de ses yeux; mais nous ferons halte devant les panneaux de M. Fichel, — non pour nous m. Fichei. récréer, ils sont tristes comme la pluie, — mais afin de formuler une simple observation.

De nos peintres, les uns crépissent leurs pauvres petites figures d'une sorte de mortier ; plus ce mortier a d'épaisseur et d'aspérités rugueuses, plus la louange de prétendus amateurs s'épanouit vive et bruyante. D'autres, précieux et délicats, s'imaginant que l'art s'est logé au bout de leur pinceau, s'appliquent laborieusement à polir leur ouvrage, si bien qu'on ne puisse y retrouver la trace la plus légère de travail. Au lieu de mortier c'est du marbre qu'ils nous donnent; l'un vaut l'autre, le poids des deux matières est le même. M. Fichel préfère le marbre.

M. Pezous. Citons le Pot-au-feu du soldai, le Lavoir, la Cutsine au camp, de M. Pezous. Ces tableautins sont agréables et leurs prétentions ne dépassent pas la bonne mesure.

M. Ruiperez. Les Gardcs françaises au cabaret, de M. Ruiperez, sont mieux réussis encore et d'un goût plus relevé. La scène représente un intérieur d'auberge. Deux soldats attablés fument et causent, et une servante leur sert à boire ; à gauche, un gros chien noir est couché sur le carreau ; au fond, par une porte ouverte, on aperçoit une seconde salle où sont réunis d'autres buveurs. Le fond, d'un ton ferme, d'une touche spirituelle et large , mérite surtout d'être loué.

M. wiiiems. Au roU par M. Willems.— Une table; sur la table

une nappe; sur la nappe des assiettes, des plats, des flacons, des cristaux, etc. ; autour de la table, cinq gentilshommes, debout et le verre haut. « Au roi ! » disent-ils avec une loyale gravité. On voit au fond une grande cheminée où flambe un beau feu, — donc il fait froid; — sur le devant, à droite, une vaste cuve de cuivre pleine d'eau, dans laquelle quelques bouteilles nagent au frais, — donc il fait chaud. Peinture lisse, propre, soignée, époussetée, du genre marbre dont je parlais à l'instant.

La Sonate de M. BriUouin est un joli morceau, m. Briiiouin. Un bon vieux croque-notes, penché sur un pupitre, déchiffre de son mieux, sur un violon, du Mozart ou du Beethoven. Pendant qu'il s'absorbe dans ce délassement, son chien hurle de la bonne manière ; il paraît que la musique porte horriblement sur les nerfs du molosse. Ce tableau est d'un pinceau adroit et délié et, de plus, d*un ton agréable. Le Polichinelle malade, du même artiste, est assez bien mimé; malheureusement, la couleur est assourdie par des noirs trop opaques*

Étant donnés deux hommes qui se saluent dans m. Abcard. une antichambre précédant une série de pièces dont la riche perspective se prolonge fort loin ; un de ces hommes étant de noir habillé et l'autre ayant au braë une demoiselle attifée de satin blanci M. Accard jure

ses grands dieux que 4;ela représente un seigneur de la cour de Louis XIII, félicitant le poète Racan après sa présentation au roi. Je veux bien le croire; mais alors je plains du fond du cœur l'homme noir, — Fauteur des Bergeries, sans doute,— d'être perché sur des jambes aussi mal fixées au corps. Si, dans cet équipage, il peut marcher et courir, il donne un fier démenti aux lois qui régissent la machine humaine. M. Le plus grand, et de beaucoup, de tous les peintres

infiniment petits, c'est M. Meissonier. Ne faisant pas de tableaux lilliputiens pour imiter quelqu'un, il s'y adonne parce que cela le charme de couvrir de compositions à plusieurs personnages des surfaces qui tiendraient parfois dans le creux d'une main d'enfant. Il aime par instinct, par goût, par étude à regarder les gens avec le gros bout de la lorgnette ; il est vrai dans son culte, et si des lourdauds viennent marcher dans son ombre, ce n'est pas sa faute. Pendant que les autres peignent avec des pointes d'aiguilles des marionnettes incapables de remuer leurs bras et leurs jambes en fil d'archal, «es figures de deux ou trois centimètres, — de six ou sept au plus, — ont une finesse dans la physionomie, une carrure dans l'attitude, une solidité dans le dessin, et dans la peinture une largeur qui les font paraître hautes et agissantes comme des personnes naturelles.

D'un autre côté, il y a beaucoup d'homogénéité dans ses tableaux. Voilà bien la lumière de ces ombres, les ombres de ces lumières. Cet habit est effectivement celui de l'homme qui s'en est vêtu, et il n'a été usé et avachi par aucun aytre ; cela se voit aux entournures, à un certain flottement des basques, aux plis qui balafrent le dos. On peut faire une remarque analogue à propos de la culotte, de la veste, de la perruque et des souliers à boucles d'argent. De telle sorte que toutes les pièces, allant parfaitement ensemble, ont été prises dans la garde-robe de celui qui Jes porte, et non décrochées d'une friperie ou d'un magasin de théâtre.

M. Meissonicr a exposé cinq tableaux : un Maréchal ferrant, — précieux bijou dans les dimensions d'un dessus de tabatière; — un Musicien, — Autant debout à un pupitre et battant la mesure du pied ; panneau très-séduisant ; —Porirai/ de M. L. Fould; — ^le riche amateur est dans son cabinet, entouré d'objets d'art et de haute curiosité ; tableau à remettre sur le chevalet pour gratter et reprendre la tête et les mains, et en même temps pour revoir l'effet général qui a quelques duretés; — Portrait de M"""" H. T., — bien peint et bien composé; cependant un supplément de limpidité ne gâterait pas ce gracieux visage. — Enfin, Peintre dans un atelier, variante d'un sujet souvent

— 24,2 — traité par l'artiste; toile capitale, — dix centimètres carrés !---d'un grand esprit, d'une rare délicatesse. M.vetter. Parlons un peu de M. Vetter. Voici d'abord la Déclaration. Un raffiné du temps de Louis Xill en conte à une jeune femme. Malepeste 1 gentil muguet, que ne visez-vous un objet plus digne d'une galante entreprise? Vous endossez la belle veste de soie groseille, vous passez les belles chausses froncées, congruentes à ladite veste, vous cambrez la jambe avec une grâce de circonstance, vous répandez une odeur conditionnée au jasmin et à la bergamote, et, paré comme pour aller en cour, accommodé au dernier goût, vous poussez votre pointe auprès d'une laide-^ ron! Fi! que cela est de mauvaise grâce ! fi! la macaque! fi! fi! l'amoureux ridicule. Parbleu! si la princesse n'est point avenante, le jeune homme ne laisse pas que d'avoir bon air. 11 a bien des pieds de rustre et les genoux patauds, mais, mon Dieu, la belle veste et les belles chausses de soie groseille ! Le fait est que ces nippes sont merveilleusement peintes, et que la laideron porte une jupe de satin blanc ragoûtante à voir. L'autre tableau de M. Vetter représente Bernard de Palissy devant son fourneau à moitié éteint. Nouvelles combinaisons, nouvel insuccès ! Aussi, les mains jointes, le corps affaissé, le céramiste lève-t-il vers le ciel un regard douloureux. Çà et là gisent des

fragments d'aiguières, de drageoirs brisés par le feu. Des commères avec leurs enfants, des voisins en tabliers de cuir et les manches retroussées, des passants en robes de docteur, en pourpoints tailladés se sont groupés au second plan. Contemplant l'artiste accablé au milieu de son atelier délabré, ils échangent silencieusement quelques signes ou bien quelques paroles à voix couverte, et un plat historié de couleuvres et de poissons, mais écorné et fêlé, passe de main en main. On le voit, voisins, commères et passants estiment le pauvre potier bien et dûment atteint de folie.

. Ce tableau a été acheté 25,000 francs par la commission de la loterie. Le sujet est assez bien choisi, la disposition générale n'est pas dépourvue d'intelligence; mais je crois que pour une aussi grosse somme on eût pu acquérir une œuvre offrant moins le flanc à la critique, et que 2,000 francs eussent raisonnablement payé le peu de talent que l'artiste a déployé sur ces futiles poupées de carton ni bien dessinées, ni bien peintes, d'une exécution machinale, d'une couleur de convention, d'un effet contestable. Tout bien expertisé, j'aime mieux la veste et les chausses du raffiné de tout à l'heure.

Mais combien j'aime mieux encore les petites toiles M.A.st«Yens. de M. Alfred Stevens ! Quel parfum de bonne compa-

gnîe et d'élégance naturelle, quelle douce intimité dans ces cadres charmants qui répondent également aux conditions de Tart, de l'esprit et de la grâce ! A la bonne heure ! M. Stevens place l'intérêt de ses œuvres ailleurs que dans un chiffon de soie, de satin ou de velours. Ce n'est pas qu'il soit ignorant des subtilités du métier et que son pinceau le cède à quelque autre quand il s'agit de broder un châle, de capitonner un divan, de lustrer une robe, de bouillonner le tulle, de gaufrer la tarlatane ; mais l'artiste croit qu'il est préférable d'attirer les regards sur une expression, un geste, une idée que sur un détail, fût-il peint avec le microscope de M. Willems ou de M. Plassan. Dans ses petites scènes, il se montre franc, simple et nullement emprunté. Ne cherchant pas à peindre les passions, les ridicules et les vices de la comédie humaine, il n'est ni sarcastique ni railleur. Un intérieur confortable, mais sans étalage pompeux d'étoffes et de tentures qui vous ébouriffe, une jeune femme blonde, pâle, un peu frêle, d'une parfaite distinction, et un bouquet, voilà la décoration, le personnage et l'accessoire de la pièce ; puis., si l'auteur a besoin de faire intervenir un autre être animé, c'est un cher poupon qui s'attache avec avidité au sein de sa mère. M. Stevèns expose cinq toiles qui ne sortent pas de ce cercle familier. C'est la iVonre/Zc:— La jolie blonde

est en robe de mousseline blanche, sans autres falbalas que trois ou quatre étages de larges volants. Elle lit une lettre. A une nuance fugitive de satisfaction répandue sur les traits de la jeune fille, on devine que la nouvelle n'est pas affligeante. — C'est un Fâcheux : — Cette fois, elle est en robe de soie noire, unie ; elle s'est assise à un bureau pour écrire une lettre. Quelle lettre ? La réponse à celle de tantôt. Tout à coup, un fâcheux ouvre la porte de l'appartement; surprise et troublée, elle se lève, et, les mains derrière le dos, froisse vivement le billet commencé. — C'est le Bou • quel : — Elle a drapé sur ses fines épaules , avec une élégance tout aristocratique , un superbe châle jaune, pur cachemire ; sa robe est de velours feuillemorte et son chapeau vient de chez la meilleure faiseuse ; elle passe ses gants de Suède : madame va sortir. — La jolie jeune fille de tout à l'heure est maintenant une belle jeune femme. — ^Mais avant, elle lance à la glace un suprême coup d'oeil et caresse d'un dernier regard un beau bouquet déposé sur le marbre blanc d'une console rococo à feuillages d'or.— C'est une Mère : — Madame est rentrée. Elle a jeté son châle sur un meuble, et vite, dégrafant son corsage, elle calme l'impatience de son amour de bébé. — Enfin, c'est une Veuve :— Hélas ! oui, déjà veuve! Étendue sur un canapé de velours incarnat, elle réfléchit gravement

sur un bouquet placé près d'elle . Cependant un imperceptible sourire rassérène ce charmant visage, un peu triste encore. Allons, le chapitre des regrets sera bientôt épuisé, et nous ne tarderons pas à reléguer au fond d'un tiroir obscur cette robe de crêpe noir, inutile témoignage d'une douleur qui s'éteint dans l'aurore d'une tendresse nouvelle.

Ces tableaux, entre lesquels j'ai prétendu rencontrer une relation qui n'est peut-être qu'imaginaire, sont fort gracieux. La peinture en est aimable, facile et bien appropriée aux sujets. Les fonds sont d'un ton léger, les étoffes d'une exécution délicate et large, les têtes et les mains d'une grande élégance, et la couleur se montre, à propos, ferme ou transparente. Les carnations, néanmoins, manquent parfois de santé et de fraîcheur ; la tête de la Veuve n'est pas correctement construite ; le cou de cette jolie consolée demanderait aussi à être revu, corrigé et légèrement augmenté ; la robe de la Mère paraît un peu fripée, et le peintre, en cernant ses contours d'un trait sombre, attriste l'aspect de tableaux qui, malgré ces réserves, sont extrêmement charmants. — M. Stevens est Belge.

M. M. van Muyden est Suisse. Choisissant ses sujets

Van Muyden. J •»

dans un monde plus humble que M. Stevens, il vit tout bonnement en compagnie de paysans, de paysannes,

d'enfants et de moines italiens. Mais lui aussi tient le pinceau en homme d'infiniment d'esprit. Cachecache : Deux enfants se cherchent et s'évitent autour de la chaise de leur maman qui tricote. — Moine en prière : Le bon père, sec et chétif, est à genoux sur les dalles d'une église ; au second plan, à droite, des jeunes filles sont assises sur les marches d'un confessionnal. — Capucins dans leur intérieur : Ils sont deux ; l'un met en peloton le fil que l'autre tient en écheveau sur ses mains écartées; auprès des cénobites une chaise et un panier à ouvrage — de femme; — au fond, accroché à la muraille blanchie à la chaux, un crucifix ; à droite, un réchaud; à gauche, une couchette ; dans les environs, un chat faisant son ron-ron tout en clignant ses yeux obliques. — Les Délices de la maternité : Une mère penchée sur son cher nouveau-né lui sourit avec une ineffable tendresse. — Famille italienne en voyage : Les voilà partis, tous trois juchés sur le même âne, la femme devant, l'homme derrière, Fenfant dans les bras de la femme; Tânon gambade à gauche; à droite galope le chien, qui tire ime langue longue d'une aune, rouge comme un ruban écarlate.

La couleur de ces petits tableaux est douce, fine et légère,— généralement grise, toutefois, et roussâtre et molle; le dessin a bonne tournure,— mais avec de ci de

là quelques incorrections ; le travail est facile, libre, distingué, réjouissant, — néanmoins lâche par endroits, et telle jambe, telle main paraissent comme effacées. Quant à la physionomie des figures, elle est des plus expressives, et le peintre connaît à merveille Fart, bien moins répandu qu'on ne le suppose, de faire accorder le sourire des lèvres avec celui du regard.

M. PenguUiy- Lcstrois tablcaux de M. Penguilly-L'Haridon : Mort

L'Haridon. ^ ^

de Judas, saint Jérôme et les Rochers du Grand-Paon (île de Bréhat) semblent extraits du même bloc de porphyre. D'ailleurs, après les avoir taillés, burinés, ciselés avec la dernière précision, le peintre les a lavés et balayés en homme qui apprécie comme il convient les avantages d'une toilette propre et tirée à quatre épingles. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a quelque vingt ans, M. Penguilly a illustré un La Brvyère d'une manière fort estimable.

M. Biard. Après uuc louguc cxcursiou en Amérique, M. Biard" nous est revenu rapportant un bagage de dix toiles exotiques. M. Biard a fait beaucoup rire dans le temps. Il avait le monopole des charges peintes, et Dieu sait la joie qu'excitaient au Salon ses excentri-

cités plus grotesques que spirituelles^ et, du reste, médiocrement exécutées !

M. Biard a exposé cette année des nègres» des esclaves, des métis et des forêts vierges. A tout cela, le public ne paraît guère vouloir prendre garde. Il y a cependant un Emménagement d'esclaves à bord d'un négrier sur la côle d'Afrique qui a droit à quelque attention. Il s'échappe de cet entre-pont, où l'on entasse les moricauds à Tinstar de harengs dans une •caque, une odeur sui gencris qui vous prend à la gorge et vous fait tousser. Cette toile, après tout, est d'une mise en scène intéressante.

Le tableau intitulé : la Synagogue pendant la lec- m. Moyte. tare de la loi^ par M. Moyse, n'est pas mauvais. C'est lourd, c'est noir, c'est pâteux; n'importe, les types de tous ces fils d'Israël sont solidement exprimés, et la composition est agencée avec une certaine adresse.

Il a bonne mine, cet excellent curé qui fait la leçon m. Soyer. du catéchisme à toute une nichée de petites filles, les unes interdites, les autres rieuses et délurées, celles-ci fraîches comme des roses, celles-là rouges comme des grenades. Il y a bien un peu d'embarras et de lourdeur dans la touclic, trop de noir et de brun dans la coloration; mais, en revanche, tous ces gentils personnages ont beaucoup de naturel. M. Soyer, l'auteur de la toile, a mis an Salon deux autres ta-

bleautins— /a Bénédiction de Veau et le Pain bénit , — qui méritent également une mention honorable. M. Hue. M. Hue a exposé une Manon Lescaut dont il n'y a

M.deBergue pas lieu (le le féliciter ; M. de Bergue un Rembrandt peignant son tableau de la leçon d'anatomie où Ton

M. Appert, trouve du bon, du médiocre et du pire; M. Appert un Sedaine, tailleur de pierres, que des critiques ont beaucoup vanté, et que nous proclamerions, comme nos confrères, un excellent tableau, s'il était mieux peint, mieux coloré et surtout mieux dessiné ; M. E.

M. E. Perrin. Pcrriu, l'Allée des Dames, souvenir de Plombières ; — fin de la messe célébrée en présence de S. M. VempereWj le dimanche 4 juillet 4858.— Travail d'esprit, d'éclat, d'animation, de touches pimpantes et ver-

M.Landeiie. vcuscs. M. Landcllc a mis au Salon la Visite de LL. MM, V Empereur et V Impératrice à la manufacture des glaces de Saint-Gobain, tableau fin et

M.verschuur. gracicux, toutcfois d'uu ton triste et sourd; M. Versschuur, le Retour du marché, le Relais, Une écurie où l'on salue au passage des réminiscences de Wouvermans,— par exemple, le cheval gris pommelé et la localité ardoisée qu'affectionnait le précieux hollandais, — mais que déparent quelques personnages

M. Dargeias. saus toumurc et sans grâce; M. Dargelas, deux petits tableaux : la Dispute, et la Glissade sur la place de

M.PhUippo- Sarcelles,— qui sont assez bien;— M. Philippoteaux,

tcaux.

les Religieuses à la chapelle — qui sont très-bien; — M. Reynaud, les Deux jeunes filles des Abruzzes— m. Rcynaud. qui sont parfaitement bien;— enfin, M. Verlat une m. VerUi. grande machine qu'il intitule : Au loup! — et que je ne crois que brutale. Les Deux jeunes filles des Abruzzes sont en effet fort remarquables. Se tenant par les mains, la tête au yent, le pas rhythmé, la démarche en cadence, elles descendent un chemin rapide et poussiéreux, chantant à gorge déployée quelque joyeux refrain. La jolie désinvolture, le bel entrain ! Et tout cela est très-personnel, ne procédant que de M. Reynaud — et de la nature. Les Abruzziens à NapleSfles Lazzaroni à Naples, du même peintre, ont beaucoup de bonnes qualités. Je leur préfère cependant les Deux jeunes filles des Abruzzes.

Ce n'est pas M. Caraud qui souffrirait qu'un peu de m. Caraud. poussière se logeât au fond du plus petit recoin de ses tableaux. Parlez-moi du plumeau de M. Caraud ! Et comme il frotte les meubles, M. Caraud, comme il \ernit les souliers ! comme il astique le cuivre et lustre l'acier! Aussi, voyez, pas une tache, pas une souillure, pas une ternissure! — Je ne dis pas que l'artiste soit sans talent; mais tenez pour certain que le jour où son pinceau moins rangé s'en ira laissant derrière lui quelques traces de désordre, il en aura plus encore. La Prise d'habit de mademoiselle de La

Valliére, la Prièrey la Convalescence et la Chaise à porteurs forment le lot de M. Caraud au Salon de cette année.

M. Lazerges. M. Lazerges est un homme de mérite. 11 sait peindre, il sait dessiner, il compose avec goût, sa couleur n'est pas déplaisante, il a le sentiment de la distinction, et malgré tout cela le public lui tient rigueur et le connaît à peine. Les tableaux qu'il a mis à cette exposition, quoique remarquables en plus d'un point, ne réussiront pas, je le crains, à briser la glace. La toile des KabyWs moissonnant dans la plaine de la Mitidja n'est pourtant pas ordinaire. On y compte, il est vrai, deux ou trois paires d'épaules trop larges, et quelques jambes trop courtes et trop menues; mais aussi on voit là plus d'une figure peinte en toute franchise, éclairée par un vrai soleil d'Afrique. Au deuxième plan, un homme qui boit à une cruche, entre autres, est très-beau. Et puis, ne dirait-on pas qu'il règne une harmonie biblique sur la composition? Et sur la vaste plaine, ceinte au loin par la ligne azurée de l'Atlas, ne semble-t-il pas que Booz va s'avancer, séparant les ondes d'épis dorés, jusqu'au milieu des ouvriers diligents?

J'aime moins la Danse des Aïssaouas. « Les membres de cette secte, dit le livret, fondée par Sid-Aïssa, se livrent à toutes sortes de danses, et d'exercices

bizarres, quelquefois repoussants. Arrivés à un état d'exaltation extrême, ils ont la faculté de pouvoir manger des serpents, des scorpions, des charbons ardents et des entrailles d'animaux vivants. » Le peintre a esquissé des attitudes désordonnées, il a représenté des hommes qui bondissent comme des bêtes fauves, qui marchent sur des lames de sabre, ou se tordent dans des convulsions horribles, et il a, dit-on, rendu la scène avec une exactitude irréprochable, dans tous ses détails atroces. Ah ! je conviens que, si au lieu du calme méthodique qui a bien mis chaque chose à sa place dans ce drame barbare, j'y voyais la moindre trace d'une brosse passionnée, mon imagination aurait pu en être saisie. Mais telle qu'elle est exécutée, il s'en faut que l'effroyable frénésie des Aïssaouas me remplise d'épouvante. Pour représenter, comme l'a fait M. Lazerges, la danse des illuminés arabes , il faut beaucoup de talent ; pour la rendre avec sa poésie féroce et exaspérée, un peu de génie eût été nécessaire.

Quittant ces convulsionnaires sinistres pour un m. h. Baron, spectacle plus attrayant, on ne saurait mieux faire que de s'accouder un instant devant le cadre de M. Henri Baron : Retour de chasse au château de Nointel. Voilà au moins un peintre qui prend les choses par leur riant côté. Avec lui pas de drame, pas

de passions éplorées ou tragiques : la vie n'est qu'un rouleau d'anecdotes que dévide le plaisir. Il aime la jeunesse avec ses étourderies, ses galants caprices, ses désirs et sa joie facile; il ne connaît qu'un soleil, celui qui joue, sans les brûler, avec le satin, les rubans, le gazon et les fleurs , et dont chaque rayon détache un trait vif et spirituel. C'est, il est vrai, un printemps d'opéra qui pose dans son imagination; mais, parfois, il n'est pas mal qu'il en soit ainsi, et Watteau, après tout, s'est assez bien trouvé de n'avoir connu que celui-là. Prenons donc M. H. Baron pour un artiste fort aimable. Sa couleur affecte souvent des éclats un peu durs, des lumières un peu lourdes, son pinceau n'a pas la touche infailliblement légère, c'est-à-dire que l'auteur du Retour de chasse ne possède ni la limpidité de coloris, ni la fluidité d'exécution du peintre des Fêtes galantes; mais d'humeur franche, d'une bonne et communicative gaieté, l'esprit bien présent, il laisse entrevoir des perspectives heureuses qui font sourire l'esprit et l'invitent à penser à l'amour.

Cependant, pour le Retour de chasse, le peintre est entré plus avant que par le passé dans la réalité; il a quitté Venise et Florence, Carpaccio et Boccace, ne demandant plus à la fantaisie que quelques fleurs de grâce et d'élégance, et l'on ne voit pas qu'il ait moins

réussi qu'autrefois. Au contraire. La composition nous montre, sur le perron du château de Nointel, une société distinguée attendant, à l'ombre d'une vaste véranda, l'arrivée des chasseurs. C'est un tableau de famille ; chaque personnage est un portrait. L'ombre que projette la véranda est de la plus fine qualité ; le soleil pailleté de tons joyeux la robe à bandes rosées de la dame qui descend les degrés du perron, une ombrelle à la main ; l'enfant qui donne à boire à un grand chien, sur le devant du cadre, est joli ; enfin, pour mieux dire, femmes jeunes et âgées, robes de toutes nuances, domestiques de l'un et l'autre sexe, bébés grands et petits, chiens, piqueurs, gentilshommes, gibier, tout, — hormis le paysage, — est charmant, d'une ingénieuse disposition, d'un travail galant, souple, amusant.

M. Henri Baron a un homonyme qui ternit Féclat m. s. Baron. du nom. M. Stéphane Baron a peint une Marguerite au jardin : « partie de décoration d'un salon, » dit le livret. Pauvre salon ! Il a exposé en outre un Rêve d'amour et les Délaissées.— Tristd ! triste ! triste !

M. GreUet. Je prends la parole pour un fait personnel.

Un jour, au Salon, j'allais d'un cadre à Taulre, l'œil quêteur et le calepin ouvert. Un petit tableau représentant l'attaque du bastion central, à Sébastopol, m'arrêta et je pris une note. En ce moment, un jeune frère des Écoles chrétiennes s'approcha, et, après une révérence : « Peut-être, dit-il, allez-vous faire un compte rendu du Salon?— J'y pense, en effet. — C'est moi qui suis l'auteur de la toile que vous examinez.— Ah !— Et j'ai là, dans la galerie prochaine, un tableau où j'ai figuré la mort de notre vénérable de La Salle. Je vous serai obligé de lui donner, en passant, un peu de votre attention.— Je n'aurai garde d'y manquer. »— Le jeune frère s'éloigna. V Attaque du bastion centra/ n'est vraiment pas mal. Nous trouvons bien, au milieu de la bagarre, un général ou un colonel dont les jambes et les bras jurent un peu avec le torse;— pardonnez-moi, cher frère, mais je ne vous ai pas dit que je cèlerais vos petits défauts, — en outre, la toile est d'une couleur grise et fade ; mais, par contre, la compositioil a du mouvement, et ces bons petits soldats montent à l'assaut avec vaillance.

Cependant le tableau représentant la Mort du vénérable J. B. de La Salle est plus intéressant, mieux ordonné. L'aspect en est simple et touchant; les personnages qui entourent la couche funèbre expriment pieusement leur affliction, la couleur n est pas sans avoir de la tenue, .et, à part quelques peccadilles de dessin et d'exécution, l'œuvre est digne d'éloges. — Vous le voyez, cher frère, je me souviens de notre rencontre de l'autre jour.— Il ne faut pas oublier que ces deux toiles sont inscrites au catalogue sous le nom de M. Grellet.

Si le talent de M. Edouard Frère n'est pas des plus m. e. Frère forts^ il y aurait injustice à le ranger parmi les plus faibles. Il occupe un milieu honnête qui le soutient à la hauteur d'un grand nombre d'intelligences, lui assurant ainsi les avantages d'une popularité honorable. Au fait, la Grande bataille a de l'animation et de l'esprit. Un jour d'hiver, les gamins d'une petite ville se sont rencontrés au sortir de l'école, sur la grande place, devant l'église ; partagés en deux bandes à peu près égales, ils se livrent un combat acharné, se garochanty — comme on dit au pays vendéen, — des boules de neige. Les projectiles se croisent, l'un n'attendant pas l'autre, arrivent souvent à leur but et couvrent les victimes d'une poussière blanche et glacée. De là des cris, des éclats de joie, des mouve-

ments de colère^ des gestes menaçants^ et^ conséquemment, un redoublement d'efforts des deux côtés. Le peintre a très-ingénument varié les attitudes et les expressions de ses petits combattants. Je dirai mieux, si Wilkie, sans rien changer à la composition, avait pu la toucher seulement du bout de son pinceau malicieux et léger, la Grande bataille serait bien près d'être un chef-d'œuvre. Malheureusement Wilkie n'a pas légué son secret à M. Éd. Frère, et voilà un tableau gâté par la densité de la pâte et la lourdeur de la brosse. Les autres toiles de H. Éd. Frère, la Petite école, un Intérieur au Pollet, et Y Asile pour la vieillesse à Écouen ont tous les défauts, mais non toutes les qualités de la Grande bataille. Néanmoins, Y Asile est un cadre intéressant, d'un effet juste et naïf. M. G. Chasse- J'ai parlé de H. Gustave Chassevent à propos d'un

vent.

Christ au jardin des Oliviers, toile d'un bon sentiment religieux. Nous retrouvons le peintre employant aussi heureusement le mode familier. La . figure de la Ménagère a de la naïveté ; elle est bien peinte et d'une couleur solide, ainsi que tous les M. G. Chasse- acccssoircs qui l'entourent. M. Charles Chassevent,

vent. ^

frère du précédent, a bien son mérite, lui aussi. On dirait que ses deux tableautins, la Caresse et Marguerite, ont passé sur le chevalet de Diaz. Dans Margmrite surtout, la lumière est franche et large.

Au couvent il y a temps pour tout : pour la prière, m. Gide. le jeûne, la discipline, le travail, les aumônes, voire le jeu de boules. M. Gide, du moins, nous représente des capucins — ou des franciscains — se disputant boules en main, avec une gravité monacale, le prix de l'adresse et du bien-jouer. La Récréation au couvent est d'un effet piquant; le soleil éclaire d'une lumière propice et d'un reflet bienveillant les délassements du cloître. Les types ont de la variété, les poses de la précision, la couleur est généralement bonne. — Encore un couvent, mais de nonnes, cette fois. Lesueur fait le portrait d'une religieuse qui, du haut de sa chaire en bois sculpté, rappelle, par le visage et l'attitude, les madones des peintres de la fin du xv* siècle. M. Gide fera bien de se précautionner contre la tendance qu'aurait sa couleur de tomber dans les tons opaques.

Le tableau de M. Decaen, le Maréchal Randon rece- m. Decaen. vant la soumission des tribus de la grande Kabylie, est traité en esquisse, mais souvent avec habileté et bonheur. Le groupe des Arabes qui fait face au maréchal est surtout d'une riche couleur et d'une interprétation spirituelle.

Le talent de M. Hillemacher a beaucoup d'heureuses Haiemâchep. qualités. La couleur est agréable, la pantomime claire, la peinture grasse, le pinceau exercé, et les

sujets que choisit d'habitude l'artiste, d'un intérêt

un peu bourgeois peut-être, sont toujours présentés

avec bonhomie. Le James Walt est bien, de même

que le Jean Guitemberg.

M. CaMjy. Citons YAbreuvoir au bord du Thermodon, par

M. Casey, qui paraît tout préoccupé de Rubens, ce

M.Deiamarre. qui n'est pas uu crimc; les intéressants tableaux eth-

M»«Hautier. HOgraphiqucs de M. Delamarre; un joli Inlérieur

M. de Pineiii. rusttque de M"' Hautier ; une composition de M. de

Pinelli : Après l'assassinat de Riccio, qui n'est pas

M. haïssable: les Chevaux russes allant à l abreuvoir.

Yon Thoren. ^ '

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