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L'ART CHRETIEN

Si nous devions faire une étude approfondie de Tart religieux en France, à l'époque actuelle, l'Exposition ne nous offrant que des éléments incomplets, nous irions chercher dans les basiliques des signes moins négatifs de sa force et de sa vitalité, et nous saurions en même temps dans quelle proportion le bon grain est mêlé à Tivraie. Nous rencontrerions parfois des travaux où se trouve une componction de cœur, une sérénité, une béatitude qui les rapprochent des l)eintures des grandes époques; il est vrai que nous

— 1)8 — serions condamnés aussi à voir à coté, sous les mêmes arceaux, des œuvres conçues et exécutées par des peintres sans conviction et qui ne pouvaient d'ailleurs exprimer des sentiments dont ils n'étaient pas pénétrés.

La peinture religieuse constitue la plus haute sphère de l'idéal. C'est elle qui résume les tendances les plus sublimes, les types les plus parfaits de la beauté, les plus nobles caractères du style, de l'expression et de la pensée. Aujourd'hui, cependant, (juand il s'agit de saints et de madones , on voit la plupart des artistes oublier les miniers de modèles que nous ont laissés les maîtres et dans lesquels l'austère dignité de l'art s'adapte si bien à la gravité du sujet. Non-seulement leur imagination ne prend pas son vol jusqu'aux régions de l'idéal mystique, mais ils s'exercent à remplacer la majesté des formes et des proportions, les nobles principes du goût, par une sorte de manière fausse ou exagérée, par des formules banales ou maladives affublées tout au plus d'une défroque byzantine. Ils ne travaillent ni avec leur raison qui leur commanderait entre autres choses de s'appuyer sur les traditions, ni avec leur âme, parce qu'elle est sans émotion et sans croyances. Ils ne méditent pas, ils improvisent. Ne recevant pas leurs inspirations d'en haut, quelques-uns des plus habiles se con-

tentent d'une imitation exacte de la nature, lésultal que certaines théories présentent comme le dernier mot de Fart, et, le culte du plus grand nombre s'adresse à la forme et non à l'idée.

Cependant nous avons encore parmi nous des continuateurs des pures doctrines. Les magniflques travaux de M. Flandrin, par exemple, se distinguent par une majesté naïve, une élévation de pensée, et une candeur qui font souvenir des œu\Tes des anciens âges; ils en ont le langage' sincère, expression simple et touchante de la vérité éternelle, et l'on y retrouve la recherche et la grâce exquise de la beauté infinie, entrevue par les maîtres des siècles chrétiens.

Mais si quelques églises renferment des œuvres où se reflètent la clarté, et ïa certitude des croyances qui en ont fourni l'inspiration, le Salon des Champs- Elysées n'en peut, en revanche, montrer aucune. Cependant cette branche de l'art est celle de toutes qui reçoit de l'État les encouragements les plus importants et les plus suivis. Le nombre de travaux de ce caractère que le gouvernement fait exécuter chaque année pour les églises de l'Empire est à peine

— iOO — calculable, et malgré cette protection incessante, si l'on voit à de longs intervalles les artistes remplir avec soin leur tâche, il est certain que le plus souvent leurs œuvres donnent seulement le niveau d'une incapacité radicale, ou bien de la négligence la plus fâcheuse.

Pour se rendre compte d'ailleurs de la qualité des tableaux que l'État reçoit quelquefois en retour de ses largesses, il suffit de parcourir les galeries de l'Exposition. La plupart des toiles religieuses qu'on y trouve ont été faites sur commande, et l'on devine par avance le désappointement naïf dii curé et la stupéfaction des paroissiens quand ils verront accrocher dans leur M-'Bertaut. églisc Jésus montré au peuple , par madame Bertaut, vaste peinture d'un goût détestable, d'un aspect repoussant , ou bien les Chrétiens sur le 6tl- M. Chariet. cher, grande image coloriée par M. Omer Charlet. Croit-on que des œuvres niaises comme la Mort MM. David, de saint Joseph, de M. David; Jésus révélant le Dergny. mystère de l'Eucharistie, par M. Dergny ; le baptême Guiiiemii, de Clovis, par M. Crauck ; saint Sébastien, par M. Guillemin, provoquent des sentiments meilleurs? Et Vaines, Notre-Dame de France, par M. Vaines; et Y-Adoration A.charpentier des bergers, de M. Auguste Charpentier; et Jésus chez Dejussieu, Marthe et Marie, par M. Dejussieu ; et la Sainte Fa- Chatiiion . mille, de M. Chatillon ; et le Mariage de la Vierge, de ma-

Ifat

dame Dalleniagiie ; et YInslitulion du Rosaire, par DAiiemagne. M.Gorecki; et la Vierge consolatrice des affligés, V^^^^^Qir^!;^ M. Riss, et les cadres de MM. Girodon, Zier, Nègre, ^^'p^pinf **• Papin, Hansmann, Maison, Morel-Retz, Navier, '"îuûo^n"* Mayer, Loustau, etc., etc., pense-t-on qu'ils soient N*rier.Mayi»*r

et Lottttaii.

pour les églises qui les abriteront un ornement et une parure? Ne peut-on pas exprimer le même doute à propos de la Lapidation de saint Etienne, par M. Paul Balze, œuvre lourde de formes et de facture ; de m. p . BaUe. la Mort de saint Jostip A, tableau où M. Laville a repré- m. LarUie. sente le personnage principal assis de face, avec les jambes rejetées de profil, ce qui est extrêmement laid, et de la Flagellation, par M. Pinel, toile d'un ton m. Pinci. rose vineux très-peu agréable, et dont un grand diable de soldat placé au premier rang couvre les trois quarts? Quel mince avantage pour une église de posséder le Dernier sermon de Jésus sur la montagne^ composition dépourvue de style, de M. Dupuis; la m. Dupais. Conversion de sainte Thaïs, par M. Bertrand, sujet m. Bertrand, mis en scène sans originalité, dessiné sans accent, coloré sans éclat ni vigueur; le Christ au jardin des 0/mcr5,parM.Zispelius,tableau qui n'estque bizarre; m. ZispeUns. saint Lazare abandonné sur la mer, enluminure de M. Viger-Duvignau; le bon Larron, grande machine Dûrlgnau. désordonnée de M. LevoUe; et saint Paul convertissant m. LeroUe. Lydie, peinture qui serait plus estimable sans doute

M. Norbiin. quc Ics précédentes, si M. Norblin n'y avait un peu trop montré sa prédilection pour le nombre deux?— Deux figures meublent le fond; à gauche on voit deux femmes qui se penchent attentives vers le saint ; à droite, on compte deux hommes debout, et sur le devant deux autres hommes accroupis; dans le coin opposé, une mère tient son enfant dans les bras; enfin, pour prêcher, saint Paul s'est placé entre deux piliers, et Lydie écoute la parole de l'apôtre, assise sur les deux marches du péristyle.

M.Briguidoui. Voici maintenant Job sur le fumier, par M. Briguidoul. C'est l'œuvre d'un jeune homme qui n'est pas sans mérite, mais qui a le tort très-grave de s'engager sur une route malsaine, et de faire ses délices des plus mauvais échantillons de l'école espagnole. Son tableau est rebutant, et les quelques qualités de couleur qu'on y trouverait, peut-être, en examinant la toile avec attention, sont peu de chose auprès du goût grossier et du style trivial dont cette peinture fait effrontément étalage. M. Briguidoula peint également un portrait posé avec une prétention prodigieusement ridicule, et une Danaé où des parties de modelé assez fin et même déhcat donneraient de l'auteur une opinion avantageuse, si le coloris uniformément réglissé n'indiquait chez lui comme la résolution d'enlaidir quand même la nature.

M.Pichon a exposé un tableau représentant «atnf m. Piruon. Memmie ressuscitant un enfant. La composition n'est pas heureuse, et le brancard sur lequel est étendu Fenfant coupe la figure du saint de la façon la plus maladroite. La mère est gauchement posée ; elle est fade comme expression, mesquine comme ajustement, son attitude a toute la roideur et toute la mauvaise grâce d'un mannequin; enfin, de Témotion qui dans ce moment solennel devrait envelopper la scène, on ne voit aucune trace. La tête de saint Memmie est d'un assez beau caractère, mais l'œuvre est partout d'une propreté sourde et attristante.

Une toile de M. Lafond représente le Christ étendu m. Lafona. mort dans une grotte. 1^ couleur en paraît assez belle et la peinture, comme pratique, prouve de rhabileté. Malheureusement le dessin dénote chez l'artiste l'absence du sentiment de la distinction. Par exemple, les genoux ont un volume qui ne se rencontre que dans les natures communes. On pensera de plus que cet effet qui consiste à plonger toute la figure dans l'ombre pour appeler seulement la lumière sur uiie main et sur une petite partie du bras auquel appartient cette main, n'est pas d'un goût relevé. J'aime mieux le Christ mort de Philippe de Champaigne, avec lequel celui de M. Lafond n'est pas, d'ailleurs, sans avoir un peu d'analogie,

M. Meynirt. M. Mcynicr a peint sur une grande toile saint Paul ressuscitimt un jeune homme pendant son séjour en Troade, Le personnage principal est gros et court, et ii est posé de telle sorte qu'on lé dirait amputé de la jambe droite. On ne comprend pas non plus comment le jeune homme qu'il rappelle à la vie a pu se trouver sur son passage, abandonné seul à rétat de cadavre sur les dalles de la rue. Aussi la composition manque-t-elle de clarté. Au fond les figures qui descendent un escalier sont dessinées dans un bon sentiment de largeur. Quant au style que comportait le sujet, il paraît que le peintre n'y a pas songé.

M.Richomme. On pourrait faire la même observation à M. Richomme, dont le tableau montre le Christ disant cette parole sublime : « Laissez venir à moi les petits enfants. » Ce travail n'a aucun des traits de simplicité, de douceur et d'onction qui devraient y dominer. Les peintures que M. Richomme a exécutées à Saint- Séverin, et dont il a envoyé à l'Exposition une petite esquisse, sont comprises dans un meilleur esprit.

Je reviens à M. Meynier pour dire que son épisode du Massacre dès Innocents est supérieur au saint Paul. La toile est d'une coloration molle et difihise, et d'un faire peu solide, il est vrai, mais la composition a de la grandeur.

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Dans la Maler dolorosa de M. de Rudder^ la ligne M.deRudder. qui , partant des mains appuyées sur le bois de la croix se prolonge avec les plis du manteau jusqu'au delà du bout des pieds, est d'une longueur désagréablement exagérée.

«En ces jours, Joseph vint à Bethléem, ville de M.Lefebrre. Juda, avec Marie, son épouse, qui était grosse... Or, il arriva qu'accablés de fatigue, ils allaient frappant (le porte en porte... » M. Lefebvre s'est inspiré de ce texte pour le tableau qu'il a intitulé : La Veille de Noël. Ce n'est pas là de la peinture ample et vigoureusement sentie; elle ofifre cependant un ensemble touchant qui annonce chez le peintre de la sensibilité. Le corps épuisé par le voyage, Marie s'appuie sur un arbre, pendant que Joseph heurte à la porte d'une hôtellerie qui reste close. Le geste et l'inquiétude du vieillard, la résignation simple et naïve de la femme sont exprimés avec assez de tact pour que les fautes d exécution que l'on peut rencontrer çà et là soient passées sous silence.

Un moine épanche ses pieuses douleurs dans les bras de Jésus-Christ, — la Conversion intérieure, — un moine reçoit de Jésus-Christ des paroles de consolalion,— rj^n^re/ten intérieur. — Ces deux tableaux d'un travail un peu grêle sont de M. Michel.

Après avoir cité les Douze Apôtres^ de M. Doze, m. Doze.

frise d'un bon aspect^ et le saint Etienne allant au

M. Quantin. martyre, de M. Quantin, toile sans conséquence et dont la tonalité, qui rappelle celle du cuir bouilli ou du pain d'épices, est totalement dénuée de distinction, arrêtons-nous un instant devant le tableau de M. Donnât : Adam et Eve trouvant leur enfant mort.

M. Bonnat. Adam cst agcnouiUé, il exprime violemment son désespoir ; Eve, assise, a placé la tête d'Abel sur ses genoux, et, les mains ramenées sur la poitrine, elle regarde son fils inanimé avec une douleur mêlée de surprise, car elle ne savait pas auparavant ce que c'était que la mort. Le mouvement d'Adam est maniéré; les jambes de cette figure ont de la dureté, les genoux d'Eve sont détaillés à l'excès. Dans quelques parties on signale un dessin arrondi, presque partout une coloration briquetée à la manière de Lebrun. Cependant il faut reconnaître qu'il y a beaucoup d'abandon et d'élégance dans la figure d'Abel; la tête est jolie, le ton fin, le travail souple et délié. Avec un peu plus d'ampleur dans les contours, de vigueur dans la pratique, ce morceau serait tout à fait rem'arquable. Les figures d'Adam et d'Eve révèlent, également, des qualités d'intelligence et d'habileté dont M. Donnât doit tirer un jour un excellent parti, surtout s'il peut donner à son crayon et à sa brosse plus de largeur et de simplicité. Son début a été fort remarqué, et son

— i()7 — tableau est apprécié comme l'œuvre d'un jeune artiste doué d'une organisation pleine d'espérances brillantes.

Élie dans le désert, par mademoiselle Wagner, m«»« Wagner montre un talent qui s'est formé aux bonnes écoles. Le livret assure toutefois que l'artiste sort de l'atelier de M. Jacquand. Il est probable qu'après avoir passé les premiers jours de son apprentissage auprès de ce notable peintre, qui ne pouvait lui apprendre de l'art rien qui fût grand et raffiné, mademoiselle Wagner aura étudié les vrais maîtres dans leurs œuvres. Elle y aura recueilli sans doute des principes assez différents. Élie dam le désert porte le caractère d'un compromis entre l'école allemande moderne et l'école ombrienne, à laquelle il faut bien se rattacher un peu si l'on veut retrouver le but transcendental et les doctrines vitales de l'art chrétien. Il y a de la dignité et de la grandeur dans le geste, de la teiyie et du charme dans le contour. Cependant l'accent des articulations demanderait plus de fermeté. La tête de l'ange ne s'attache pas exactement au cou, et dans les formes d'Élie, épaisses plutôt que robustes, se révèlent les tâtonnements d'une main encore mal assurée. Quoi qu'il en soit, cette toile est l'œuvre d'un es[)rit distingué.

Après avoir signalé les toiles de M. Chazal — m. Chazai. d'une part Jésus chez Simon ^ de l'autre la Lecture, le

Peintre de vases, et deux portraits — sur lesquelles apparaît une grande liberté de travail et le goût de M. Schopiki; après avoir noté au passage deux tableaux

M.Marquerie. de M. Marquerie^ — la Nativité de Notre-Seigneur^ et le Miracle des roses au tombeau de la sainlt Vierge, ainsi que le Christ guérissant deux possédés,

M. HousM. par M. Housez, et le Christ au jardin des Oliviers, de

G.Chas'sevent M. G. Chasseveut, toile d'un sentiment élevé et d'un aspect simple^ nous terminerons la revue des tableaux religieux par l'exposition de M. Timbal.

M. Timbal. H. Timbal procède des maîtres italiens de la fin du xv« siècle, de M. H. Flandrin et aussi de lui-même. Des vieux peintres il aime les ordonnances simples et naïves, la candeur et la foi; il en adopte les traditions dans leur pureté primitive, c'est-à-dire exemptes de tout mélange païen. De M. Flandrin il chérit le dessin calme, le style majestueux, la tendresse linéaire, et en lui-même il trouve des éléments personnels qui l'aideront sans doute à dégager complètement son individualité. Néanmoins sa palette est sourde et endormie. Celle de M. Flandrin sommeille, il est vrai, au milieu de tons d'agate qui décolorent la nature, mais en la voilant d'une gamme douce et légère qui donne aux belles peintures murales de Saint- Vincent et de Saint- Germain un charme irrésistible de sérénité. M. Timbal a le défaut sans la qualité; il est

terreux, opaque et plombé, sans la circonstance atténuante dont H. Flandrin a tiré un parti si heureux, et c'est là un écueil dont son intelligence éclairée aura sans doute un jour raison.

D'un autre côté, H. Timbal, qui recherche de préférence, par goût conune par tempérament, les formules de rélégance et de la distinction et qui les rencontre très-souvent, ne laisse point que de tomber parfois dans des écarts frisant de près la vulgarité. Par exemple, le Sculpteur florentin pourrait, sans incon- Ténient, être moins laid, moins cagneux, et changer un peu sa physionomie qui est celle d'un homme livré aux douleurs d'une colique aiguë ; quelques détails d'un portrait de magistrat, qui renferme d'ailleurs de trèsbelles parties, demanderaient aussi à être atténués.

La jolie légende de sainte Rose de Viterbe a fourni à H. Timbal le sujet d'une composition originale.

et A douze ans, dit la notice, elle parcourait la ville, prêchant dans les rues la pénitence et la concorde, et ramenait la paix entre ses concitoyens. »

La sainte est debout, à gauche, sur le perron d'une maison; les mains jointes et levées vers le ciel, elle prononce les paroles que Dieu lui dicte. Devant elle un évêque, entouré de quelque personnes de son clergé, l'écoute étonné et ravi. Sur le devant, une femme assise et d'autres à genoux sont attentives au dis-

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cours de la jeune inspirée, et la foule continue la composition à droite, traduisant par des gestes divers les sentiments qui l'animent. Au centre, vers le troisième plan, la silhouette générale se relève avec un homme de guerre à cheval, et Tombre qui s'étend sur le côté gauche, occupé seulement par trois ou quatre figures, suffit, avec sa localité relativement puissante, à équiUbrér le groupe de droite chargé de figures.

Cette composition, d'une ordonnance bien agencée et en apparence très-simple, n'offre peut-être pas le parfum de spontanéité qui marque d'un cachet si frappant presque toutes les créations des maîtres ultramontains primitifs; l'on voit ici trop de calcul dans l'arrangement soigneusement cadencé des lignes. Cependant l'ensemble est harmonieux, et en étudiant l'œuvre, on remarque des mouvements vifs, des types presque toujours bien choisis, des expressions variées et des ajustements dont l'archéologie pittoresque et savante n'a rien qui blesse le goût et contrarie le regard. De temps en temps la brosse semble lourde; certains détails demanderaient, je crois, une touche plus fine et plus ingénieuse; il y a aussi dans la perspective des tons quelque chose à reprendre, et il est à craindre que l'on ne discerne pas du premier coup d'oeil la maison à laquelle appartient le perron qui

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sert de tribune à la petite Rose; mais la flgure de la sainte est très-bien posée^ Tévêque est excellent^ les personnages^ pour la plupart, sont réussis, etrexécution, aumoins dans les endroits essentiels, semble poussée à fond. Enfin, si la couleur ne brille pas de tons yifs et sonores, Teffet a une douceur et une unité ménagées avec une consciencieuse habileté.

M: Timbal a appelé ÏEtude le buste d'une jeune femme habillée à la mode florentine du xv* siècle. La tête se voit de profil ; elle est coiffée de quelques brins de verdure et d'un filet d'or, d'où s'échappent les ondes d'une chevelure opulente. Cette toile, la meilleure que l'artiste ait exposée cette année, ne mérite à peu près que des éloges. Le visage est d'une beauté suave et flère, il dessine un contour d'un galbe superbe ; la ligne chaste et ferme du cou et de la gorge, le charme du regard, le goût sobre des ajustements, Télégance svelte du dessin, la grâce aisée du modelé, tout concourt à faire de ce tableau une œuvre du plus noble caractère. Je dirai seulement que la main gauche, celle que l'Etude porte à sa poitrine, a les dernières phalanges trop épatées pour n'être pas communes : deux ou trois coups de pinceau corrigeraient ce défaut, et j'espère que M. Timbal n'hésitera pas à les donner,

S. A. I. la princesse Hathilde dont le goût artistique

fait toujours bonne roule, et qui est elle-même |)eintre distinguée, est devenue, dès les premiers jours du Salon, propriétaire de V Etude de M. Timbal.

Par la revue qui précède on voit combien les artistes sont dévoyés quand il s'agit de l'art religieux ; aucun lien ne les rattache, et pour un ou deux qui se sont faits les pieux et savants champions des saines traditions, on en compte cent qui vont au hasard, chacun tirant de son côté^ sans idée précise sur la route à suivre.

A Paris, dans ce vaste centre, toutes les aptitudes s'entassent; elles se heurtent, se contredisent, s'émoussent et presque toutes disparaissent avant d'avoir jeté la moindre lueur. C'est une lutte confuse, un encombrement incroyable de capacités; on essaye de tout un peu, sur commande, rarement par conviction, et quelle cohue, quel bruit pour un mince résultat! Nul ne s'inquiète; les uns et les autres multiplient avec une fécondité désastreuse les témoignages de leurs misères intellectuelles, et tous, s'aveuglant sur leurs forces, pour^ivent leur besogne sans remarquer que tout ce qu'ils font porte l'empreinte de plus

en plus visible du déclin, et que leurs travaux ne sonl ordinairement qu'une profanation de l'art.

Si les artistes vont ainsi sans direction et sans autre guide que leurs caprices, c'est que nous n'avons en France ni école proprement dite, où le but réel de l'art soit enseigné par un maître croyant à des disciples attentifs, ni le respect des traditions qui transmettent le culte des émotions pures du cœur et des créations naïves de l'imagination, et qui sont comme l'expression et le symbole de l'art chrétien.

Ainsi pas de parole dirigeante, expliquant les défauts que tout prescrit d'éviter, les difficultés qu'il importe de surraontei, développant les bons instincts et les ressources de Tesprit, dissipant l'erreur et proclamant la vérité ; pas de maître familiarisant l'élève avec les beautés que la réflexion peut seule faire aimer et comprendre, les préparant à une sensibilité supérieure, et les excitant à saisir et à traduire à leur tour ce je ne sais quoi d'inexpliqué et d'inexplicable en effet, cet idéal, préoccupation des grandes âmes, qui fait plus pour la gloire d'une œuvre que les audaces les plus surprenantes et les plus heureuses du crayon et de la brosse. Nous avons des chefs d'atelier, nous manquons de professeurs.

Si nous possédons des monuments propres à nous éclairer et à nous fortifier, on s'en éloigne, et les

- lu regards distraits n'essayent pas d'en pénétrer le secret. Sous prétexte que les traditions sont des' lois, et que les lois asservissent la pensée, on prend des licences qui sont autant d'outrages pour l'art, et l'on se jette dans un chaos d'idées sans commencement et sans but. Oui, les lois, quand elles dégénèrent en métliodes fixes, sont une contrainte pour les spéculations de l'esprit, parce que l'homme est si différemment constitué que ce qui convient aux uns gêne les autres. Hais si, au contraire, elles se prêtent à toutes les dispositions particulières, et si l'artiste, après une expérience raisonnée de ses propres besoins, sait les interpréter sans en altérer l'essence, selon ses forces et son tempérament, elles sont le flambeau qui illumine la route et non la barrière qui intercepte le chemin.

L'abandon des lois, c'est-à-dire des principes généraux et fondamentaux de la tradition, livre l'esprit aux inconséquences et aux caprices d'une fantaisie effrénée ; ceUe-ci détruit les germes qu'eût fécondés rétude, elle affaiblit graduellement les notions du juste, du vrai et du beau; elle en interdit le renouvellement, et laisse derrière elle le souvenir ariier cle labeurs inutiles et improductifs.

Ce qui est triste surtout, c'est de voir nombre d'inteHigèticês destinées pieut-êtré, sî elles eussent été

contenues et bien dirigées, à jouer un rôle important, qui s'applaudissent de leur erreur, après s'être affranchies de toutes règles, et qui, prenant la pratique de l'art pour Fart même, ne recherchant que son côté plastique et matériel, croient atteindre la perfection suivant la petite idée qu'elles s'en sont formée. Elles arrivent, tant elles ont négligé de cultiver les maîtres, à ne les reconnaître plus, à les contester, à les nier même ; enfin, pour cacher leurs défaillances, elles proclament des théories dont l'absurdité égale l'inconséquence, et qui, appliquées, seraient tout bonnement la ruine suprême de Fart.

Quant à Fart religieux, s'il trahit un état fâcheux de langueur, il compte encore quelques représentants animés d'une foi sincère et robuste, et peut-être que leurs généreux efforts inspireront à la prochaine génération les croyances viriles qui manquent à celle-ci.

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