‹ La peinture et la sculpture aux salons de 1895Chapitre 12 sur 13 · LA MOISSON, BAS-RELIEF, PAR M. C . MEUNIER · texte numérisé non relu

LA MOISSON, BAS-RELIEF, PAR M. C . MEUNIER

(Salon du Champ-de-Mars.)

sions de nos demeures, et c’est de quoi il faut les féliciter grandement. Si peu tiennent compte aujourd’hui des exigences de la destinatin! M. Dampt a été des premiers à réagir contre l'appétit de gloriole qui entraîne les sculpteurs à viser au monumental et à s’y complaire exclusivement ; alors que le Prix Piot n’avait pas encore mis en faveur la portraiture de l’enfance, M. Dampt a dit les visages troués de fossettes où s’épanouit le sourire, les mines assombries par les moues passagères; il a taillé dans le bois et dans l’ivoire, dans l’ivoire et dans l’acier, tantôt une junévile effigie, tantôt l’inoubliable

L i£S SALONS DE 1895.

Fée Mélusine, sans profaner sa science infaillible, sans en user jamais qu’à la requête d’une imagination attendrie, éprise de poésie et de rêve. La volonté de signification morale n’est pas moins certaine chez Mlle Camille Claudel; l’interrogation du regard de la Châtelaine laisse transparaître l’émoi de vagues inquiétudes ; puis des poses éloquentes, des voussures de dos, des croisements de bras, traduisent, dans un groupe minuscule et admirable, le repliement de l’être tout entier absorbé par l’attention aux écoutes. Doute-t-on encore que la puissance de l’expression soit indépendante de la question de format? Mais, entre les interprétations sculpturales auxquelles a prêté la visite d e Salammbô chez Mâtlio , nulle n'a su rendre, avec le même pathétique I que la statuette chryséléphantine de M. Rivière-Théodore, le désir haletant du barbare, la passivité de la vierge « envahie par une mollesse où elle perdait conscience d'elle-même » ; mais encore, l’art ! de M. Constantin Meunier, loin de déchoir, demeure égal à lui-même lorsqu'il se restreint à une figurine de bronze (le Faucheur) ou à de | simples maquettes. Ces plâtres annoncent par quels hauts-reliefs se complétera le Monument au travail partiellement révélé l’an passé: des débardeurs déchargent des sacs pesants sur le quai d’un port; parmi les hauts épis balancés par la brise, les gueux des champs s’occupent à la moisson ; la vérité ici reproduite apparaît dégagée de toutes les contingences, élevée à la hauteur d’un symbole par la force de la généralisation, telle enfin que la comprenait Jean- François Millet dont le génie (nous le remarquions dès 1887) semble ; revivre en M. Constantin Meunier.

Charles Baudelaire, qui a si bien parlé de Mme Desbordes-Yal- 1 more, avant l’heure des engouements irraisonnés, se fût réjoui de l’hommage enfin rendu par la ville de Douai à celle qui chanta délicieusement l’éternel féminin, le tourment de la jeune fille, de l’épouse, de la mère. La douce Marceline a pris, sous le ciseau de M. Houssin, une expression attristée et songeuse en accord avec la tendresse mélancolique de son œuvre; un second exemple d’appropriation heureuse est fourni parM. Deloye; pour représenter Mme Yigée-Lebrun, il a adopté le style contemporain de la jeunesse.de son modèle, restauré le goût décoratif, les arrangements familiers au xvme siècle, « climat historique des amours et des roses ». Dans cette statuaire iconique, vous dis-je, la première condition du succès est la pénétration réfléchie ri u modèle et la compréhension très nette de la supériorité qui a provoqué la glorification. Personne n’imaginera un instant devant le tombeau de Monseigneur Sebaux (\vlqM. Raoul Yerlet

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