‹ La peinture flamandeChapitre 10 sur 150 · De Laborde : les Ducs de Bourgogne, t. P% p · texte numérisé non relu

De Laborde : les Ducs de Bourgogne, t. P% p

4. Annales de la Société archéologique d'Ypres, t. II, p. 175.

j2 TREIZIEME ET QUATORZIEME SIECLES.

deux retables en bois, sculptés par le Flamand Jacques de Baerze de Termonde. Les volets de Fun de ces retables nous sont parvenus intacts et constituent Tun des plus précieux jalons de Phistoire de Tart flamand. Ils représentent V Annonciation et la Visitation ^ la Présentation au temple et la Fuite en Egypte (fig. 4).

Depuis le panneau de i363, un progrès considérable s^est accompli. Encore un effort, et le tableau, jusqu'ici objet de religion, deviendra œuvre d'art. La composition s'écarte de la formule hiératique et devient pittoresque. Certaines têtes révèlent un sentiment délicat du beau ; les draperies sont simples et gracieuses. L'or ne recouvre plus qu'une partie du fond; déjà aux arrière-plans, le paysage développe sa perspective, avec les rochers et les arbres; enfin Pétude de la nature se laisse pressentir : l'épisode de la Fuite en Egypte, où l'on voit Joseph, suivi de la Vierge portant l'enfant Jésus et montée sur un âne, annonce le réalisme du siècle suivant.

Tandis que Broederlam travaillait à Dijon, un autre artiste semble avoir joui à Ypres d'une renommée non moins vive. C'est Jacques Cavael, peintre en titre de la ville; il décora de peintures la célèbre halle aux draps et, en 1399, fit le voyage d'Italie, où il participa, avec deux de ses élèves, à l'ornementation de la cathédrale de Milan^

Jean Malouel, qui, sous Jean sans Peur, succéda comme peintre et varlet de chambre à Broederlam, réalisa-t-il un nouveau progrès? On l'ignore; rien de sa

I. Alphonse Wauters : les Commencements de l'ancienne école de peinture antérieurement aux VanEyck {Bulletin deV Académie royale de Belgique, i883, p. 3 17.)

main ne nous est parvenu. On sait seulement qu^il de'cora de peintures cette même Chartreuse de Dijon, aujourd'hui détruite, et qu'en 141 5 il fit le portrait du duc, que celui-ci fit porter au roi Jean II de Portugal par un envoyé spéciale

Enfin, après Malouel, nous arrivons à Tévénement capital et à Phomme de génie qui va décider de Péclosion de Fécole de peinture flamande. Entre la fresque de la Biloque et les panneaux de Dijon, il y a le travail de deux siècles : en matière d'art, voilà le temps que mettent les incubations.

111 Faute de documents plus complets, il ne nous est ras permis d'apprécier sainement toutes les phases, toutes les évolutions de celte première période. Mais ce qui nous en est parvenu est suffisant pour démontrer une fois de plus que l'art, avant de fleurir, réclame une longue succession de tâtonnements , d'essais , de recherches, de transformations et de progrès, et que Fécole de Bruges, dont nous allons maintenant raconter .l'histoire, est, elle aussi, le résultat des efforts réunis de plusieurs siècles.

Depuis 1384, un immense travail social et politique se poursuit aux Pays-Bas. L'avènement de la maison de Bourgogne au comté de Flandre a comme déterminé une nouvelle vie qui va produire, à son tour, un nouveau et grandiose mouvement artistique. La Flandre rivalise maintenant avec l'Italie ; elle est devenue la contrée la plus industrieuse, la plus riche, la plus florissante de

I. Desalles : Mémoires pour servir à r histoire de France, p. i38.

TEurope du Nord; Bruges est son grand marché, le rendez-vous des commerçants de toutes les nations. Son port reçoit les navires de Lubeck, de Hambourg, de Brème, d'Amsterdam, de Londres, du Havre, de Lisbonne, de Gênes, de Venise, de TOrient, et il en arrive parfois plus de cent par jour. La ligue hanséatique y a établi son entrepôt ; les nations étrangères y ont élevé de somptueux comptoirs, d'une architecture magnifique. On y parle tous les dialectes et le greffe du tribunal conserve encore des protocoles de notaires, rédigés en huit ou dix langues différentes.

A Gand, même activité, même prospérité, même puissance. En 1389, la ville compte quatre-vingt-dix mille hommes en état de porter les armes, et lorsque Roelandt sonne au beffroi, on voit se ranger sur la place du Vendredi cinquante-deux corporations sous leurs bannières. Les drapiers seuls occupent quarante mille métiers.

« Nulle terre, dit un chroniqueur du temps, n'est comparée de marchandises encontre la terre de Flandre. » Chevalerie bourguignonne, consuls étrangers et bourgeoisie flamande rivalisent de luxe et d'élégance dans leurs intérieurs et dans leurs fêtes. Les maisons comme les palais sont meublés avec une richesse et un luxe sans pareil : boiseries, céramique, orfèvrerie, verrerie, ferronnerie et dinanderie, le moindre objet poursuit un thème d'ornementation originale; tout vise à l'élégance dans la forme et à la délicatesse dans la main-d'œuvre. Sur la place publique, ce ne sont que pompes, cortèges, cavalcades, représen- . tations scéniques et festins. La prospérité est générale, .|'

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