Theatrum pictorium... Anvers, 1664, in-folio
DAVÎD TEKIÈRS. 283
oublia pas sa ville natale. On en trouve la preuve
dans la fondation de TAcadémie des Beaux-Arts d'An-
vers, dont il fut Tun des organisateurs et le premier directeur (i663).
Son œuvre est un monde. Comme jadis le vieux Brueghel, mais avec plus d'élégance et de délicatesse, Teniers nous raconte la vie des paysans flamands, son intimité domestique et sa grosse joie familière. Ses personnages vont au marché, nettoient Tétable, trayent les vaches, lèvent les filets, repassent les couteaux, tirent à Tare, jouent aux quilles ou aux cartes, pansent les plaies, arrachent des dents, salent le lard, font des boudins, fument, chantent, dansent, caressent les filles et boivent surtout, comme des Flamands qu'ils sont. Combien ces vachères et ces marchandes de poissons nous transportent loin des dieux de TOlympe et des personnages delà Bible! Et cependant, qui le croirait? Teniers s'est aventuré sur le terrain de la peinture religieuse: témoins le Christ présenté au peuple (musée deCassel), le Couronnement d'épines (cabinet de Lord Ward) et le Sacrifice d'Abraham (musée de Vienne). Il a même abordé en téméraire la peinture héroïque ; à preuve les douze tableaux retraçant V Histoire d'Armide et de Renaud (Prado). Nous ne disons pas qu'il y ait réussi.
Du reste, il s'est essayé dans tous les genres : fêtes populaires, représentations fantastiques, marchés, paysages avec troupeaux, chasses, gentilhommeries, épisodes de corps de garde, scènes comiques de singes et de chats, intérieurs rustiques, cuisines, boutiques, laboratoires, il a tout peint, et toujours avec cette légèreté d'exécution, cette touche fine et preste dont l'esprit n'a été dépassé par personne.
Où Teniers n'est-il pas ? Quelle galerie ne possède