‹ La peinture flamandeChapitre 106 sur 150 · DAVID TENIERS · texte numérisé non relu

DAVID TENIERS

moins un spécimen ou deux de son talent ? Smith a

italogué 685 de ses tableaux. Madrid en a 52, Vienne,

dans ses quatre principales collections réunies, 48, Saint-Pétersbourg 40, le Louvre 34, Munich 29, Dresde 24, la National Gallery 19. On considère généralement comme son œuvre capitale le tableau du musée de PErmitage, peint en 1643 et représentant la Confrérie des Arquebusiers de Saint-Sébastien (fig. 74) ; tout y mérite Tattention et la louange. U* Archiduc Léopold- Guillaume abattant Voiseau (musée de Vienne) est un de ses importants tableaux de fêtes publiques; la Kermesse du musée de Bruxelles, le Repas du Prado, la Ronde du musée de Vienne comptent parmi les meilleures de ses grandes paysanneries. Ses réjouissantes Tentations de saint Antoine ^ si pleines d'ingénieuses drôleries et d'une sorcellerie qui n'a plus rien des cauchemars de Jérôme Bosch, se rencontrent partout; ses Cabarets et ses Corps de garde sont plus nombreux encore; enfin, dans les Cinq Sens du musée de Bruxelles, le peintre des paysans prouve que, lorsqu'il le veut, il sait être gentilhomme jusque dans ses personnages.

C'est surtout dans son esprit, sa couleur et son faire que Teniers demande à être étudié et admiré. Son talent rapide et facile dérive à la fois du vieux Brueghel et de Rubens : du premier, par la manière dont il voit, saisit et rend l'humble spectacle des choses naïves et agrestes; du second, par son coloris aux tons osés, aux harmonies raffinées et par Pétonnante virtuosité de son pinceau. Prenez-le dans quelques-unes de ses petites productions choisies — par exemple, dans Iq Médecin campagnard (Bruxelles), V Enfant prodigue (Louvre), la Cuisine {La Haye),VIntérteur rustique (Bàlo), le Violoneux

(Turin); sa manière de peintre y demeure inimitable. Personne, mieux que lui, n^a su donner à la couleur de fines et de délicates transparences ; personne n^a combiné avec plus d'art et d'apparente simplicité le jeu des ombres frottées et des empâtements lumineux. Ne demandons pas à ses interprétations des humbles classes de la société de son temps Taccent moqueur du vieux Brueghel ni la gaieté caricaturale d'Adrien Brauwer, tous les deux plus profonds et plus puissants que lui, mais reconnaissons que la chanson de sa muse familière accompagne bien ses petites scènes d'intérieurs domestiques et de douces joies villageoises.

Teniers mourut à Bruxelles, le 2 5 avril 1690, âgé de quatre-vingts ans. Il avait vu successivement disparaître tous ses confrères illustres, même la plupart de ses imitateurs les plus distingués, et l'on peut dire que la grande école d'Anvers finit avec lui. L'aîné de ses onze enfants, appelé comme lui David, fut peintre également. C'est lui, et non son père, qui adopta pour ses tableaux et ses tapisseries la signature David Teniers junior, que Ton rencontre de temps en temps *, entre autres sur un Saint Dominique qui existe encore à l'église de Perck. D'autres membres de la famille se livrèrent à la peinture; les musées du Prado et de l'Ermitage croient posséder quelques tableaux d'ABRAHAM, le frère cadet du grand David. Quant à David le quatrième, il mourut à Lisbonne, où il s'était fixé en même temps qu'un de ses neveux. Peut-être retrouverait-on en Portugal, non

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